‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 2)Chapitre 95 sur 116 · I. Si'vroses et iJeesJixes, II, p. i · texte numérisé non relu

I. Si'vroses et iJeesJixes, II, p. i

LES SCKUPt'LES 1)E VOCATION 381

le p^ch^ radical (c c*est-a-(lire unp^cheaussiodieux que possible)), ces malades aiment toujours a aller a Textreme. Pour le moment elle n*a rien invente de mieux que de casser la tete des petits enfants et elle se demande si elle ne I'a pas fait tr^s souvent. Toutes ces reveries sur sa mauvaise conduite se rattachent a cette obsession gen^rale que nous avons appel^e la honte de soi. Voici plus de dixans que cette jeune lille est tourment^e par cette obsession, ce n'est que dans ces dernieres annees qu'elle a cherch^ a se rappeler I'enseignement des religieuses et qu'elle en arrive a souhaiter, tout en la redoutant, la vocation religieuse.

Si nous remontons encore plus haut nousallons retrouver cette m^me perte du r^el « qui depuis ma jeunesse m'emp^che de voir les choses comme elles sont, me les fait trouver bizarres, et me donne Tenvie de leur chercher une signiBcation )), raffaiblissement enorme de la volont^, la disposition a la reverie, etc. On sait que lesneurasth^niques sont toujours plus afiaiss^s le matin que le soir, les obsessions de We... sont si bien en rapport avec Tabaissement du niveau mental, qu^elles dominent le matin et sont presque effacees vers cinq heures de Tapres-midi et qu'elles se modilient facilement sous Tinfluence de n'importe quelle Amotion excitante.

L'h^r^dite est evidemment la source premiere de ces troubles, si Ton songe que la grand'mere a 616 toute sa vie tourment^e par des obsessions criminelles, que la mere vient de mourir atteinte d*un d^lire m^lancolique avec id^e de culpabilite et d*humilite.

Nous sommes parvenus a modifier 6norm^ment T^tat de cette. malade en cinq mois de traitement. Un hypnotisme incomplet, des exercices d'attention, toute une education de la volonte Tout rendue beaucoup plus sAre d'elle-m^me, mais il est Evident qu'elle n*est pas guerie. « La t^te travaille moins, dit-elle, sur les problemes religieux », mais elle est encore tr^s dispos<^e a retomber dans la honte d'elle-meme pour le plus petit ^puisement.

Observation 171. — Scrupules de vocation. — Crises de sommeil, sentiment d^incompletude, honte de soi, atonie de Vestomac, arthritis me,

Voici une observation remarquable de scrupules de vocation,

I . Nous resumons cette observation qui a ete Tobjet de beaucoup d'ctudes dans le premier volume do eel ouvrage.

38^ LES OBSESSIONS t)E L\ llONtt DE SOi

II Skagit d'une femme de 3o ans, Gisele, remarquablement intelligente, qui depuis dix ans se tourmente de toutes manieres en se demandant si elle n*a pas eu tort de se marier et st elle n'aurait pas infiniment mieux fait en entrant au convent. Cette id6e simple se subdivise en une multitude de petits problemes a propos de son mari, de son enfant, de son menage, de toutes les actions qu^ell^ a accomplies dans sa situation de dame marine ou bien. a propos des religieuses, des pretres de Dieu, etc. Tantotelle lutte contre Tobsession, tantot elle n'ose meme pas lutter, n car ce serait lutter contre Dieu lui-meme ». Elle approfondit telleroent ses idees qu'elle en est comme envelopp^e et enserree de tous cot^s ; il lui semble que dans ses ruminations elle est ecras^e par une puissance superieure, par quelque chose de fatal, de sacre, contre laquelle il est immoral de lutter. Aussi n'arrive-telle jamais a une conclusion, « ne peut-elle jamais tirer la barre ».

On pent se demander comme dans le cas pr^c^dent si Feducation religieuse, la fr^quentation des pretres n*a pas ete Torigine de ce genre de ruminations et de ce probleme. Mais il nous semble que Texamen de la vie et du caractere de la maladepermet d'ecarter cette explication et de consid^rer ces remords obs6dants de vocation, comme Texpression gen^rale de tout un etat mental particulier.

D'une famille sans tare bien nette, mais pr^dispos^e a ces maladies du scrupule, Gisele a debute vers Tage de ii ans par des accidents nerveux assez singuliers. C'etait des crises de sommeil tres courtes durant a peine quelques minutes et qui la prenaienta tout moment de lajourn^e. EUesont et^ ^videmment consid^rees par le medecin comme des crises hyst^riques et traitees par la mdtallotherapie. En considerant que la malade n'a plus jamais pr^sente aucun ph^nomene de Tordre hysterique, nous h^sitons aujourd'hui sur le diagnostic. S'agissait-il de petits vertiges comitiaux ? Vous avez-vu que cela nous int^resserait comme point de depart de Tetat psychasth6nique. S*agissait-il de tics ou de ph^nomenes analogues aux ruminations actuelles ? Nous ne pouvons le decider maintenant.

L'apparition des regies a treize ans changea la nature de la maladie, car a ce moment debuta la premiere obsession caracteristique. C'^tait un remords relatif aux crises pr^c^dentes que la malade considerait comme des simulations. Elle s'interrogeait

LES SCRUPULES DE VOCATION i8'j

pour savoir si elle avail oui ou non simule le sommeil irresistible. Cette interrogation serait bizarre apr^s des somnambulismes hysteriques, elle est au contraire naturelle apr^s des tics ou des ph^nomenes, psychasth^niques qui laissent, en effet, souvent au malade une impression d'^trangete, de faussete, de simulation.

Apres cette obsession, insensiblement en survinrent d'autres qui portaient la malade a analyser et a critiquer tout ce qui se passait en elle-meme, obsessions sur Tamour, sur sa nature, sur le probleme de savoir si elle aimait bien ou si elle n'aimait pas assez, sur le d^faut de confiance en elle-meme, sur Tabsence de confiance en Dieu, sur son ^goi'sme, sur Temoussement de tons ses sentiments, etc. Le caractere qui se d^veloppait de plus en plus etait extremement remarquable : « tres intellectueile et sans rien de pratique, disait. d*elle sa mere » et le mot est toujours rest^ juste. Elle se preoccupe de tout ce qui est artistique ou litt^raire, s'enthousiasme sur une foule de choses; elle pent arriver a suivre bien les conceptions imaginaires et les id6es abstraites et elle a, en effet, une conversation et un style des plus brillants. Mais il y a de terribles revers a la m^daille, elle n'a aucune volont6 et n^arrive a aucune decision sans la changer dix fois de suite. Elle ne &aisit pas la r^alit^, elle a des doutes sur le monde, elle se demande si tout existe, si le monde est bien r^el, si elle-meme n'est pas une folic, si elle a bien sa personne. 11 lui semble que ses sentiments n*arrivent jamais au bout, que tout glisse sur elle, comme sur une toile ciree, qu'elle a 6te incapable d'avoir du chagrin a la mort de son pere, etc... II lui semble toujours qu'en tout, dans ses affections surtout, elle joue la comedie. C'est Tancienne idee par laquelle le trouble mental avait debute. Par moments, il y a un abaissement rapide de Tesprit. « Tout a coup, dit-elle, les choses exterieures me font Teffet de devenir droles, il y a quelque chose qui est d6rang6. » Quand de tels abaissements surviennent par crises toutes les ruminations mentales commencent. Tons ces troubles s'accompagnent le plus souvent de sensations p^nibles dans la t^tc, d*une g^ne au vertex, d'effets bizarres dans le cerveau, de sortes de contractions, de torsions, d'^cartements, de compressions, de bruits dans la tete, etc.

De temps en temps, ces troubles cerebraux sont attenu^s et ilya comme un changement total de la maladie qui semble se

porter sur un autre organe ; c'est Testomac qui devient malade, et qui pr^sente une atonie des plus remarquables. La digestion s^arr^te a peu pres completement, et des selles lient^riques rendent les aliments a peu pres intacts. A ce moment, il y a de grandes douleurs a latSte dans la region occipitale, douleurs que la malade attribue a Tingestion des aliments. Elle prend alors la peur de la nourriture et une sorte d*obsession du refus des aliments qui remplace les id^es precedentes.

La malade maigrit enormement, devient tres faible ; puis soit sous rinfluence des traitements (I'^lectrisation de Testomac a paru avoir quelque eBet), soit spontanement, Testomac se remet a fonctionner, la douleur de la nuque diminue et semble se porter en avant au vertex, les divers sentiments d'^tranget^, d'incompletude, de honte de soi et les remords de vocation recommencent. Cette alternance est extremement curieuse ; nous Tavons observ^e chez un tres grand nombre de malades de ce genre sans qu*il soit bien facile de Texpliquer. Dans certains cas, on pent dire que le trouble de Testomac est perp^tuel, mais que la malade s'en rend mieux compte quand elle est moins tourment^e par ses id^es, mais dans quelques cas comme dans celui-ci, les grands amaigrissements periodiques montrent bien qu'il y a par acces des modifications de la digestion. On pent dire que, d^une maniere analogue a ce qui se passe dans Thyst^rie, I'^puisement, Tabaissement de la tension se portent alternativement sur diOerentes regions du cerveau. Ce n'est guere que la traduction du fait en langage anatomique.

II est interessant de remarquer les influences qui font augmenter ou diminuer tons ces troubles : les maladies, Taccouchement, les fatigues, les augmentent ^normement. Toutes les excitations, un enthousiasme, a une id^equi faitchoc », un encouragement, une confiance momentanee, la transforment heureusement ; detail amusant, un plaisir, un enthousiasme la font dig^rer. A ce point de vue son cerveau est comme un ludion qui monte et qui descend a la plus leg^re impulsion. Le niveau de sa tension nerveuse oscille enorm^ment et malheureusement les consequences de cette oscillation provoquent des troubles considerables.

Si Ton considere la nature de tons ces troubles mentaux, et le caraclere r^veur, id^aliste de la malade, il nous semble que le remords do vocation sVxplique tout naturellement. II y a chez Gisele une insulTisance d'action et un sentiment de m6con-

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