LES SCRUPULES DE VOCATION
m^me un mari et un enfant, et meme nous avons vu qu'autrefois elle tenait enorm^ment a son mari. Maintenant, tout est change, son mari et son enfant lui d^plaisent, la ^^goi^tent, elle a dit une fois devant nous un mot qui nous plait fort : a Ce n'est pas un vrai mari, ce n'est pasun vrai enfant. » Yoyez-vous le trouble du sens de la reality, le sentiment de Pirr^el et du reve qui apparait meme dans ced^lire de jalousie ?C'est un sentiment d'abaissementquidomine la situation et qui s'exprime simplement d'une maniere singulicre. Le mari nous fait observer un detail int^ressant : c'est que les modifications de son etat mental s'accompagnent de modifications physiques ; des qu*elle va mieux elle engraisse enorm^ment, dfes qu'elle est reprise par une periode d'idees fixes elle commence par perdre dix ou vingt livres de son poids. Les symptdmes neurasth^niques, troubles de la digestion, troubles gastro-intestinaux, sentiment de fatigue dans la tete et dans le dos sont des preludes qui ne trompent pas le mari. lis justifient encore notre interpretation qui place le point de depart de Tobsession dans un abaissement de la tension psychologique et de la tension nerveuse.
Observation 170. — Scrupules de vocation. — Honte de soi, manie des presages, manie d* interrogation.
Des obsessions complexes demandent toujours a etre analysees pour que Ton puisse retrouver le fait fondamental qui en est le point de depart.
Voici une jeune fille de 24 ans, We..., qui ne se plaint au premier abord que d'une singulicre manie mentale a forme d'interrogation. Elle se tourmente pour savoir si oui ou non ellea vu dans le ciel des croix ou des figures de saintes. Elle cherche a se souvenir si elle les a bien vues ; tantot elle le croit, tantot elle ne le croit pas. Elle cherche a verifier en regardant de nouveau ; mais en reality elle ne regarde pas bien, car elle a peur de les voir ; elle jette un coup d'oeil furtif sur les nuages et cherche ensuite a se rassurer en se disant qu'elle n'a rien vu. Elle se demandc aussi si les saintes lui ont parl6 et elle a encore peur de les entendre ou deles avoir entendus. II ne faudrait pas se laisser aller, comme on Ta d6ja fait, a dire qu'elle est atteinte d'une maladie hallucinatoire. En r^alite, elle n*a jamais rien vu, rien entendu ; elle s^nterroge seulement sur ces pr^tendues images.
D'ou vient cette manie mentale ? Si elle s'interroge sur ce point, c'est bien entendu parcequeles croix et les figures de saintes auraient dans son esprit une signification, en raison d*une autre manie nientale, la manie des presages et des pactes. « Si je vois de telles figures c'est que je dois entrer au convent, c*est que mes vceux d*entrer au couvent sont valables'. » II y a ainsi une foule de choses qui lui paraissent avoir une signification toujours a propos de son entree au couvent. Elle regarde par la fen^tre et se dit a elle-m^me : « Si je ne me marie pas avec le premier jeune homme qui passe, c*est que je dois etre religieuse. » On voit en somme que la premiere interrogation sur les saintes n'est qu*un ph^nomene secondaire en rapport avec une autre interrogation sur la vie religieuse.
Dans cette nouvelle manie mentale a propos de la vie religieuse, nous trouvons d'abord cette forme interrogative qui nous est bien connue et qui est Texpression de la faiblesse mentale, de rincapacit6 d*arriver a une solution positive ou negative, mais nous trouvons aussi cette idee, ce sujet de Tobsession, la pens^e, la vie religieuse ou la vocation d'entrer au couvent. Ces obsessions de vocation ne sont pas un ph^nom^ne accidentel ; il y a deux ans nous vousmontrions une malade tourment^e par la vocation d'etre institutriceS nous observons actuellement un jeune homme tourment6 par la vocation d'etre marin, les obsessions de vocation religieuse sont particulierement fr^quentes. Nous ne pensons pas qu'il s'agisse la d'une suggestion accidentelle. Pourquoi tons ces malades ont-ils des scrupules non sur un acte d^termin^, mais sur ce qu'ils appellent leur vocation, c'est que la vocation determine tout un ensemble d'actes, change la conduite dans son ensemble. Le malade a le reve d'un changement radical de toute sa manlere d'etre, et nous sommes disposes a croire que ce r^ve a encore une fois pour racine le sentiment de m^contentement de toute sa conduite actuelle, de toute sa personne.
Dans le cas present, notre interpretation est facilementjustifi^e. We... est avant tout une scrupuleuse, persuad^e qu'elle se conduit toujours tres mal. II lui semble qu'elle est obscene, qu'elle cherche a voir le membre viril, qu'elle est mechante et qu'elle souhaite du mal a tout le monde. Quand un malheur arrive elle croit Tavoir pr^dit et provoque, elle cherche si elle n'a pas fait