I. Névroses cl idées fixes. II, p. 1O
a. Wigan, The duality of Mind, 18 \\, p. 8^.
môme à des interprétations, sent tout simplement que les phénomènes n'excitent pas en lui le même sentiment que des choses présentes, qu'ils ressemblent sur ce point à des choses passées. Il y a presque toujours une différence importante entre « le déjàvu » et le vrai souvenir du passé. Le passé a le caractère d'être connu, d'être habituel, il ne nous étonne pas; au contraire, le « déjà-vu » conserve toujours un sentiment de vague, d'étrange ; il se rapproche toujours des sentiments précédents du voile, de Tétrangeté dont il n'est en réalité qu'une forme particulière.
Aussi n'est-il pas surprenant que ce sentiment présente des variétés et qu'il ne soit pas toujours interprété comme un sentiment de souvenir. Dans quelques cas assez rares d'ailleurs, si je ne me trompe, le sujet sentant toujours que le fait n'est pas présent, car c'est là le fait fondamental, est disposé à le situer dans l'avenir. « Il me semblait que ce que j'entendais était ce qui allait être dit ou fait'. » Nadia se plaint bien souvent de ne pas être dans le présent, de ne pas se rendre compte de ce qui existe dans le présent. « J'ai, dit-elle, de drôles d'impressions, il me semble que les choses n'existent pas réellement, mais que j'ai des pressentiments de leur existence. Tout à l'heure j'attendais votre visite et je me la représentais, et bien maintenant j'ai envie de dire que c'est la même chose. Ltes-vous vraiment là ? » C'est à propos de sentiments de ce genre que quelques auteurs ont parlé de sentiment de pressentiment', de sentiment de « promnésie^ ». 11 est facile de voir que ce n'est qu'une variante du sentiment précédent.
Un autre sentiment bien plus naturel se développera fréquemment à la place des précédents, c'est le sentiment de V imaginaire, de l'irréel, « L'impression du déjà vu, disait M. Paul Bourget*, s'accompagne d'une espèce de sentiment impossible à analyser que la réalité est un rêve. » On trouvera une foule d'exemples de ce sentiment de l'irréel dans les observations de Krishaber. « Quand je vois mes camarades d'hôpital, je me dis à moi-même: ce sont les figures d'un rêve... » « Même en touchant et en voyant, le monde m'apparaît comme une gigantesque hallucination... » Ou retrouvera ces mêmes paroles chez le malade de Bail, dans les