Bernard Leroy, op. cit
LES OBSESSIONS. I. — TQ
2ÔÔ LES STIGMATES PSYCHASTHÉNIQUES
observations de M. Dugas, de M. Bernard Leroy, etc., c'est on des sentiments les plus fréquemment observés. A mon avis, il est beaucoup plus fréquent, plus caractéristique et plus intéressant pour la psychologie que le sentiment du « déjà vu » qui a été trop souvent étudié d'une manière isolée.
Pour ma part, c'est le sentiment que j'ai le plus souvent observé chez les psychasthénîques. Je ne puis citer que quelques expressions de ce sentiment au milieu d'une foule d'autres. « Je ne vis plus sur terre, dit Pot... dans les périodes de grave maladie, puisque je ne vois plus rien qui existe réellement. Je ne puis pas me mettre dans l'idée que vous et les gens qui m'entourent vous vivez réellement, vous êtes de vraies personnes. » Cette malade est intéressante parce que dans tous les intervalles des crises, quand la maladie diminue, elle se félicite « de retrouver enfin des objets réels ». D'autres, comme To... ou Mb..., n'ont ce sentiment qu'à propos des perceptions visuelles ou auditives, a elles ont besoin de toucher, comme saint Thomas, pour se rendre un peu compte que l'objet existe... ». On se rappelle l'obsession « delà véracité des sens, de la priorité du toucher, sens direct au milieu des sens indirects... «qui s'est développée chez Mb... à ce propos.
Une expression dont les malades aiment beaucoup à se servir pour désigner ce trouble de leurs perceptions est celle de réi^e, quoique ce soit, bien entendu, une simple métaphore ainsi que le remarque M. Dugas, car il n'est pas du tout certain que Ton ait un sentiment semblable dans le véritable rêve. Tous répètent comme Lo... : « je vis dans le rêve, dans les espaces, je ne sens pas les choses de ce monde. » « Je vois tout au travers d'un voile, d'un brouillard, j'entends parler comme si j'étais dans un rêve » (Dd...). « Je ne distingue vraiment pas bien ce que j'ai vécu et ce que j'ai rêvé » (Gisèle). Pendant de longues périodes Nadia répète « qu'elle se sent drôle, qu'elle se sent comme dans un rêve perpétuel. »
Les événements les plus graves ne les sortent pas toujours de leur étal de rêve. On a commis la sottise énorme de marier Lo... elle semble n'avoir rien compris à ce qui s'est passé, elle reste toute surprise qu'on l'appelle Madame et ne peut parvenir à comprendre que tout cela n'est pas un simple rêve.
Il y a même des malades qui vont encore plus loin dans ces sentiments d'incomplétude de la perception extérieure et qui
ont le sentiment d'avoir perdu tout à fait certaines perceptions. Btu..., une femme de 56 ans, dont l'observation est tout à fait remarquable pour Tétude de la maladie de Krishaber, répète constamment : « Je suis enfermée dans un tombeau... quelle horreur que l'isolement absolu ! Il n'y a personne, personne autour de moi. Je ne vois que du noir, un noir d'encre, même quand il y a du soleil je ne vois rien, rien que du noir. » Il est toujours surprenant en examinant de tels malades de constater qu'ils n'ont absolument aucun trouble de la vision, qu'ils distinguent tous les plus petits objets et les reconnaissent sans hésitation. Hot..,, jeune fille de 17 ans, arrive en se plaignant d'être aveugle. « Est-ce que je pourrai encore voir clair, est-ce que je pourrai guérir et voir clair? » En réalité elle lit les plus petites lettres du tableau de Wecker à la distance de 5 mètres. — Ret... va chez tous les médecins qui traitent les oreilles et prétend être sourde quoique on ne constate aucune surdité objectivement. Ce sont déjà des obsessions qui se développent à propos des sentiments d'incomplétude de la perception.