‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 3)Chapitre 13 sur 288 · L'OBSESSION DU GRIME · texte numérisé non relu

L'OBSESSION DU GRIME

grand rôle dans les tourments de ces malades. Deb... (i65), femme de 44 ans, froide avec son mari, ne pense qu'à recommencer d'anciennes masturbations, il en est de même pour Loa... (i38), pour Leb..., etc. Cette pensée forme un des phénomènes principaux de la maladie si complexe de ce pauvre Jean, à tout instant et a tout propos, il croit avoir des tentations de masturbation. Par exemple s'il rencontre une femme dans l'omnibus, s'il est forcé par les circonstances de toucher la main d'une femme et même tout simplement s'il éprouve une émotion quelconque même légère, il sent plus qu'il n'entend une voix lui disant : « Va donc, crispe-toi les organes, masturbe-toi donc, meurs en te donnant des jouissances. » Et il sent que ses nerfs s'agitent moitié involontairement, moitié volontairement. « Il y a en moi une complaisance, un laisser aller pour tous ces désirs sexuels. »

Ajoutons les impulsions à d'autres actions malhonnêtes, par exemple, l'impulsion à voler et à mentir chez Lod... Cette impulsion à voler se retrouve très souvent : elle joue un rôle dans une impulsion plus complexe et particulièrement intéressante, celle des fugues chez Go... Ce garçon de i5 ans ne pouvait parvenir à rester immobile dans une école, dès qu'il essayait de s'applique à son travail, il sentait des agitations folles qui le poussèrent dès son enfance à faire très souvent l'école buissonnière. Maintenant il a un désir fou de partir n'importe où, de voyager loin de l'école, loin de son apprentissage. Cette idée lui enlève tout bon sens et il faut qu'il y cède : il prend chez ses parents une fois 68 francs, une autre fois 3o4 francs et il s'en va. Son argent ne lui sert qu'à payer le chemin de fer de la façon la plus économique, et à lui assurer une bien maigre ration. Il vit avec lo sous par jour, et se nourrit à peine. Il ne prend aucun plaisir à son voyage, il voyage pour voyager, pour s'éloigner loin du travail. Il est tout le temps mécontent d'être parti et écrit des lettres à des amis et à des parents pour demander des conseils, il essaye de rentrer en prenant un billet pour Paris, mais il est forcé de descendre quelques stations avant d'arriver et de repartir en sens inverse. Il rentre quand il n'a plus aucune ressource, il arrive la tête basse, s'excusant de ses sottises et jurant qu'il ne recommencera plus. Il a en effet un souvenir complet de toute l'expédition et de la lutte qu'il a soutenue contre l'obsession. C*est un cas qu'il ne faut pas confondre avec les fugues hystc-

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riquesy mais qui rentre dans les dromomanies que décrivait M. Régis. Il se rattache à ces obsessions impulsives qui poussent le malade à toutes sortes d*actes criminels.

Il faut faire une place à part aux impulsions qui poussent les sujets à boire de l'alcool ou à absorber des poisons. Dans certains cas Timpulsion à boire rentre dans les cas précédents : la malade si singulière que j'ai décrite dans un ouvrage précédent était poussée a boire du café au lait et à manger des petits pains volés. Elle finissait par prendre vingt ou trente tasses de café au lait dans la journée et prenait des précautions pour pouvoir en faire pendant la nuit ^ Ici le breuvage absorbé n'a pas d'importance par lui-même, c'est une impulsion à boire un breuvage défendu par le médecin et considéré comme dangereux pour son estomac.

Le plus souvent il s'agit de boire du vin, de l'alcool, des excitants sous une forme quelconque. L'obsession impulsive prend alors le nom de dipsomanie, D..., homme de 3o ans, a depuis l'âge de i5 ans des périodes singulières de dépression sur lesquelles je reviendrai longuement, car leur importance pour l'intelligence des obsessions me semble capitale. Ce n'est qu'à 22 ans que ces périodes de dépression se transforment et sont remplacées par une idée obsédante, celle de boire. Il résiste pendant un certain temps puis finit par céder et boit jusqu'à l'ivresse complète. Fm... (192), qui a déjà des symptômes de névrite alcoolique, se fait à lui-même toutes sortes de menaces : (( Si tu bois encore ton patron va te renvoyer, tu seras paralysé des jambes, tu souffriras atrocement, etc. » Et cependant il ne peut résister à l'impulsion.

Toutes ces impulsions à des crimes peuvent se rencontrer chez un même sujet qui songera à la fois à l'homicide, au suicide, au vol ou qui réunira d'une manière vague tous les crimes. « C'est comme si, répète Claire, je voulais me laisser aller, céder à tous mes caprices, renoncer à toute moralité. »

L'impulsion pourra prendre une autre forme également bien connue : elle sera négative. Les malades seront poussés à résister, à ne pas faire une action que la religion ou la morale commandent. Chez Claire, ce refus constitue un véritable délire à propos des actes religieux; refuser de faire ses Pâques, refuser de faire la prière, la considérer comme impossible, refuser d'aller à la messe,

I. Raymond et P. Janet, Névroses el idées fixes, 1898, II, p. 194.

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