‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 3)Chapitre 149 sur 288 · Jtéiferie · texte numérisé non relu

Jtéiferie

De cette disparition de Tattention il résulte que leurs pensées ressemblent beaucoup plus à un état de rêve, k une rêverie perpétuelle. Chaque fait provoque des associations d'idées qui vont absolument à la dérive sans que le malade puisse les diriger. (( Mes idées, dit Lise, ne sont jamais nettes au fond, je suis incapable de m'y débrouiller. Elles viennent subitement, occupent Tesprit une demi-journée et puis s'en vont. J'ai une paralysie dans la tête qui m'empêche de les secouer, n We... (170) rêve toute la journée, elle remarque elle-même que ses idées se présentent la nuit en rêve de la même façon que dans la journée. Il n'y a pas pour elle une grande différence entre la veille et le sommeil.

Chez Claire la rêverie est très bien décrite. « Je rêve toujours tant de choses que je n^en sais même pas la moitié. » Ce ne sont pas toujours des idées ayant rapport à son délire, ce sont des choses qu'elle a vues, qui viennent, elle ne sait d'où, qui se mêlent confusément et elle ne peut fixer une de ses idées sans qu'il en vienne une foule d'autres tout autour, ce Quand je regarde en arrière je ne sais pas comment j'ai vécu, je trouve des

rêverîes sans fin sur tout. Toutes mes pensées se tournent en rêve ; quand on me parle, quand on me touche, on me fait sursauter comme si je n'y étais plus, comme si j'étais toujours dans un autre monde. »

Gisèle a remarqué qu'elle n'est jamais entièrement à ce qu'çUe fait parce qu'il y a toujours trois vies en elle : la vie extérieure en rapport avec les choses du dehors, c'est la moins développée, la vie intérieure des réflexions, la plus intéressante et la plus développée et une troisième vie dont elle se rend mal compte et qu'elle sent au fond d'elle-même comme si quelque chose rêvait en elle encore plus profondément. Ces divisions de la pensée qui se produisent quand diminue l'efTort de l'attention justifieraient ce mot bien juste de M. Espinas « une conscience alTaiblie c'est une conscience dispersée ». On ne sera plus étonné de la rêverie de Lib... que j'ai décrite comme un accident une agitation mentale diffuse : ce n'est que l'exagération d'un stigmate que nous retrouvons sous une forme atténuée chez tous les autres malades.

Dans ces conditions il semble bien difficile que ces esprits puissent arriver à une conclusion nette sur un fait ou sur un raisonnement. Krafft-Ebing, disait justement que ce qui frappe immédiatement c'est l'impossibilité d'amener ces malades à une conclusion*. Ce sentiment de doute que nous avons constaté dans les sentiments d'incomplétude est l'expression dans la conscience de ce travail insuffisant de l'attention. <( C'est, disait M. Ribot, un état d'hésitation constante pour les motifs les plus vains avec impuissance d'arriver à un résultat définitif*. »

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