I. — Indifférence
mettre en première ligne comme modification primitive Scation très importante et inattendue des émotions. On rs disposé à croire que ces malades sont des émotifs et ire qu'ils ressentent au suprême degré toutes les émotions
sentiments. Il y a peut-être dans cette opinion quelque )n considère les émotions-chocs qui bouleversent rapifquilibre de la pensée ; mais cette opinion est certaineexagérée si on étudie les émotions-sentiments qui doiolonger un certain temps et qui consistent dans la 3 de tendances plus ou moins développées. t, il est essentiel de constater que la plupart des malaaignent d'être devenus tout à fait indifférents. AI...,
27 ans, devenue malade après un mariage absurde idividu à demi aliéné et perverti sexuel, et après un mdaleux de plus de deux ans de durée remarque très ngement qui s'est fait dans son caractère. Au commene ses aventures elle était excitée, en colère, très I son mariage, de son procès, en un mot de ses mal- ;lle ressentait vivement. Très souvent elle se laissait à de désespoir, elle pleurait et se lamentait. Maintenant ange, elle ne pleure plus, ne se désole plus, est deverente à tout, elle pense à son mari sans que cela lui
« je n'ai pas de désir, dit-elle, pas de regrets, pas , rien n'est mauvais, rien ne me gène, rien ne me con- \ ne me fait plaisir. » Nadia se plaint de ne pouvoir )nnée et de ne pouvoir pleurer sa mère. Kl... et Wks...,
autrefois très vives et très colères sont devenues cal-
tues et n'ont plus leurs accès d'irritation. Vil... est indifférente à la réalité et ne s'intéresse qu'à des rêves. Ce qui est surtout atteint par Tindifférence ce sont les sentiments affectueux pour la famille et pour les amis et cette froideur contraste avec l'amour qu'ils ont d'un autre c6té pour ceux qu'ils ont choisis comme directeurs de conscience.
D'après les confidences de quelques malades on peut faire des remarques sur une émotion qui d'ordinaire est intense, l'émotion génitale. Il est curieux de remarquer que des personnes autrefois très excitables sur ce point sont devenues presque entièrement froides et ressentent un véritable engourdissement génital, cette remarque a été faite sur une douzaine de sujets. Chez quelquesuns cet engourdissement détermine même une recherche exagérée et bizarre de l'excitation sexuelle qui peut se transformer en tin véritable délire, comme on le voit dans les observations de Loa... et de Len... Plusieurs se laissent aller à la masturbation, avec une sorte de frénésie pour w arriver jusqu'au bout » de l'émotion, ce qu'ils sont devenus incapables de faire.
Chez beaucoup de malades, hommes ou femmes, cet arrêt de i'émotion génitale n'est accompagné d'aucune de ces manies ni d'aucune autre obsession. Leurs troubles intellectuels ou leurs phobies portent sur de tout autres questions ; ils n'ont aucune disposition à se reprocher l'acte génital accompli dans des con- -ditions normales et légitimes, ils n'ont aucune envie de le transformer ou de le perfectionner. Ils constatent seulement qu'ils éprouvaient autrefois une émotion violente qui grandissait jusqu'à un maximum, puis s'arrêtait brusquement en laissant un sentiment de satisfaction et d'apaisement et que maintenant les choses sontchangées,quecetteémotion commence, qu'ellesedéveloppeimparfaitement, etqu'elle n'arrive jamais au maximum suivi d'apaisement. Bien mieux, quelques-uns n'avaient fait aucune attention à ce fait et sont tout surpris quand on le leur fait remarquer. Il y a donc, à côté du sentiment d'incomplétude génitale que nous avons signalé et qui pouvait être plus ou moins juste, un engourdissement réel qui ne semble pas dépendre de l'appréciation du sujet.
Il ne faudrait pas en conclure que tous ces sentiments soient complètement disparus et que nous soyons en présence de cette anesthé* «ie morale que l'on observe chez quelques hystériques. Les malades ont l'émotion ou du moins ils commencent à l'avoir,
LES STIGMATES PSYGHASTHÉNIQUES
motions commencées s'arrêtent rapidement, cessent de per ou se transforment en ruminations ou en angoisses.
se rend compte que son sentiment n'est pas complet, ini et d'autre part il redoute ces transformations pénivient à redouter lui-même ces sentiments insuffisants, saye de les mener plus loin, donnent naissance à des oureuses et il finit par ajouter une restriction volontaire qui survenait d'abord naturellement. Depuis qu'il a des On... craint les colères, les émotions, il a peur de l'excilelle, peur de la surprise, « peur de se laisser emballer [ue ce soit ». Il se rend évidemment plus indifférent
serait spontanément.
le fait me parait extrêmement important je rapporte
ce point l'observation de Lise qui confirme toutes les
précédentes. Cette personne semble être inaccesute émotion. « Il y a longtemps qu'elle a renoncé plaisir à quelque chose et elle ne songe même pas à re. » L'indifférence est notée non par la malade, mais Ue qui la constate et me raconte ces détails. Lise n'a
intime, pas de désirs, pas de caprices, pas de craintes nême quand les enfants sont malades, pas d'impatience un mari tout h fait insupportable : elle est admirable de s raison. Si on la savait raisonnable, on pourrait admirer mais comme nous savons le désordre de sou esprit, on mander si cette sagesse n'est pas un symptôme patho-
m cherche l'origine de cette indifférence, on est dis- 'emier aborda la croire volontaire. On remarque qu'elle iffectueuse, qu'elle a encore quelquefois une grande délisentiments ; elle prétend qu'elle est capable de se mettre îomme une autre personne et de ressentir la douleur et on. Mais tout cela n'existe plus qu'en puissance et ne se plus jamais ; car il lui semble qu'elle s'arrête elle-même : notions se développaient jusqu'à un certain point, ditdées, mes terribles idées sur le diable, les enfants voués, raient et me domineraient d'une manière irrésistible. Si je aller à l'excitation ou à la colère une minute, je ne suis esse de mes idées, elles surgissent avec force et vont dngtemps ». Il en résulte qu'elle a une peur affreuse de aller à une émotion, elle se surveille continuellement, ne
se laisse jamais aller à un état émotif complet; même au milieu des scènes violentes auxquelles elle assiste elle conserve son sangfroidy il y a toujours une partie d'elle-même, qui n y prend pas de part. Elle a également peur de se laisser aller à une émotion en assistant au théâtre ou en écoutant de la musique ; en un mot elle travaille à maintenir en elle un état d'indifférence, si bien qu^elle se figure que c'est elle-même qui arrête les émotions.
Je crois que sa volonté et sa prudence contribuent un peu à diminuer les phénomènes : maisd'aprèsson aveu et d'après l'observation des autres malades, ses émotions s'arrêteraient toutes seules à un degré peut-être un peu supérieur et se transformeraient contre sa volonté en ruminations et en angoisses. Celles-ci sont évidemment des phénomènes d'une autre nature que les émotions de joie, d'affection, de plaisir artistique qui avaient commencé à se développer. On peut noter à ce propos un petit détail assez démonstratif. Lise a supporté pendant dix ans sans se fâcher et sans se plaindre les bizarreries de caractère de son mari. Quand elle commence à se guérir, elle ne peut plus conserver le même calme. Quoiqu'elle désire encore arrêter les émotions et surtout les manifestations des émotions elle n'y parvient plus et malgré sa volonté elle s'irrite et elle souffre de ce mariage. C'était donc bien son état maladif qui l'empêchait d'en souffrir.
Ces observations sont tout à fait concordantes, elles sont faciles à vérifier et montrent que ces malades ont beaucoup moins de sentiments et d'émotions normales qu'on n'est disposé à le croire.