‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 3)Chapitre 161 sur 288 · Le besoin d'aimer · texte numérisé non relu

Le besoin d'aimer

De pareils sentiments deviennent facilement voisins de Tamour. Quelques malades y échappent, ils se contentent d'une direction froide ou d'un amour paternel, mais on comprend bien que beaucoup de ces personnes vont transformer ces sentiments en sentiments amoureux, bien entendu en comprenant l'amour dune certaine manière. Gisèle le sent si bien qu'elle médite perpétuellement sur l'amour, elle devine très bien les différentes espèces d'amour: « l'amour qui donne, c'est celui qui dirige, qui protège et l'amour qui se donne, c'est le besoin de s'incarner en un autre, de se donner, de s'abandonner, de consolider une impression de faiblesse qui cherche une force, c'est un sacrifice de sa personne pour vivre en quelque chose de supérieur». Or elle avoue très bien qu'elle a le second amour et non le premier, car, suivant une jolie expression qu'elle affectionne, elle a toujours eu « le besoin de se blottir».

On constate chez elle au suprême degré ce besoin immodéré de confession qui lui fait sans nécessité livrer sa vie entière. A plusieurs reprises elle a essayé de se mettre sous la dirjection morale et sous la dépendance de quelqu'un, le mari comme toujours lui a semblé insuffisant pour ce rAle: « il ne me comprend pas ». Son rêve « de rencontrer une volonté droite et ferme dont on peut jouir sans mal » a semblé un moment satisfait, quand elle a été dirigée par un prêtre; malheureusement elle mêlait bien vite à sa docilité d'autres sentiments et il a fallu cesser. C'est le malheur de ces femmes qui cherchent une direction morale et qui trouvent qu'elle se confond trop vite avec l'amour physique. J'ai déjà cité bien des cas de ces personnes qui évidemment ne s'abandonnent que pour obtenir un maître. L'histoire de Sim... est encore typique sur ce point, elle aimait tant à se sentir sous sa dépendance, elle avait tellement besoin d'un maître capable de l'exciter qu'elle a tout fait pour lui plaire, sans même qu'il exigeât beaucoup, tout simplement parce qu'elle espérait le retenir davantage.

Il est curieux de remarquer que ces malades sont quelquefois très supérieurs intellectuellement aux maîtres qu'elles se don-

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