I. — Céphalalgies et rachialgies
Un premier fait, des plus importants, nous montre que ces troubles de l'esprit sont en rapport avec un fonctionnement anormal, une altération pathologique du cerveau. Ce sont les douleurs que la plupart des malades ressentent dans la tête.
Ces douleurs sont toujours situées par eux dans la tête, mais là s^iirréte leur accord : il y a une diversité surprenante dans la description des formes ou des modalités de celte douleur et dans le siège qu'ils lui attribuent. Il est bien probable que dans ces descriptions imagées il y a beaucoup de choses insignifiantes. On s'en rendra compte plus tard, quand on saura la véritable raison de ces douleurs, nous en sommes encore à la période empirique des anciens médecins qui notaient avec précision les caractères du pouls capricant et du pouls duriuscule, nous sommes obligés de recueillir telles quelles les expressions des malades.
Si nous nous occupons en premier lieu de la forme, des modalités de la douleur nous avons d'abord ceux qui ont peu d'imagination et qui disent simplement qu'ils ont mal à la tète, qu'ils ressentent une gène, une douleur plus ou moins grave dans la tête. Nous aurons ensuite ceux qui parlent d'engourdissement « j'ai la cervelle paralysée» (Bsn... lo). « J'ai la tête engourdie » (Claire) « il y a un coin de ma tète qui est engourdi et qui a envie de dormir » (Vod... 2o3), a j'éprouve une sorte de torpeur (Dob... 86) ».
Un certain nombre de malades se plaignent de phénomènes de mouvement dans la tète « il y a comme des corps étrangers qui courent sous la peau du crâne, et a l'intérieur des effets bizarres, des contractions, des torsions, des écartements qui poussés à un certain point sont tout à fait angoissants » (Gisèle). Jean sent « comme s'il avait des objets qui tournent dans le cerveau sans qu'il puisse les arrêter, des roues, des poulies, des ailes de moulin ; il ne voit rien, il n'entend rien, il sent qu'il y a une petite poulie qui tdlirne ».
D'autres sensations peuvent être comparées à des démangeai*
LES STIGMATES PSYCliASTHÉNIQUES
me semble, dit Mt... (12), que Ton m'arrache des mule sommet de la tète ou bien je sens comme des fourtête. » Ck... sent des tiraillements au-dessus du crâne i un fil invisible le coulissait )).
ivons aux malades très nombreux qui traduisent leurs s par des sensations sonores et qui ont des bruits, des ts dans la tête (Lap..., Qb... i4), des crépitements observation la plus intéressante à ce point de vuesee Fr... (69) à laquelle je renvoie : il a toujours des i la tête tantôt très forts quand il a subi une fatigue î, siHlets de chemin de fer, coups de pistolet, cloches, uand il est reposé des bruits plus faibles, une cas- , le train qui passe, Teau bouillante, le chant de la puis 4 ans ces bruits n^ont jamais cessé. Il ne faut Ire ces bruits avec les bourdonnements ou les sifBerésultent des véritables maladies de Toreille et surtout ise de l'oreille moyenne, car ces personnes n'ont aucun d'une lésion de l'oreille. J'ai tenu à faire examiner avec le dernier malade Fz... par M. Gellé qui m'a assuré e était intacte. D'ailleurs ces bruits ne sont pas situés reilles mais dans la tète, c'est encore, si je ne me e interprétation analogue aux précédentes des mêmes s cérébraux.
e aussi les impressions de froid (Gisèle) qui dure penures ou celles plus fréquentes de chaleur anormale, ssèche le cerveau en le chaufiant (Dob...). » > impressions plus fréquentes encore il faut noter celle ir : <( c'est une barre pesante sur la tête, un bandeau, me de plomb, une meurtrissure par un poids, une de (Gisèle, Dob..., etc.), une brique lourde en travers Lag..., Qb...). » C'est, en un mot, le casque classique :héniques.
intéressante des expressions, celle qu'on retrouve à hez la moitié des malades, seule ou surajoutée aux elle de vide. « Ma tète est vidée» (Al... i5, Day..., . « Ma tète est vide, dit Ver..., c'est comme si je de tête ou plutôt rien dans la tète. » Lise prétend besoin de combler ce vide avec ses idées » et Claire le « la tète est vide et en même temps remplie par pesant, ce sont les mauvaises idées qui forment ce
caillou au milieu du vide », on remarque l'analogie entre ces deux malades.
Après la forme de cette douleur ce qui est très intéressant à relever c'est sa localisation. Remarquons d'abord qu^elle est très rarement latérale ; je n'ai remarqué qu'un petit nombre de malades prétendant souffrir plus d'un côté que de l'autre : Vod... (2o3), Claire, Lise, disent quelquefois qu'elles souffrent, qu'elles sont engourdies, qu'elles ont des brûlures surtout a droite. Gisèle sent un liquide qu'on injecte à droite, Fz.., a plus de bruits à droite, la tète semble à Lise grossir à droite. Deux de ces malades : Claire et Lise, avaient déjà certains troubles légers de la sensation cutanée situés également à droite, on ne peut donc pas faire intervenir ici le croisement des hémisphères.
Quelquefois la douleur est générale dans toute la tête, souvent elle est plutôt superficielle Lise, remarque que ce n^est pas très profond, il lui semble que cela descend à mesure qu'elle est plus malade. Mais la plupart des localisations dans l'immense majorité des cas se font sur la ligne médiane.
Nous avons d'abord un premier groupe de malades qui situent cette douleur sur le front, le malade de Bail disait déjà qu'il avait une gêne sur le front, entre les -yeux, au haut du nez. Fie... a une compressionau milieu du front, Brk. . . (24)» Vod. . . ont un poidsentre les yeux sur la racine du nez, comme un frein que l'on serre. Car... (176) une brûlure au front, au-dessus des sourcils, elle croit aussi à une prédominance h droite.
Une localisation déjà beaucoup plus fréquente c'est celle du vertex, la douleur est analogue au fameux clou des hystériques. Lobd... (22) se demande si sa mère ne lui a pas donné des coups à cet endroit quand elle était petite, elle a remarqué elle-même que c'était la place de la fontanelle des petits enfants. Vod..., Claire ont « la tête tout écalée à cet endroit », Lise y sent comme une grosseur, etc. On pourrait évidemment citer à propos de la douleur du vertex un bon tiers des malades.
Nous arrivons à la localisation de beaucoup la plus fréquente : la localisation occipitale. Tantôt elle est vague, a je souffre en arrière de la tête » (Brk. . .), « j'ai une calotte de plomb en arrière » (Vi...) « c'est le derrière de la tête ma région mauvaise où il y a une griffe, un poids et où se font entendre tous mes bruits » (Fr. . .). Ml..., Jean, Cs..., Gisèle localisent leurs phénomènes bi/arres
LES OBSESSIONS. I. — a6
LES STIGMATES PSVCIlASTHÉNIQUES
à rocciput. Tantôt la localisation occipitale présente ; de précision ; beaucoup de malades comme Gisèle, Rai... désignent avec le doigt un point situé sur la ligne [uelques centimètres au-dessus de la bosse occipitale arait correspondre au point lambda des anatomistes, rencontre des sutures occipito-pariétales. Fy... pré- [ju'elle a eu longtemps comme des petits boutons h ce ... prétend que ce point se creuse sous les coups de elle y ressent perpétuellement. Cette localisation me les scrupuleux encore plus fréquente que les prccécrois qu'elle existe dans près de la moitié des cas.
ut guère avoir la prétention d'expliquer actuellement le de ces douleurs bizarres, il n'est pas vraisemblable des apprécient directement par des sensations l'état tance cérébrale, ils ne l'apprécient qu'indirectement iencc de leurs opérations mentales, ce qui fait naître timents anormaux que nous avons décrits. Je ne crois puisse expliquer la sensation de vide par la perte i sensations produites normalement par le cerveau ur Ver... qui présentait cette impression au suprême li pu constater aucun trouble des sensations que proaire la tête : il n'y a aucune anesthésie des téguments Il ne semble pas non plus avoir des troubles des senids de la tête. Le malade sent très bien un poids que sa tête, il discerne les yeux fermés les inclinaisons lunique à sa tête. Autant que l'on peut le dire il me i, qu'il a conservé une certaine sensibilité interne : e le placer pendant quelque temps la tête en bas, il tout le monde l'afflux du sang, la chaleur et la pesane. Pour vérifier davantage la sensibilité de la surface audrait lui ouvrir la tête, mais ces observations suflie l'on puisse considérer comme tout à fait hypothéprétation qui attribue dans ces cas ce sentiment de lesthésie cérébrale spéciale : il ne faut pas résoudre s par des anesthésies invérifiables et imaginaires. , LI. . . (226), me suggérait sa propre explication qui m'a ;antc : » quand nous disons que la tête est vide ce n'est ; sentions quelque chose de particulier en dedans, is sentons d'une manière douloureuse les enveloppes
do cerveau, le crâne et la peau, cette sensation anormale du crâne attire Tattention sur la périphérie et nous fait remarquer le vide en dedans. Quand je ne sens plus mon crâne, je n'ai plus Tidée de vide. » L*explication de ce malade vaut au moins autant que la plupart de celles qui ont été proposées.
Il semble aujourd'hui probable que la sensibilité intracrânienne n'existe que dans les méninges, dans le périoste et dans les os du crâne; il en résulte que la plupart des maux de tête sont dus à des modifications qui atteignent les méninges et en particulier, comme les belles études de M. Sicard viennent de le montrer, a des modifications dans la tension du liquide céphalo-rachidien. Il faut donc supposer que, soit en raison de troubles sécrétoires ou de troubles vaso-moteurs, le liquide céphalorachidien est en quantité exagérée ou insuffisante ; cette supposition n'a rien d'absurde si on songe à tous les troubles sécrétoires et vaso-moteurs que nous allons observer da côté de la peau, des muqueuses et surtout de l'estomac. Pourquoi les petites glandes récemment découvertes et qui sécrètent le liquide céphalo-" rachidien ne seraient-elles pas également troublées ?
Cette modification de la tension du liquide céphalo-rachidien est aussi probablement en rapport avec des troubles circulatoires. Angel, en i884, rapportait les vertiges de la neurasthénie à des congestions d'origine vaso-motrice^ et il démontrait la surdistension du sang dans le cerveau, par l'étude d'un trouble vasomoteur observé à la périphérie sur lequel nous reviendrons à propos de la circulation. L'afTaiblissement du tonus artériel amènerait des dilatations fréquentes des vaisseaux cérébraux. Cela expliquait comment l'écoulement des règles, le sommeil qui détermine l'anémie peuvent amener souvent la diminution de ces maux de tête, le repos agit dans le même sens en produisant une dérivation et en relevant le tonus artériel. Le travail cérébral augmente la céphalée en déterminant un accroissement de la congestion.
M. Auguste Voisin^, puis plus récemment M. Lubetzki^, ont
I. Aogel, Ex perîmen telle zur Pathologie und Thérapie der cerebralen Neuras- Ihenia. Arch. f. Psych.y Berlin. i884, XV. p. 6i8.
a. A. Voisin, Étude sur la température des parois du crâne. Congrhs international dt médecine mentale. Paris, 1878. Leçons cliniques sur les maladies mentales, i883, p. 109.
3. Lubetzki, Recherches cliniques et expérimentales sur la cause de la céphalée neu rasthénique. Thèse Paris, 1899.
.ES STIGMATES PSYCHASTIIÉNIQUES
er ces actions par des études de thermoméirie mploi d'un thermomètre de surface très sensible, établir les points suivants : i® que la tempéra- [1 crâne chez les neurasthéniques à céphalée est i élevée que celle que Ton observe chez les inditSy cette élévation pouvait atteindre plus de a deles neurasthéniques sans céphalée, Télévation de 'est pas bien appréciable ; 3** Qu'en général le ique chez le même individu une température ù siège le maximum de la céphalée. 4® Que ^e diminue, la température diminue égalementV ces mesures sont très discutables, M. François jà observer il y a quelques années qu'il fallait n énorme de la température cérébrale pour bors du crâne une modification appréciable au
ons encore isolées étaient confirmées, elles jusnterprétation générale que les céphalées sont ications de la pression du liquide céphalo-ranes dépendantes de troubles sécrétoires et cirhalées resteraient sans doute une conséquence de fonctionnel des centres nerveux, mais une indirecte et non une sensation immédiate de cet
es variées que le malade attribue à ses douleurs ? sommes pas capables de les expliquer, complè- Qt dépendre du degré de ces modifications de la brale et d'une foule de sensations concomitantes, usculaires de tous les muscles qui s'insèrent sur îrminent des douleurs siégeant dans leurs tende la vue ou des muscles moteurs de l'œil, des et en outre des sentiments variés d'incomplé- , d'isolement, viennent se joindre dans Tesprit tion principale de douleur et déterminent ces la céphalée qu'il aime à exprimer par des ménboles.
sation j'ai déjà eu l'occasion d'exprimer quelle
TROUBLES DES FONCTIONS NERVEUSES 40r.
était mon opinion à ce sujet ^ je ne puis pas croire que Thomme ait conscience de la place de ses diverses circonvolutions et qu'il ressente une douleur à la place de la circonvolution qui Fonctionne le moins bien. Il s'agit là d'une localisation beaucoup moins importante : le malade sent une douleur vague qui a son point de départ principal dans les méninges et il la localise vaguement à Tendroit du crâne qui est le plus en rapport avec elles et qui a conservé la plus grande sensibilité. J'ai eu l'occasion de refaire sur Ll... (226) qui avait un beau crâne chauve, une expérience que j'ai déjà décrite qui consiste à rechercher centimètre par centimètre, la sensibilité de la peau du crâne à la douleur. En employant mon algésimètre à ressort, j'ai constaté que le crâne est en général peu sensible, il faut que l'instrument marque de 25 à 3o pour que le malade reconnaisse une piqûre. Or, il y a deux régions assez petites qui tranchent très nettement sur l'ensemble par leur sensibilité ; c'est justement le vertex et le point lambda où l'aiguille ne marque plus que 10 ou i5. Ces deux régions sont celles des fontanelles : est-il impossible que l'absence de tissu osseux pendant plusieurs années de l'enfance, le petit mouvement que les fontanelles ont pendant la respiration de l'enfant, la suture longtemps incomplète et la présence du périoste conservent à ces endroits cette sensibilité exagérée. Ce serait en raison de cette sensibilité que le malade localiserait à ce point une douleur ressentie d'une manière vague.
Bien entendu il faut tenir compte d'une foule de circonstances accessoires qui, en attirant l'attention, déterminent la localisation à un point plutôt /^""H ~^\ qu'à un autre. E..., garçon de i5 ans (tics et / manies mentales), a une cicatrice au sommet I du front, à gauche, résultat d'une petite blés- ^
sure déterminée par une chute dans la pre- ^
mière enfance; la ligure 22 représente un \
schéma dont je me suis souvent servi pour \
noter la place attribuée par les malades à
leurs céphalées, la croix indique reudroit .J^^ord, U^ïh^hlgiV
de cette petite cicatrice, légère d'ailleurs et
non adhérente à l'os. Le malade a pris l'habitude de localiser à
ce point anormal tous ses maux de tête. La sécheresse des narines,