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LA PERTE DE LA FONCTION DU RÉEL

étraDges, drôles, comme s'ils avaient une vie dans un autre monde, c'est encore, à mon avis, qu'ils se sentent irréels. Ils ont conservé toutes les fonctions psychologiques, mais ils ont perdu le sentiment que nous avons toujours, à tort ou à raison, c'est d'être réels, de faire partie de la réalité du monde.

Ce phénomène très remarquable de la perte du réel n'existe-til que dans les sentiments subjectifs des malades ? Ne peut-on pas retrouver dans l'observation extérieure de leurs actions et des manifestations de leur pensée, des preuves qu'il y a dans leur esprit un trouble particulier ? Ce trouble porterait sur les fonctions psychologiques dans leur rapport avec la réalité donnée, sur une fonction spéciale que l'on pourrait appeler la fonction du réel.

Il me semble, en effet, nécessaire pour résumer les observations précédentes de distinguer une opération, ou si Ton préfère une partie des opérations psychologiques que les descriptions classiques ne mettent pas à part, mais que la maladie semble avoir analysée. Une opération mentale, un souvenir, une attention ou un raisonnement semblent rester de même nature quel que soit leur objet, que celui-ci soit constitué par des représentations tout à fait imaginaires ou que son objet soit formé par des événements tout à fait réels, appartenant au monde dans lequel nous sommes plongés. L'association des idées, dit-on souvent, est la même dans le rêve et dans l'expérience de la vie. Cette affirmation toujours acceptée est-elle bien juste ? L'observation de nos malades présente, en effet, un fait singulier ; c'est que leurs opérations mentales ne sont point troublées quand il s'agit seulement de l'imaginaire et qu'elles ne présentent du désordre qu'au moment où il s'agit de les appliquer à la réalité.

Tous les troubles du raisonnement, de l'attention, de l'appréciation des situations n'existent pas dans les ruminations ni dans les rêveries, le malade construit dans son imagination de^ petites histoires très cohérentes et très logiques : c'est quand il s'agit de la réalité qu'il n'est plus capable de faire attention ni «de comprendre. Plusieurs de ces malades ont quelque talent littéraire ou musical ; quand ils inventent des histoires ou des morceaux de musique, leur esprit fonctionne parfaitement bien, ils n'ont ni hésitation ni doute. L'hésitation va venir si Tœuvre d'imagination doit se transformer en œuvre réelle et être donnée au libraire ou au commerçant. « Je vis dans les espaces, dit Lo..., et j'y vis très

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LES STIGMATES PSYCHASTHÉNIQLES

e ne peux pas jouir des choses de ce monde, je ne •éel et ma vie est imaginaire et factice... ff « S'il ne e de mon goût je saurais très bien terminer mes feuilles

Tr..., mais quand il s'agit de donner une feuille de )e pour qu'elle soit vendue, j'hésite indéfiniment. )> que les fonctions sont correctes dans le domaine de , elles restent parfaites quand il s'agit de l'avenir et

y a chez quelques sujets des expériences curieuses

ce caractère en évidence. Wo... a d'épouvantables rupule a propos des comptes du ménage et surtout des ïs fournisseurs, il semble que son attention soit fati- 'elle fait une addition de quelques chiffres et qu'elle lus arriver h la certitude. Si on la prie de faire une ' des chiffres imaginaires sans rapports avec sa vie vail se fait très facilement, aussi longtemps qu'on le tigue et sans hésitation. Bien plus, la malade a remnrme qu^un de ses comptes de ménage peut être fait té à la condition qu'il soit ancien, qu'il ait rapport

du trimestre précédent. Elle prend spontanément e laisser les comptes attendre pour les vérifier, « plus IX plus ils se calculent aisément ». Il est visible que mme l'imaginaire, est un élément de facilité, c'est le *ésent qui troublent l'action.

ous les troubles que nous avons constatés se ramènent et au réel, les émotions sont vagues sans adaptation constances présentes et réelles. « Le présent me fait ntrus, disait un malade de M. Dugas ' ». « Il y a pour formation de la réalité, dit Gisèle, et je ne peux pas ' au monde tel qu'il est, ni m'émotionner pour ce qui au [pndy dit Lise, tous mes tourments viennent de une mauvaise appréciation de la réalité ». L)les les plus accentués se rencontrent dans l'acte lans la perception attentive des objets présents, dans >n de la personnalité réelle parce que ce sont les es plus étroitement en rapport avec l'appréhension de réel. Leur indécision, leur défaut de certitude, leur actéristique ne sont que d'autres aspects du même

fondamental.

evue philosophique, iS^it II, p. 4o.

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