I. Dostoiewski, Crime et châtiment, II, p
celles-ci ne sont même plus soumises aux règles rigoureuses de la mémoire et qu'il suffit de les laisser aller à la dérive suivant les hasards de Tassociation des idées. On sait la place qu'occupe la rêverie dans la maladie que nous étudions, le développement énorme qu'elle peut prendre. Eilfin, le dernier degré de facilité est obtenu quand les rêveries cessent même d'être originales et se répètent les unes les autres avec monotonie.
Cette facilité plus grande des raisonnements abstraits et de la représentation des images rend compte d'un caractère souvent observé et qui ne me parait pas toujours avoir été bien compris. Non seulement ces individus se vantent d'être « des penseurs, des analystes » mais ils montrent un goiU prononcé et quelquefois un certain talent pour Tobservation psychologique intérieure, pour l'auto-observation*. Cette aptitude à l'introspection psychologique me parait simplement une conséquence de la faiblesse de leur esprit. Entendons-nous : l'observation psychologique bien faite et surtout l'observation psychologique objective est extrêmement difficile. A toutes les difficultés dé l'observation réelle du monde physique se joignent les di^cirltés des phénomènes sociaux, de l'appréhension d'une conscience étrangère à la nôtre. Mais l'introspection qui consiste h se regarder penser est d'un tout autre ordre. Cousin et Jouffroy avaient déjà remarqué autrefois qu'elle ne peut s'exercer pendant l'acte même ou au moment de l'émotion elle-même, que par conséquent elle s'exerce surtout sur des images et des souvenirs. Ajoutons que cette introspection peut s'exercer avec autant d'intérêt sur n'importe quelle image et n'importe quel souvenir et qu'elle ne demande aucune précision à l'esprit. 11 en résulte qu'elle se rapproche de la rumination et de la rêverie. Il suffira que certaines curiosités déterminées par les sentiments d'incomplétude inclinent le sujet vers cette introspection pour qu'il s'y plonge avec délices à cause de son extrême facilité.
Je crois que l'on peut placer au-dessous de ce troisième degré une opération mentale encore plus basse, c'est le développement de l'émotion, quand cette émotion n'est pas exactement en rap-
1. N. Vaschide cl CL Vurpas, Délire par introspection mentale, Nouvelle Iconographie de la Salpétrihre, 1901, p. 288. Contribution à la psychologie de la genèse des hallucinations psycho-motrices, Archives de neurologie, 1903, p.. 474-
verses : elles agissaient sur le réel, le transformaient, U connaître avec plus ou moins de vérité, peu nous irapoi moins donnaient au sujet l'impression, le sentiment c lité. Ce caractère a diminué dans les opérations désii qui restaient encore présentes, mais avec moins de vif du réel; il s'est fortement réduit dans le troisième { ne se trouve plus que le sentiment du passé, de Taveni l'imaginaire ; il a disparu dans les derniers groupes.
Ce caractère essentiel des laits de l'esprit, qui consi sur In réalité ou à la faire connaître même en apparei donner le sentiment, au moins à lui correspondre, sui pression de Spencer, pourrait être désigné sous le coefficient de réalité d*un fait psychologique. On peut £ ciser ce que j'entends par cette hiérarchie des phénomi chologiques : si on considère l'ordre de fréquence et d avec laquelle se perdent les fonctions psychologigues malades, on constate c\\x elles disparaissent d'autant plu leur coefficient de réalité est plus éle{>é et qu elles persisi tant plus longtemps que leur coefficient de réalité est J'en conclus que ces opérations forment une série de di de complexité décroissantes suivant que leur relation aç lité au point de sfue de Vactiouy de la connaissance, en u la correspondance va en diminuant et c'est à cette disp( série que je donne le nom de hiérarchie psychologique.
Provisoirement, et simplement à titre de résumé, on blir le tableau hiérarchique de cette manière :
Hiérarchie des phénomènes psychologiques.
l Taclion elHcace sur la réalité raction |
/ l'action nouvelle avec sentiment