I. Automatisme psychologique, 1889. p
3. Souriau. Sensation et perception. Revue philosophique, i883, II, 75, 3. Accidents mentaux des hystériques, 1894» p. a3. Névroses et idées fixes, I p. 216. II ; p. i3i, etc.
même idée qu'est dû le caractère de réalité apparente des hallucinations hystériques.
Si nous considérons au contraire ces psychasthéniques qui n'arrivent point au sentiment du réel ni dans leurs pseudo-hallucinations ni même dans leurs perceptions, nous voyons quHIsont toujours la pensée occupée par des phénomènes plus simples, moins riches. Ils ont des souvenirs et surtout des souvenirs lointains, mais de tels souvenirs sont simplifiés, décolorés, ils ne sont pas aussi complexes que le spectacle d'un événement réel. Ils ont surtout des raisonnements abstraits, des bavardages, dans lesquels la pensée se fait au moyen de substituts qui remplacent, par une image simple, un groupe de phénomènes. Quelquefois ils constatent eux-mêmes cette simplification de leur pensée, cette diminution de la richesse des perceptions. Jean me répète sans cesse « qu'il ne saisit pas la réalité avec la force normale ». J'insiste en lui demandant ce qu'il entend par là, comment il se rend compte de ce prétendu changement, puisque je ne puis découvrir en lui aucune sensation insuffisante : « Voici, me dit-il, ce que je crois avoir remarqué : dans la vision normale, dans la vision que j'avais autrefois, un objet était composé d'une foule de détails : si vous voulez, il y avait dans cette surface de l'objet au moins trois mille petits points différents que je voyais tous à la fois, maintenant il me semble qu'il n'y en a plus que quinze cents. »
Cet ensemble de remarques nous montre que dans la constitution des phénomènes de notre premier groupe, dans notre fonction du réel, il faut faire jouer un rôle à la complexité et à la richesse des phénomènes psychologiques. Dans l'hallucination comme dans la perception du réel et dans l'action, le contenu de la conscience à propos de chaque objet est non seulement synthétisé mais il est riche ; le nombre de sensations et des images données simultanément est considérable. Au contraire, dans les groupes inférieurs, dans le raisonnement et même dans la rêverie, la pensée est abstraite, elle se fait au moyen de substituts et elle est en réalité assez pauvre de phénomènes rentrant simultanément dans la synthèse mentale.
Plusieurs auteurs semblent avoir senti l'importance qu'a dans le fonctionnement de l'esprit le nombre des phénomènes psychologiques simultanés. M. Espinas, à propos du sommeil chez les hystériques, a parlé de l'importance des sensations volumineuses
49i THÉORIES PATHOGÉNIQUES
qui mettent dans la conscience un grand nombre de phénomènes simultanés\ M. Stout, à propos de la croyance, remarque a que la force de cohésion entre deux idées A et B n'est pas seulement dans les idées elles-mêmes mais dans la masse des éléments conscients et subconscients qui les soutiennent^.
M. Manouvrier, dans un article intéressant sur la volonté, exprime des idées du même genre : « quand les cellules cérébrales sont le siège d'une nutrition très active, quand leur composition moléculaire est telle que la quantité d'énergie mise en liberté par leur désintégration est à son maximum... alors les sensations sont vives et nombreuses ; il y a des délibérations larges et vives parce que de nombreux groupes cellulaires associés sont mis en jeu et fortement excités : les délibérations sont largement conscientes parce que l'excitation se propage jusqu'aux groupes les plus nouvellement formés et parce que la désintégration moléculaire d'où résulte la conscience est très active : la délibération est brève, parce que cette activité même entraine la cohésion rapide de plusieurs désirs ou volontés naissantes d'où résulte cette désintégration moléculaire prépondérante qui constitue la volonté. Enfin, cette volonté est sûrement, rapidement et énergiquement suivie d'exécution parce que le courant nerveux énergiquement commencé par cette désintégration centrale participe lui-même de la vigueur générale que l'on peut appeler neurosthénie (oôivs;). Dans l'état opposé ou neurasthénique (a, ŒÔiv3ç), la volonté au contraire est affaiblie comme tous les états de conscience qui la précèdent. Les sensations sont faibles, les images éveillées dans le processus associatif sont excitées faiblement en petit nombre et successivement. Les premières éveillées sont déjà éteintes au moment où l'excitation parvient au groupe voisin, de sorte que les coordinations sont pauvres et précaires ; la délibération est étroite et molle par suite de l'exiguïté qualificative et numérique des motifs cnis en jeu ; les désirs sont sans énergie. Il peut arriver qu'aucun d'eux n'acquière une intensité suffisante pour constituer la volonté. En ce cas, c'est
l'aboulie Ce qui me parait avoir une très grande portée
psychologique, ajoute M. Manouvrier avec beaucoup de profon-
1. M. Espinas, Du sommeil provoqué chez les hyslé niques t Essai d'explication de ses causes et de ses effets. Bordeaux, iSS'i, p. i5.