‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 3)Chapitre 223 sur 288 · Influence de V attention · texte numérisé non relu

Influence de V attention

On peut faire les mêmes remarques à propos de l'attention qui demande des efforts du même genre : Gisèle dit très bien qu'elle a besoin de s'intéresser à quelque chose qui excite sa curiosité par le mystère et qu'elle va bien mieux quand elle fait des efforts d'attention. Une idée pénible qui la force à penser modifie non seulement ses scrupules mais aussi son estomac et Taide à digérer. Pot... me disait aussi que si une chose attire suffisamment son attention elle reprend le sentiment de la réalité comme autrefois et Claire parvient à se retrouver par l'attention.

ti32 THÉORIES PATHOGÉNFQUES

Elle fixe fortement son esprit sur une idée ou un sentiment et se fatigue la tête pour retrouver cette idée ou ce sentiment tels qu'ils étaient autrefois. Elle essaye de me parler, d'arriver à le faire avec précision, elle travaille à prier en se donnant tout entière à ce qu'elle faisait. « Je rassemble toutes mes forces pour trouver un passage dans mon esprit, pour arriver à un instant clair, pour saisir une idée et quand je suis arrivée à dire quelques mots en les pensant moi-même comme autrefois, je retrouve Tespoir, la confiance et je sais très bien que tous mes reproches sont ridicules. Seulement cette attention est de plus en plus difficile, j*ai eu besoin de faire en môme temps des efforts physiques et j'ai fini par répéter mes contorsions pendant des heures sans travailler réellement, alors elles ne servent à rien. »

Ce travail pour éclaircir les idées existe chez Lise et quelquefois il n'est pas mauvais, il ne se confond pas avec une manie de recherche ou une rumination stérile ; elle a travaillé pendant quatre jours pour éclaircir une idée et elle a eu ensuite l'esprit beaucoup plus clair. On retrouve ces efforts chez Nadia, quand on l'a forcée à faire une visite à son père, quand elle a réussi à écouter la conversation, à se surveiller: elle reste ensuite infiniment mieux. On les retrouve aussi de la même manière chez Tr... et Vy. .., etc.

Bien entendu j'ai cherché à tirer parti de ce fait au point de vue thérapeutique et au point de vue expérimental, j'ai essayé de forcer ces malades a fixer leur attention sur divers points. Ce n'est pas facile, car nous avons déjà remarqué la difficulté, la mobilité de leur attention. Lise ne comprend rien aux raisonnements philosophiques sur les sujets qui touchent à sou idée fixe, mais on peut fixer son attention sur d'autres points. Une difficulté curieuse que l'on rencontre chez elle, c'est qu'elle est très habituée à suivre plusieurs idées à la fois et à ne donner qu'une petite partie de son attention; quand on réussit à la fixer tout entière pendant quelque temps elle est transformée. « C'est un manque de vie, que j'ai dans la tête et quand je suis parvenue à la secouer un peu je n'ai plus ce besoin bizarre de m'analyser, de me surveiller. » Nadia, Lkb..., etc., m'ont présenté les mêmes heureux résultats de ces fixations de l'attention. Chose plus curieuse, Ver... etBei..., qui ont toujours perdu leur personnalité, la retrouvent quand je les force à faire une extrême attention aux sensations qu'ils éprouvent. Ver... est tout étonné de constater que ses mains

sont bien ses propres mains. « Je suis changé pour quelques heures en vous quittant et puis cela retombe. »

Cette remarque soulève une difficulté assez grave : dans un chapitre précédent nous avons constaté que beaucoup de ces malades présentaient le maximum de leurs troubles au moment de l'attention et qu'ils semblaient beaucoup mieux pendant les états de distraction. M. Bernard Leroy a remarqué l'opposition de ces deux faits et m'a déjà reproché cette contradiction *, je répondrai d'abord que la contradiction appartient aux malades et non à moi et que je me borne h constater des faits que notre ignorance fait paraître contradictoires. Je crois ensuite que ces faits peuvent se comprendre.

Dans le premier cas, il y a chez ces malades insuffisance d'attention, les phénomènes psychologiques supérieurs s'accomplissent insuffisamment, il en résulte que le trouble se produit surtout quand ils essayent d'exercer ces fonctions qui sont insuffisantes et que le trouble n'apparaît pas quand ils se bornent aux fonctions inférieures qui ne sont pas lésées.

Dans le second cas, on pousse le sujet à rétablir momentanément son attention, à augmenter sa tension mentale. Si on y réussit, il est tout naturel que l'on ne retrouve plus les mêmes troubles apportés par une attention défaillante. En un mot, il n'y a pas de contradiction parce que dans le premier cas on étudiait l'attention malade, et que dans le second on examine l'attention momentanément guérie.

Quoi qu'il en soit il résulte des faits précédents que les malades n'arrivent à un état meilleur, ne sont débarrassés de leurs sentiments anormaux et de leurs obsessions qu'en se maintenant par des efforts de volonté et d'attention quelquefois très considérables. <c Je suis bien, dit Gisèle, dans l'excitation et je suis mal dans la détente et il faut que je m'excite tout le temps. Il faut que je cherche des travaux difficiles pour me tenir en haleine, que je sois dans un effort perpétuel. » On devine la conséquence, c'est qu'une guérison pareille est horriblement fatigante et que les malades vous répètent : « rien n'est si pénible que de se maintenir ainsi perpétuellement tendu. » Claire dit qu'elle par-

1. Bernard Leroy, L'illusion de dépersonnalisation. Comptes rendus du /!'• Congrès de Psychologie de 1900.

INFLUENCES QUI DÉTERMINENT L'ÉLÉVATION DU MVEAU MENTAL 53o

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