‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 3)Chapitre 222 sur 288 · Influence du mouvement et de l'effort · texte numérisé non relu

Influence du mouvement et de l'effort

En dehors des circonstances extérieures il y a évidemment des actions, des modifications morales du sujet qui ont une influence favorable, par exemple le mouvement, l'agitation physique e?t plutôt une bonne chose. Lise remarque très bien que le mouvement diminue ses idées et que l'immobilité est dangereuse. Il est vrai que le mouvement lui devient de plus en plus pénible, quand les idées l'envahissent et que dans les crises graves de rumination elle va être réduite à une immobilité complète ; mais elle peut arrêter une crise si elle se lève, si elle sort assez à temps. Aussi ne faut-il pas dire que les crises d'efforts de Claire soient complètement maladives ; actuellement ces agitations sont devenues tout à fait absurdes et sont le résultat d'une manie, mais au début la malade sentait une amélioration après ces séances de contorsions « je me voyais mieux, je me rendais mieux compte de mon engourdissement, c'était bon signe ». Après des séances véritablement convulsives qu'on peut exciter chez elle, en dirigeant ses efforts elle est comme transformée, elle sort et elle

INFLUENCES QUI DÉTERMINENT L*ÉLÉVATION DU NIVEAU MENTAL ^3t

agit le reste de la journée sans hésitation. Lise dit souvent qu'elle a besoin d'une crise de nerfs et certaines observations me font croire qu'elle a en partie raison.

II en résulte certains genres de traitement bizarre que les malades réclament eux-mêmes. Quand j'avais essayé d'hypnotiser Lise, je lui avais suggéré, pour vérifler son état, des contractures. J'ai remarqué bien souvent que les contractures présentées par elle n'avaient rien de réel et ne ressemblaient pas aux contractures hystériques provoquées dans les mêmes conditions : le sujet restait toujours maître de défaire ses contractures quand il le voulait et en somme il ne maintenait la position du bras ou de la jambe que par bonne volonté, par désir d'obéir et de faire réussir un traitement. J'étais donc disposé à considérer ces contractures comme insignifiantes, je fus surpris de voir que la malade les réclamait et disait s'en trouver fort bien, il lui fallait des contractures de plus en plus fortes, de plus en plus générales. En somme, comme je suis convaincu qu'il n'y avait là presque rien de suggestif, c'était elle qui par des efforts volontaires, inouïs, se raidissait tout le corps dans des positions bizarres. Elle était couverte de sueur et visiblement fatiguée de maintenir ainsi des attitudes pénibles : après de pareils travaux qui n'avaient pourtant aucun rapport à ses scrupules, elle se sentait beaucoup mieux, l'esprit plus unifié, elle avait une meilleure notion de sa personnalité et avait la tête beaucoup moins encombrée. Elle conserve le sentiment que ses spasmes ne vont jamais jusqu'au bout ce qui est vrai d'ailleurs, mais que l'effort pour les former relève et transforme son esprit. On peut répéter l'observation sur Claire, et on obtient les mêmes résultats.

Page 1