La spécialisation des insuffisances psychologiques
Etudions d'abord le premier fait : comment se fait-il quand la volonté, l'attention, la sensibilité baissent d^une manière générale, qu'un certain acte soit le seul à manifester cet abaissement? Je répondrai d'une manière générale que c'est tout simplement parce que cet acte est par nature ou qu'il est devenu par accident le plus difficile de la vie du malade.
Pour le comprendre, il faut se souvenir d'une notion générale aussi importante que celle de la hiérarchie des phénomènes, c'est que toutes les actions ne présentent pas toujours la même difficulté et n'exigent pas toutes pour être suffisantes le même degré de tension. L'homme n'a pas besoin de dépenser toujours son maximum d'effort, il n'est pas nécessaire qu'il atteigne perpétuellement les termes les plus élevés de la hiérarchie mentale, même quand il est capable de le faire. Ce que nous avons dit de l'acte proprement volontaire, de la décision, de la croyance, du sentiment profond adapté au réel est vrai de certains actes parfaits et non pas de tous. Nous agissons très souvent sans avoir besoin de prendre à chaque instant des résolutions volontaires, des décisions nouvelles qui transforment notre vie ; nous pensons sans avoir besoin de choisir à chaque instant entre des croyances et des négations. 11 en est ainsi même pour la perception du réel : il ne faudrait pas croire que ce travail considérable, tel qu'il a été décrit, s'effectue à chaque instant dès que nous ouvrons les yeux. Il se fait de temps en temps et il nous laisse un souvenir suffisant pour que l'impression de réalité subsiste malgré une perception réduite à des traits essentiels. On l'a dit bien souvent, nous percevons par symbole : un signe, une image nous suffisent pour reconnaître une personne et il nous suffit de savoir vague-
des comme Nadia, Cui..., ne peuvent plus mangera table, mais mangent en cachette. On a été très surpris de voir Vr. . ., cette femme couchée sur son lit depuis un an à cause d'une prétendue douleur à Tutérus, se lever en cachette et marcher dans sa chambre quand elle croyait qu'on ne la voyait pas. Ces faits font toujours accuser les malades de simulation, ils me paraissent pourtant bien simples : jouer à Torchestre, manger avec les autres, c'est surmonter une foule de gênes, c'est négliger les sentiments qu'inspirent les regards braqués sur nous, c'est reconnaître nettement et réellement que l'on s'est trompé en refusant de jouer ou de manger depuis six mois. Se lever de son lit et marcher devant des témoins, c'est avouer ouvertement que l'on n'a aucune maladie, que l'on peut prendre une décision demandée depuis longtemps, c'est en fait se résoudre à prendre cette décision. Au contraire, pour jouer seul, manger et marcher en cachette, on peut beaucoup plus rester dans l'indécision, on se dit à soi-même quecesquelques bouchées et ces quelques pas ne signifient pas grand'chose, on les accomplit avec beaucoup moins d'attention en leur donnant beaucoup moins d'importance, c'est-à-dire beaucoup moins de réalité; c'est pourquoi quand la tension psychologique est abaissée on peut encore faire l'acte seul ou en cachette et on ne peut plus le faire devant des témoins.
Parmi nos différentes actions, celles qui sont aussi très difficiles sont celles qui impliquent l'isolement, l'abandon loin de nos protecteurs naturels et surtout celles qui impliquent la lutte contre nos semblables. Faire une action au milieu d'intimes, de parents et d'amis que l'on sait tout disposés à la sympathie et à rindulgence, en qui on est certain de trouver, le cas échéant, un point d'appui est infiniment plus facile que de faire le même acte au milieu d'indifférents et à plus forte raison au milieu de concurrents hostiles. La surveillance de nous-mêmes, la complexité de l'acte, le degré de tension est absolument différent. Or, il y a à ce propos une distinction tout à fait inévitable dans la vie des hommes, c'est Topposition de la vie en famille, chez soi, dans l'appartement clos dont on connaît tous les coins et de la vie au dehors, en public dans la rue. Un individu très bien portant, dont la force psychologique dépasse de beaucoup la tension exigée par les actes difficiles ne s'aperçoit pas de cette différence : marcher dans sa chambre, fumer une cigarette dans sa chambre,
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OU bien marcher dans la ru
lument équivalent; il ne sent même pas qu'il y a un peu plus d'attention, de perception d'objets nouveaux, de surveillance de soimême dans le deuxième acte que dans le premier. Mais nos débiles vont le sentir tout de suite : Wya... ne peut plus fumer quand il est dans la rue, quoiqu'il n'ait pas d'obsession h ce sujet, cela le gêne tout simplement. ï.a rue est en effet, depuis l'origine de l'humanité, le lieu, le symbole de l'isolement et de la lutte, c'est la vie publique opposée à la vie privée. Serons-nous surpris alors de voir que les actes, les attentions, les sentiments dans la rue vont être le point de départ de beaucoup de grandes crises de psycholepsîe.
Les uns vont être frappés par le sentiment de l'isolemenl: c'est ce qui fait qu'ils veulent dans la rue un soutien quelconque, qu'ils suivent un passant pour traverser les places, qu'il leur faut avec eux un enfant, un chien ou simplement un parapluie. Les autres vont avoir le sentiment de la lutte : c'est dans la rue qu'on les regarde, qu'on les surveille, qu'on les critique et ils consentiront à marcher la nuit et non le jour. D'autres encore auront le sentiment des dangers de la rue, c'est dans la rue qu'on est exposé à toutes sortes d'accidents qui n'arrivent pas chez soi: W..., Lf... (92) par exemple, ont peur des voitures, des gens qui tombent du haut d'une échelle, des sergents de ville qui arrêtent si on fait des sottises, etc. Quand on observe le début des agoraphobies, on voit très bien cette spécialisation progressive des insuffisances. Dob... (86) est une enfant timide, qui avait horreur de parler à quelqu'un: au début c'était une timidité générale, une aboulie sociale. Son premier accès est survenu a l'âge de onze ans quand sa mère l'a envoyée faire une commission dans une boutique: elle croyait s'y trouver seule avec la patronne, elle y a rencontré une autre cliente, de là « cette émotion qui lui a desséché le cerveau, » le sentiment d'abaissement, d'étrangeté, d'angoisse morale, etc. Plus tard l'accident est survenu, quand elle croisait dans la rue une personne un peu connue; et enfin il survient simplement par la rue elle-même. C'est l'aboulie sociale qui est le point de départ de ces différentes formes d'agoraphobie.
Si nous continuons cette étude, nous rencontrons \Mt^ ^^'^ extrêmement difficile à tous les points de vue, c^^^^t le
mariage et les actes génitaux. Tout se mêle ici pour fa phénomène une des actions les plus complexes : nouveaut< toujours très grande de la personne qu'on épouse, compl visages et des caractères d'une famille nouvelle, gravité de T ses conséquences, préoccupation de l'avenir, etc. , etc. Les p lesplus normales éprouventàce moment des sentiments d de tension. Est-il surprenant que nos abouliques mani ce moment d'une manière remarquable leur faiblesse. Oi énumérer tous les cas où les crises de folie du doute, d'î d'agitation commencent avant ou après le mariage. On c malade qui se demande si sa fiancée est jolie, si elle n'a pa figure un trait dur auquel il ne pourra pas s'habituer, fille qui a la manie de s'interroger pour savoir si elle ai son fiancé, ceux qui ont des terreurs en songeant aux de la famille, qui se croient incapables de les remplir, craignent de n'avoir aucune ressource, les jeunes ger jeunes filles qui examinent leurs organes génitaux^ qui le insuflisants, les impuissants, les femmes à vaginisme, et toute une légion de psychasthéniques qui spécialisent le fisance à l'acte du mariage.
On ne sera pas surpris si je rapproche l'acte gé actes sociaux. Il exige pour être normal la présent autre personne, d'une personne différente, il fait nj gènes et des timidités, il est fortement émotionnant, il gereux par ses conséquences, il est représenté comme i c'estassezpour qu'il devienne extrêmement complexe, etq a ce moment une forte tension vers le réel. Cette tension e plus marquée dans l'orgasme vénérien, l'une des pi émotions du présent.
Il en résulte que les troubles de l'acte génital v innombrables chez ces abouliques : la masturbation solit peut-être qu'une première forme des aboulies sociah puissance à l'acte génital normal, la chasteté excess âge avancé chez des individus qui semblent se condv maternent est déjà quelquefois un signe de psych M. Guyon signalait le début tardif des rapports génit; tous les rateurs. Nous ne serons pas surpris de voir se dé toutes sortes de phobies et d'algies par rapport aux sexuels associées avec un acte qui est si souvent incom] hyperesthésies du gland chez Jean, la terreur des odei