I. Harlcnberg, Les timides et la timidité, p. i8i
il n'y a pas de rumination. Vk«.. ne peut agir que lentement^ si on veut la presser, elle n'agit pas et tombe dans les ruminations, si elle peut agir lentement, elle fera Tacte et ne rêvera pas du tout. On a déjà vu que Wo... tombe dans les manies mentales si Témotion est subite et par conséquent incomplète et qu'elle n'y tombe pas si elle a le temps de préparer et par conséquent « de réussir son émotion ».
Enfin, on est souvent frappé de la facilité avec laquelle un de ces phénomènes secondaires se transforme en un autre, tandis qu'il est impossible de les supprimer tous à la fois tant que le sujet reste psychasthénique. Si on empêche le sujet de ruminer ou s'il essaye lui-même de ne plus s'interroger, il tombe dans l'angoisse comme s'il y avait là une excitation qui devait se dépenser d'une manière ou d'une autre. Claire remarque ellemême qu'elle a « un besoin fou de se tourmenter par une manie quelconque, je me demande quel tourment je pourrai bien prendre, je suis trop gênée quand je reste tranquille ». Red... avait des angoisses et des vomissements, et c'est quand ces phénomènes ont été supprimés qu'elle a pris ses manies de rumination mentale. L'observation la plus remarquable à ce propos à laquelle je renvoie est celle de Ku... A la suite d'une émotion elle tombe dans l'état psychasthénique avec aboulie, troubles de la perception du réel, apathie, etc. Pendant une première période de plusieurs mois, elle est tourmentée par des interrogations et son esprit travaille tout le temps, puis survient une seconde période de plus d'un an sans rumination mentale, mais avec des contorsions continuelles et des crises d'agitation que Ton prend bien à tort pour des crises d'hystérie. Enfin elle passe à une troisième forme de la maladie quand elle n'a plus de crises convulsives, mais des troubles cardiaques, respiratoires, digestifs, une trémulation continuelle du diaphragme et d'horribles angoisses. N'est-ce pas la même maladie qui a amené la dérivation sous les trois formes ?
Je crois donc que l'on peut considérer ces crises d'agitations forcées non seulement comme une sorte de réaction du sujet contré la douleur produite par l'insuffisance psychologique du début, mais comme une dérivation dans laquelle se dépensent les forces qui n*ont pu être employées par la volonté, l'attention ou l'émotion initiale.
Ces crises sont donc vraiment caractérisées par l'abaissement.
568 THÉORIES PATHOGÉNIQUES
(a chute de la iention psychologique qui constitue leur début. Non seulement cette chute de tension détermine !a lacune initiale si importante, mais elle amène encore tout le développement irrésistible consécutif; elles méritent bien le nom de crises de psycho/epsie.
Quelle que soit l'importance qu'on accorde à ces grands phénomènes généraux qui remplissent les crises de psycholepsie, les sentiments d'iucomplétude, et les agitations forcées, il est évident que l'interprétation de ces faits nous laisse assez loin de l'obsédé et du phobique, tel qu'il se présente le plus couramment quand la maladie est avancée.
Les phénomènes précédents ont le grand caractère d'être vagues et diffus, ce sont des affaiblissements de toute la pensée, une faiblesse générale de la volonté et des sentiments, des mouvements exagérés et désordonnés, des rêveries continues et innombrables, des émotions de tout l'organisme. Or, en pratique un très grand nombre de sujets protestent quand on interprète ainsi leur maladie « ils ne sont pas, disent-ils, incapables de toute volonté, ils savent agir dans beaucoup de cas et actuellement encore ils exercent une profession et dirigent leur ménage, ils n'ont pas dans leurs crises des agitations physiques ou morales diffuses. C'est une certaine action qui leur est devenue impossible, un certain mouvement qui se transforme en tic, une certaine opération mentale qui les tourmente par sa répétition, un certain objet qui provoque leurs angoisses et rien que lui. » En un mot à la forme diffuse de la maladie se surajoute la forme précise et systématique. Bien des auteurs sentent parfaitement que la forme systématisée sort de la forme diffuse. MM. Pitres et Régis ont beaucoup insisté sur ce point, mais la plupart se bornent à constater la transformation et cherchent guère à expliquer.
Dans cette systématisattion de la maladie il y a deux aspects et deux formes différentes à considérer. Ce qui se précise d'abord c'est le phénomène primaire, point de départ de la crise de psycholepsie. Ce ne sont plus tous les actes, mais uû acte
déterminé, qui est insuffisant et amène la dérivation ; c'est une certaine attention, une certaine croyance, un sentiment particulier qui s'arrêtent plutôt que les autres. Nous désignerons ce fait sous le nom de spécialisation des insuffisances psycholoffiques. Ensuite quand la dérivation commence elle prend une forme déterminée, une manie mentale particulière se substitue à la rumination générale, un tic à l'agitation motrice, une phobie à l'angoisse diffuse, c'est ce que nous ^^^tWevous la systématisation de la dérivation,