L'interprétation de la forme de l'obsession
nous reste à montrer que cette interprétation, ou plutôt cette ésentation d'ensemble des faits, rend encore assez bien compte s forme que prennent les obsessions proprement dites dans rit du malade. J'ai insisté au début de cette étude pour monque les obsessions des psychasthéniques avaient toujours des itères spéciaux très différents, en particulier, de ceux que pré- ;nt les idées fixes des hystériques. Ces caractères se trouventistifiés par une conception qui cherche le point de départ de ession dans Tétat mental sous-jacent, dans rabaissement de nsion psychologique et la disparition des phénomènes consis comme supérieurs, ceux de la fonction du réel ?
premier caractère des obsessions c'est d'être obsédantes^ -à-dire de se prolonger pendant un temps extrêmement long l'esprit du sujet, de réapparaître perpétuellement et absolu- ; à tout propos. Peut-on mieux expliquer ce caractère qu'en îdérant les obsessions comme les expressions d'un état mental -jacent qui est perpétuel. Si l'idée de crime, de honte de lême, de folie, de maladie, n'est au fond qu'une manière de dire que l'esprit est abaissé, qu'aucun phénomène ne va à son e, qu'il y a un sentiment d'incomplétude, ces idées dureront naturellement autant que l'insuffisance elle-même. Or, cette fisance peut se prolonger pendant vingt ou trente ans en restoujours exactement la même. Il n'est donc pas très surprenant le sujet ayant adopté une fois pour toutes une manière de rimer ne change pas cette manière et conserve la même idée iniment. Ainsi que Bail le disait très bien * : « la répétition des es questions et des mêmes pensées tient à un phénomène lique qui ramène sans cesse les mêmes impressions. C'est que dans un rêve, nous nous débattons péniblement dans ituation dont nous ne pouvons sortir, parce que la répétition santé des mêmes impressions physiques reproduit la même
(ail, Revue scientifique, i88a, II, p. 46.
•série d'idées. Ce n'est qu'au réveil que nous sommes délivrées de <3ette obsession. » Le réveil, ce serait pour le malade la disparition de son abaissement mental. Si cela arrive, s'il y a une ascension de la tension, nous avons vu que l'obsession disparaît tout de suite : cela prouve bien qu'elle était liée avec le sentiment de la diminution de cette même tensjon.
Nous avons remarqué que l'association des idées jouait un rôle bizarre dans l'obsession et qu'il y avait plutôt une sorte de manie •d'association qui pousse le sujet à unir son obsession avec tous les autres phénomènes psychologiques qu'il éprouve. Ce caractère -se rattache très simplement à la manie de la précision et à l'inquiétude. Le malade, qui a beaucoup souffert du sentiment d'incomplétude éprouvé à propos d'un certain acte, reste inquiet et il éprouve le besoin de vérifier toutes les autres actions, toutes les -croyances, tous les sentiments pour voir si à leur tour ils ne vont pas lui faire défaut. Bien entendu, comme nous le savons, cet «ffort d'attention va simplement rendre difficiles des actions qui se faisaient assez bien d'une manière désintéressée : celles-ci vont de nouveau être insuffisantes, elles vont comme les précédentes donner naissance au même sentiment d'incomplétude et le sujet sera amené tout naturellement à traduire encore une fois ce sentiment par la même obsession. Il vous dira donc que son obsession s'associe avec des actions et des idées de plus en plus nombreuses et vous aurez l'impression qu'il cherche lui-même à produire cette association. En réalité, il cherche simplement a éprouver ses actions et ses croyances et en les éprouvant il met et) évidence la même insuffisance et retrouve partout la même obsession. C'est ainsi que le malade inquiet a une tendance h étendre perpétuellement son obsession comme une tache d'huile Jusqu'à ce que toute sa vie en soit envahie.
Les obsessions sont impulsives, mais cette impulsion, comme nous l'avons vu, consiste en une sorte de manie de la tentation et de l'impulsion. On dirait que le malade cherche à vérifier à chaque instant s'il est réellement bien poussé au crime ou à la folie : il y a là encore un résultat de l'inquiétude fondamentale.
L'obsession, l'idée d'être poussé au crime ou l'idée d'être fou, est une sorte d'explication que le malade aime à se donner à luimême des troubles pénibles qu'il éprouve. Cette idée lui plaît en quelque sorte, parce qu'elle éclaircit un peu une situation inextricable et parce qu'elle justifie les soins^ les protections, les
leur terme qui est Tacte et Thallucination. Pour moi Tobsession exprimant une maladie générale de l'esprit participe naturellement au caractère de cette maladie. Or le caractère essentiel de toute la maladie, c'est qu'elle supprime le dernier terme des opérations psychologiques, qu'elle rend impossible tout ce qui dépend de la fonction du réel. Le malade qui d'une manière générale est incapable d'agir et de croire n'arrive pas plus à agir et à croire dans son obsession.
Enfin ces obsessions sont avant tout des obsessions conscientes, des folies lucides, c'est-h-dire que le sujet garde le pouvoir de les critiquer et de rire de lui-même. Cela revient à dire tout simplement que ces obsessions restent incomplètes et n'arrivent pas jusqu'à la certitude. Mais la maladie est justement une folie du doute qui supprime partout les croyances, il est donc tout naturel qu'elle les supprime aussi dans l'obsession qui la résume. Nous avons vu que les obsessions des psychasthéniques, par opposition aux idées fixes des hystériques, sont des systèmes d'images avec développement incomplet. Ce caractère qui résume les précédents résume aussi la maladie qui est, comme on l'a vu, une impuissance a compléter les phénomènes psychologiques. Tous les caractères de l'obsession ne sont en somme que les caractères de l'état psychasthénique, il est donc tout naturel d'admettre qu'elle en dérive.
Beaucoup d'auteurs ont essayé de donner à leurs explications de la maladie des obsessions une couleur anatomique, il faut au moins signaler les tentatives qui ont été faites dans ce sens.
Je n'insiste pas sur les troubles de Testomac et des divers viscères qui ont déjà été signalés, il est admis à peu près généralement que ces troubles sont secondaires. Mais il ne faut pas oublier que ces troubles donnent naissance à des auto-intoxications qui ont la plus grande influence sur le développement de la maladie. La lésion principale est peut-être une susceptibilité spéciale des cellules cérébrales pour toutes les intoxications. .Comme le système nerveux altéré n'excite plus suffisamment les fonctions gastro-intestinales, il en résulte de nouvelles fermentations et de
THÉORIES PATHOGÉNIQUES
ions. Ce cercle vicieux joue un rôle consldéest pas moins vrai que le trouble gastrique ne ul pour déterminer toute la maladie si le syssain.
quels on a attribué le plus grand rôle sont encirculatoires. J*ai déjà signalé les travaux de le Lubetzki sur le rôle de la congestion et des iirs dans les céphalalgies et dans les douleurs î. M. de Fleury explique les angoisses « par un Tarbre circulatoire s'accompagnant probable- 3tivité fonctionnelle du cœur. La crosse de sque entièrement élastique et dénué de fibres uve prise entre deux forces contraires qui len- ! violemment, le lacis nerveux dont elle est enraillé et souffre de cette douleur rétrosternale nent essentiel de Tangoisse* ». J'ai déjà siet auteur fait jouer à l'hypertension et surtout érielle.
ui a le plus insisté sur l'origine circulatoire de t M. Auguste Voisin. Déjfi dans ses leçons clilit disposé à rattacher beaucoup de maladies e cérébrale*. Plus tard il chercha à montrer délire du doute avec la sthénie et l'asthénie Jteur présentait des tracés sphigmographiques action de certains médicaments comme la cale sur ces troubles vasculaires.
tiennent une part de vérité" car les troubles videmment fréquents. Mais il est peu probable ifs : tous les auteurs sont naturellement ametrouble d'un centre circulatoire ou vaso-mouent à se rapprocher des théories nerveuses.
il faut distinguer d'abord celles qui veulent e à des organes nerveux en dehors du ceneau )rel et Legrand du Saulle parlaient déjà d'une
symptômes neurasthéniques, 1901, p. 98 (Paris, F. Alcan) cliniques sur les maladies mentales, 1876.
du doute, SCS relations pathogéniques avec la sthcnie et mon médicale, 28 mars 1895.
névrose du système nerveux ganglionnaire viscéral *. M. Féré remar- <}uait le grand rôle du sympathique au moins « comme organe périphérique des émotions ». M. Ilartenberg a essayé d'aller plus loin : dans une communication présentée au dernier congrès de psychologie et dans son travail sur la névrose d'angoisse il concevait les obsessions et surtout les phobies comme une névrose du sym-^ pathique. Ces auteurs, j'en suis certain, reconnaissent eux-mêmes combien tout cela est aujourd'hui hypothétique. Quel est le rôle exact du sympathique dans l'émotion ? Les maladies connues des franglions cœliaques déterminent-elles des troubles analogues à la folie du doute et aux manies du serment ? N'est-il pas aujourd'hui bien plus vraisemblable que les centres corticaux du cerveau jouent un rôle considérable dans les émotions et dans les obses- :sions ?
M. Dallemagne semble disposé à rattacher ces maladies à des troubles émotionnels et ceux-ci à des altérations « des centres nerveux inférieurs... qui servent comme de transition entre les fonctions médullaires automatiques et inconscientes et les fonctions corticales conscientes et d'apparence spontanée^ ». Il semble peu probable que les angoisses des psychasthéniques -soient assez élémentaires pour être rattachées uniquement à des lésions bulbaires. Celles-ci n'ont guère déterminé des troubles comparables à ceux des scrupuleux et tous ces auteurs n'hésiteront pas à ajouter aux troubles des organes qu'ils signalent le rôle prépondérant des troubles du cerveau.
Les théories cérébrales de la psychasthénie sont très peu nombreuseSy elles se ramènent à quelques types très simples. Quelques auteurs font allusion à des centres spéciaux, par exemple aux centres corticaux de la rougeur de Bechterew et Misslawski. Peut-on, après toutes les observations sur la honte du corps, rattacher Téreutophobie à une maladie spéciale d'un centre déterminé, celui de la rougeur du visage. Si ce centre existe, son trouble me parait singulièrement secondaire à des altérations bien plus générales.
Le plus souvent on explique la maladie par l'excitation indépendante et isolée des divers centres corticaux. C'est déjà ce que disait Spencer non sans quelque naïveté : « une fonction cérébrale
Legrand du Sanlle, Arjoraphobie^ p. ^
Dallemagne. Dégénérés el déséquilibrés, 1896, p. 673.
telle sphère déterminée. S*agit-il de la sphère cœnesthésique on aura les obsessions émotionnelles ; s'agit-il de la sphère sensitivo-sensorielle, on aura les obsessions hallucinatoires ; s'agit-il de la sphère motrice, on aura les obsessions impulsives ; s'agit-il de la sphère psychique, on aura les obsessions intellectuelles \ » Ce langage en apparence anatomique ajoute-t-il quelque chose aux descriptions et aux classifications cliniques des obsessions ? J*avoue que je n'en suis pas convaincu. Je ne vois pas bien quel avantage on trouve h exprimer les conclusions psychologique» dérivées d'une observation qui n'est encore et qui ne peut être que psychologique en un autre langage bien plus hypothétique. Pourquoi mêler le problème de la nature des centres corticaux, de leur rôle dana la pensée avec l'interprétation des obsessions ? Sait-on bien s'il y a un centre spécial pour chaque idée, et chaque fonction psychologique? Sait-on s'ils ne collaborent pas tous dans chaque pensée ? Que de problèmes on ajoute inutilement à celui que l'on étudiait.
Pour moi, je ne puis croire qu'il soit possible d'expliquer aucune des obsessions ou des impulsions que j'ai décrites dans cet ouvrage par l'irritation localisée d'un centre cortical, à moins que l'on ne transforme complètement le sens que les physiologistes donnent à ce mot, centre cortical^ et que l'on n'entre complètement dans le domaine de la fantaisie. Pour prendre un exemple parmi les plus simples, l'éreutophobie ne peut aucunement être présentée comme une maladie du centre de la rougeur du visage. Imaginez le trouble vaso-moteur de la face le plus énorme, se produisant par suite d'une lésion centrale comme une épilepsie Jacksonienne, ce ne sera aucunement de l'éreutophobie. L'obsession de la rougeur est une pensée qui vient dans l'esprit du sujet pour expliquer au moyen d'un trouble plus ou moins réel de la face, d'innombrables sentiments de gêne, de difficulté, d'arrêt, de honte, qui surviennent en lui depuis longtemps à propos des actes sociaux.
Ce qui serait peut-être le plus troublé chez l'éreutophobe ce serait le centre des mouvements puisqu'il y a une aboulie au point de départ. Mais il ne peut s'agir du centre des mouvements quel-
I. Vallon et Marie, Contribution à l'étude de quelques obsessions. Xlh Congrès de médecine de Moscou, 1897.
les lampes sont très nombreuses et très artistement disposées; s'il éclaire mal, si les lampes s'échauflent, s'il se produit des dérivations c'est que le courant fourni par le secteur n'a pas le voltage suffisant. Je me hâte d'ajouter d'ailleurs que l'on ignore complètement à quoi tient cette baisse de courant du cerveau, s'il y a un organe spécial qui produit cette tension et qui la règle, si cet organe est dans l'écorce cérébrale, dans le cervelet ou en dehors. Ce n'est là qu'une représentation vague qui est bien loin d'atteindre la précision que Ton peut, je crois, donner à des interprétations purement psychologiques.
Il est évident que c'est là bien peu de choses, mais c'est tout ce que l'on peut dire avec quelque vraisemblance. S'il « faut toujours penser anatomiquement », il faut se résigner à ne pas penser du tout quand il s'agit de psychiatrie. N'est-il pas plus raisonnable et plus utile même de constater les faits de la manière dont ils se présentent actuellement à l'observation et de les exprimer dans le langage qui leur convient. Ces études psychologiques, en analysant les phénomènes, en les réduisant à leurs éléments essentiels, préparent les voies à une interprétation anatomique, interprétation qui n'est pas encore possible à notre époque.