‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 3)Chapitre 243 sur 288 · I. F.-L. Arnaud, Ann. médico-psych , mai-juin · texte numérisé non relu

I. F.-L. Arnaud, Ann. médico-psych , mai-juin

crainte de la lutte, sa crainte de tous les dangers possibles Ta conduit à ne plus pouvoir sortir au dehors sans angoisses. Il ne veut pas avouer cette faiblesse ni aux autres, ni à lui-même et il cherche à s'explique sa crainte de la rue par la préoccupation d'un danger réel. Dix ans après le début évident de l'agoraphobie, il trouve l'explication, c'est que dans son enfance, trente ans auparavant, il a été mordu par un chien enragé et qu'une nouvelle morsure lui donnerait infailliblement la rage. Ya-t-on soutenir que cette obsession du chien enragé qui s'exprime à ^o ans est eu rapport avec l'émotion de cette morsure subie à Tâge de lo ans ? Cette obsession est simplement une interprétation rétrospective de son trouble fondamental de la volonté, et des sentiments.

Le besoin de domination chez les autoritaires se rattache comme on l'a vu à leur aboulie, il cause bien des obsessions. La microphonophobie de Bow... n'est pas une hyperesthésie de l'ouïe, c'est une obsession en rapport avec Pidée que les autres personnes le dérangent dans son travail et ses pensées. Ce sentiment des autoritaires joue un rôle capital dans le délire de persécution peut-être plus que dans le délire du scrupule.

Il suffit de rappeler toutes les obsessions amoureuses en rapport avec le besoin d'être dirigé, le besoin d'aimer, le besoin d'être aimé. Je ne puis insister ici que sur quelques formes particulières. Qi... est amusante avec son obsession d'être petit enfant, de laisser flotter ses cheveux dans le dos et son désir fou d'être appelée « Nénette ». Cr..., femme de 33 ans, est poursuivie par l'obsession qu'elle veut avoir un enfant, elle court les hôpitaux pour demander la fécondation artificielle, et regarde sous toutes les portes pour trouver un enfant abandonné a adopter a c'est parce que son amant l'épousera si elle a un enfant. C'est aussi parce que cet enfant lui fera un soutien si elle est seule». Lour..., femme de 44 ans, a des obsessions de jalousie qui ne sont pas identiques à celles de Fa... que je viens de citer. « Depuis que je me sens faible il me semble que mon mari ne s'occupe pas assez de moi, qu'il me laisse isolée, qu'il ne me console pas, il me semble que je n'arrive plus à le comprendre, à le croire, et j'en viens à penser qu'il n'est plus comme il devrait être. »

On pourrait énumérer bien d'autres obsessions et montrer qu'elles sont des interprétations plus ou moins compliquées portant sur les insuffisances et sur les sentiments qui en dérivent.

THÉOniES PATIIOGÉMQUES

L'influence des événements extérieurs sur le contenu de l'obsession,

u'il en soit, Tobservation nous montre que les événements s ont, eux aussi, une action et qu'ils déterminent assez e contenu de l'obsession surtout quand ils sont Toccasion )lente émotion. La maladie de Lf... commence quand lassé son neveu tombé mort d'un échafaudage, celle de arce qu^elle tenait sa belle-mère pendant un évanouist que celle-ci est morte dans ses bras; celle de Cas..., 'elle a vu son fils tomber à l'eau. Cette dernière malade s guérie a eu, dix ans après, une rechute parce qu'elle a rusquement que sa mère était devenue folle et avait été . \Ve... a commencé très jeune cette maladie quand on embrasser son grand-père qui venait de mourir. Je note des grandes périodes de maladie, chez Lise une scène lari, chez Voz... un examen, chezLo... le mariage, chez lorsure par un chien, chez Mnd... (179) la vue d'une folle, .. la vue d'un morphinomane, chez Alx... un vertige LU café, etc.

it remarquer que certaines émotions semblent jouer un Dudérant. Ce sont d'abord les émotions religieuses, sur- 9 de la première communion et plus tard des confessions, ussi les émotions génitales qui ont joué un grand rôle .,chezKi..., chez Jean, c'est de cette remarque qu'est ion de Freud, soutenue par Tamburini* que les obses- Lvaient toujours d'un trouble des sentiments sexuels, s déjà eu l'occasion de remarquer l'exagération de cette l'en est pas moins évident que les événements extérieurs ninent de l'émotion ont une action certaine sur le dévet de la maladie des obsessions.

tte action est extrêmement complexe : On a vu dans les r les oscillations du niveau mental que les événements le provoquer de fortes émotions peuvent déjà agir en nt un abaissement de la tension psychologique et quelune manière inverse en déterminant une élévation. Il

rini. Obsessions sexuelles et obsessions du suicide» autosadisme, Congrh de Bruxelles, 1897.

faut constater aussi que si le sujet est déjà abaissé par quelqu'une des causes précédentes, Tévénement émotionnant peut encore jouer un autre rôle, il peut déterminer le contenu de l'obsession, la nature de Tidée qui va devenir obsédante.

Cela ne peut arriver à mon avis que si le sujet était antérieurement préparé par tous les troubles précédents. L'idée fournie par l'événement ne devient obsession que si elle est d'accord avec un état antérieur dont le sujet avait le sentiment depuis quelque temps. Cette idée qui est remarquée par le sujet devient l'expression qu'il cherchait de son état. Claire avait depuis longtemps ses sentiments d'abaissement, de mécontentement, quand elle s'aperçut qu'elle avait une excitation génitale à l'église et que ses regards se portaient avec des curiosités malsaines vers la statue du Christ. Cela lui parut répugnant, odieux et cette idée la frappa que c'était peut-être là le crime contre nature qui lui causait tant de remords inexpliqués. Dur... (54) passe une soirée à la fenêtre attendant son mari qu'elle soupçonne de la tromper. Cette attente la rend furieuse, elle remarque qu'elle se refroidit et qu'elle se rend malade à cause du mari. Cette idée la frappe comme le résumé et le symbole de longues inquiétudes antérieures et elle commence à ce moment une obsession singulière qui consiste à répéter que son mari l'a rendue phtisique. Cette idée ne Ta frappée que parce qu'elle était inquiète, qu'elle se sentait fatiguée, qu'elle avait le besoin d'une direction morale perpétuelle et qu'elle se croyait abandonnée si son mari ne s'occupait pas sans cesse d'elle.

VI... a grand tort de rapporter son éreutophobie à une consultation médicale où le médecin aurait parlé d'eczéma du nez ; la rougeur du nez n'est qu'un prétexte qu'elle a adopté avec enthousiasme pour résumer son aboulie et sa timidité. Toq... remplace successivement sa honte des moustaches par sa honte des joues rouges, Nadia sa honte des mollets sous sa jupe courte, par sa honte des pieds, des mains, de la poitrine, de la figure, etc. L'événement ne détermine que la nuance particulière de l'expression.

Ce besoin d'une préparation antérieure explique un petit détail assez curieux de la genèse des obsessions, j'avais remarqué ce petit fait depuis longtemps et j'ai été heureux d'apprendre que M. Arnaud l'avait remarqué de son côté ; cela montre qu'il a quelque généralité. Dans leur récit, il est rare que les sujets rap-

faite à un médecin. Celui-ci lui aurait déclaré brutalement qu*il était phtisique: «cela m'a frappé, dit le malade d'une manière indigne, je passe les jours et les nuits sans repos à attendre la mort, je ne vois que des enterrements et des morts, rien ne peut me distraire et je suis incapable de faire le moindre travail. )> Si Mgi... a dit vrai, mais je me défie un peu sur ce point des dires des malades, une seule émotion a déterminé à la fois le trouble et l'interprétation. Mais ce n'est pas la forme la plus commune, car l'obsession est en général une interprétation, une expression, un symbole qui résume dans Fespritdu malade des troubles déjà anciens portant sur les fonctions psychologiques supérieures et déterminant depuis longtemps des ruminations et des phobies.

Enfin le contenu des obsessions présente certains caractères qui ont été mis en évidence dans les chapitres précédents. Ces caractères me semblent faciles à comprendre si on considère l'obsession comme l'expression d'un état pathologique antérieur, car ils ne sont pas autre chose que les caractères de cet état lui-même. Ainsi les obsessions portent le plus souvent sur les actes du sujet, elles portent sur des actes mauvais que le sujet voudrait ne pas faire : elles constituent surtout un délire d'auto-accusation. Cette direction générale des obsessions se rattache simplement à leur point de départ. Elles se sont développées dans l'esprit du sujet comme des interprétations d'un état d'impuissance dans lequel aucune pensée ne pouvait être poussée à son terme, dans lequel le trouble portait surtout sur les actions et les croyances ; il est tout naturel que ces interprétations même puériles soient en rapport avec les sentiments d'incomplétude du malade et expriment surtout la critique des actes et des croyances. En un mot je trouve que les obsessions du malade sont en partie justifiées malgré leur apparence allégorique et symbolique.

Si nous passons à d'autres caractères de l'obsession nous avons remarqué qu'elle portait sur des actes extrêmes et que le sujet poussait toujours jusqu'au dernier terme possible son idée de crime ou de sacrilège. C'est encore la conséquence de plusieurs caractères qui se trouvent déjà dans la rumination ; la généralisation désordonnée, le passage à l'infini ont déjà été remarqués dans ces méditations qui restent abstraites et sans aucune des limites qu'impose la perception de la réalité.

L'étude du contenu des obsessions me semble donc vérifier

THÉORIES PATHOGÉNÏQUES

e înterprétatioD précédente des états psychasthéniques et e hypothèse qui met au premier rang les troubles de la volonté s TattentioD ou du moins les troubles de cette fonction du réel nous a paru la plus élevée des fonctions cérébrales.

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