‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 3)Chapitre 248 sur 288 · Ladamc. Uevue de l'hypnotisme, 1891, p · texte numérisé non relu

Ladamc. Uevue de l'hypnotisme, 1891, p

6. Iscovesco, Trois cas d'impulsion chez des dégénérés. Ann. méd.^psych , 1898, II, 6a.

CI2 L'ÉVOLUTION

MM. Pitres et Régis ont cependant fait à ce propos une remarque très juste, c'est que ces tares physiques sont loin d'accompagner toujours et régulièrement les troubles moraux des phobies et des obsessions. « La plupart des obsédés ont le crâne bien conformé, les dents bien implantées, les organes génitaux normalement développés, ils ne présentent même pas plus souvent que les sujets réputés sains les petits stigmates auxquels on était porté naguère à attacher une importance fort exagérée. » Ces auteurs dans une enquête sur 5o sujets ont examiné 1 état de la voûte palatine, la forme des oreilles, Texistence ou Tabsence du tremblement des mains et ils n'ont pas obtenu des résultats différant sensiblement de ceux qu'on obtient d'ordinaire chez des sujets normaux.

Je n'ai pas fait la même enquête aussi systématiquement ; je constate de temps en temps quelques-uns de ces signes qu'on est convenu d'appeler stigmates physiques de dégénérescence, j'ai noté deux cas de bec-de-lièvre, douze cas d'asymétrie faciale très nette, en particulier chez Jean, une trentaine de fois la voûte palatine ogivale, quelques implantations des dents très irrégulières, en particulier chez Lo... et chez Ver..., l'oreille de Morel, l'asymétrie du visage et du corps, des plaques de vitiligo sur la peau chez Vk..., le gigantisme chez Gisèle, femme de i°,86 et le nanisme chez Far..., homme de i,™38, l'asymétrie remarquable de la couleur de l'iris dans les deux yeux chez Fa..., l'arrêt de développement des seins et des organes génitaux chez Mw... qui n'est pas encore réglée à 3o ans, etc.

Cependant, il faut observer que ces déformations sont loin d'être la règle, il ne faut pas oublier que l'on rencontre des scrupuleux qui sont de très beaux hommes, d'une conformation irréprochable comme Rk... Je suis disposé à conclure comme MM. Pitres et Régis que ces malformations sont très loin d'avoir chez les obsédés la même fréquence et la même importance que chez les idiots et même chez les épileptiques.

Ce que l'on observe plus souvent ce sont ces troubles fonctionnels qui se manifestent dès l'enfance et qui indiquent une résistance défectueuse du système nerveux. Dans douze cas parmi les antécédents personnels j'ai noté des convulsions infantiles. Le fait a une petit importance : on sait que ces convulsions sont très rares dans les antécédents des hystériques et qu'elles sont au contraire très fréquentes dans les antécédents des épilepti-

ques, or, comme on Ta vu, je suis leaté de rapprocher nos psychasthéniques des épileptiques. Dans 7 cas, j'ai noté l'incontinence nocturne infantile, se prolongeant jusqu'à 10, 12 et i5 ans, dans trois cas du bégaiement. Dans un de ces cas assez curieux, le bégaiement a guéri vers Tâge de 2a ans, au moment où a commencé l'évolution des troubles mentaux.

Si les stigmates physiques de la dégénérescence ne sont pas toujours évidents, il y a cependant une faiblesse du système nerveux qui se manifeste par ces troubles fonctionnels et qui sera encore plus évidente quand nous considérerons le caractère moral antérieur à la maladie proprement dite.

En outre de l'hérédité, le sexe semble jouer un certain rôle comme condition prédisposante. En faisant la statistique des observations maintenant assez nombreuses que j'ai recueillies et qui s'élèvent au nombre de 325, je constate qu'il y a parmi ces malades 96 hommes et 280 femmes. La difiérence est considérable puisque le nombre des femmes, 71 pour 100, est plus de trois fois celui des hommes, 29 pour 100. Quelques remarques peuvent peut-être diminuer cette différence, les hommes ont moins que les femmes le temps de venir se plaindre d'une maladie semblable de Tesprit, ils s'occupent moins des détails de leur pensée. Mais cela même confirme qu'ils sont moins susceptibles de devenir des scrupuleux. On peut admettre en résumé qu'il y a un quart d'hommes pour trois quarts de femmes : c'est une remarque qui a déjà été faite à propos de l'hystérie et en général à propos des névroses.

Elle s'accorde avec cette opinion générale peu galante mais assez vraie: c'est que la femme est en général d'un niveau mental inférieur à celui de Thomme, en entendant toujours la hiérarchie mentale dans le sens que j'ai indiqué, qu'elle a plutôt les fonctions inférieures de la rêverie et de Témotivité et qu'elle a moins les fonctions supérieures qui agissent sur le réel, le perçoivent et le modifient.

Il est plus difficile de déterminer l'influence de l'âge : on peut commencer par dresser un tableau indiquant l'âge qu'avaient les

Mais il est certain aussi que dans l^enfance et Textréme jeunesse les cas que Ton présente au médecin sont fort rares, de même à partir de 5o ans on note dans les deux tableaux une décroissance très rapide. Les cas d'obsession dans Tenfance ou dans la vieillesse sont toujours signalés comme des raretés cliniques ^ La période la plus favorable au développement de cette maladie semble être entre 20 et 5o ans, c'est-à-dire dans Tage adulte. Enfin par une coïncidence qui ne peut pas être fortuite, les deux tableaux nous montrent le maximum au même âge entre 26 et 3o ans, il semble bien que ce soit là la période la plus active de la maladie si on veut bien admettre que la gravité de la maladie est en rapport avec l'activité que mettent les malades à rechercher les soins du médecin.

Une statistique qui serait beaucoup plus intéressante nous donnerait non plus l'âge où les malades se présentent chez le médecin, mais l'âge où la maladie a débuté ; malheureusement cette statistique est presque impossible à établir. La maladie des obsessions procède souvent par rechutes successives séparées par des périodes d'amélioration relative. Les malades sont trop portés à donner comme le début de leur maladie la date du début de leur dernière rechute grave et laissent de côté la date du début véritable quelquefois très éloignée. Par exemple Vor..., femme de 58 ans, vous dira volontiers que sa maladie actuelle, le scrupule urinaire, a commencé il y a deux ans ; ce n'est qu'incidemment qu'elle raconte avoir été soignée par Charcot à Tàge de 18 ans, pour une crainte bizarre de dire des mensonges en confession. Elle est toute surprise quand on lui fait reconnaître que c'est toujours la même maladie. On commet ainsi, en prenant la date d'une rechute pour la date du début, de grossières erreurs.

Mais une deuxième difficulté est plus grave encore ; qu'est-ce qu'on appelle le début véritable d'une maladie semblable ? Est-ce le début de l'obsession proprement dite? Mais il peut y avoir auparavant des crises de rumination, de phobie, de tics qui sont, comme on l'a vu, la préparation de l'obsession; admettra-

1. H. Berger, Obsession et impulsion chez un enfant de 10 ans. Arch. f. Psychiatrie, XVllI, 3, i8go. J. Séglas, Neurasthénie tardive avec idées obsédantes et folie du doulc chez un homme de 56 ans. Société médica-psych., a5 mai 1891.

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