‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 3)Chapitre 251 sur 288 · Pitres et Régis, op. cit., p · texte numérisé non relu

Pitres et Régis, op. cit., p

L'accouchement, surtout lorsque, comme chez F'ok..., il se complique d'accidents infectieux, ebt fréquemment le point de départ d'accidents mentaux graves, quoique la prédisposition ne fût que légère auparavant.

Un problème bien plus intéressant et plus délicat se pose quand on considère Tinfluence de Tonanisme et des divers troubles des fonctions sexuelles. Un grand nombre d'auteurs ont attiré l'attention sur l'influence considérable que les fonctions génitales exercent sur les fonctions mentales. Tous les anciens auteurs et en particulier Legrand du Saulle avaient déjà signalé l'influence de l'onanisme. Une belle observation de délire du scrupule qui se trouve rapportée dans le livre curieux de Zimmermann « la Solitude » est rattachée par l'auteur (c à cette habitude déplorable' ». Cette influence délétère était donc communément admise mais d'une manière un peu vague.

M. Freud, de Vienne, a essayé de montrer que les névroses et en particulier l'hystérie et la névrose d'angoisse avaient pour origine exclusive des troubles des fonctions génitales^. « L'hystérie aurait pour origine un souvenir inconscient relatif à la vie sexuelle et remontant à la première enfance, la neurasthénie serait due au surmenage génital par masturbation excessive et pollutions répétées et la névrose d'angoisse proviendrait de la satisfaction incomplète du besoin sexuel'. » L'origine de la maladie qui nous occupe et qui est, comme on l'a vu, bien voisine de la névrose d'angoisse de Freud serait bien simple : « Son étiologie spécifique est l'accumulation de la tension génésique, provoquée par l'abstinence ou l'irritation génésique fruste (formule générale pour indiquer l'elTet du coït réservé, de l'impuissance relative du mari, des excitations des fiancés, de l'abstinence forcée, etc.) ». Plusieurs auteurs ont publié des statistiques curieuses pour montrer le bien fondé de cette interprétation : les plus importantes sont celles de

I. Zimmcrmann, La solitude, p. i54> même opinion dans lo livre de M. Dagonct, Maladies mentales, 189^, p. 43/|.

a. Freud (de Vienne), Die sexualiUt in der Œtiologic der neurosen. Wiener kl in. Hundschau, 1899, a, 4f 5, 7.

3. Les théories de M. Freud sur ce point sont clairement résumées dans le petit historique de la névrose d'angoisse de M. Ilartcnbcrg, p. i4.

622 L'ÉVOLUTION

M. GatteP, de M. Tournier', de M. TschJsch^ de M. Kish*, de M. Féré', etc.

Cette proposition parait au premier abord singulière, mais une observation désintéressée montre qu'elle contient certainement une part de vérité. Si on peut avoir des renseignements, des aveux sur la vie sexuelle des malades, on voit qu'elle est presque toujours troublée et qu'elle est bien troublée en effet dans le sens qu'indique Freud. Ces personnes ont des désirs, souvent même trop fréquents, ils essayent de les satisfaire, mais n'y parviennent que très incomplètement. Les uns le constatent avec résignation, les autres s'en irritent et font des efforts désespérés et ridicules pour retrouver ce Paradis perdu. Chez ceux-ci et à un moindre degré, mais d'une manière également certaine, des troubles remarquables, ruminations, agitations, angoisses accompagnent ces excitations sexuelles incomplètes. On peut remarquer, comme le dit très bien M. Tournier, que le même trouble existe dans l'amour moral comme dans l'amour physique « cette névrose se réalise, dit-il, chez le jeune homme par besoin sentimental non satisfait, par aspiration vers l'amour du cœur... » Nous avons décrit longuement ces besoins du cœur chez les psychasthéniqoes.

J'admets donc le fait signalé de M. Freud, mais je crois qu'il faut l'interpréter. M. Freud considère le trouble sexuel, la satisfaction insuffisante comme un fait primitif résultant des circonstances extérieures ou de la conduite volontaire du malade, et il admet que c'est cette insuffisance accidentelle des excitations génitales qui détermine de toutes pièces la névrose considérée comme postérieure. Divers auteurs, en particulier M. Lowenfeld, de Munich*, et M. Hartenberg, ont fait des objections très justes. « La marche de l'affection, dit ce dernier auteur, avec ses améliorations et ses rechutes, ne concorde nullement avec les diverses phases de la vie sexuelle^. » Cela me semble incontestable: même

I . Gallcl, Ueber die Schueller Ursache dcr Neurasthénie und Angslneurose. a. Tournier, Essai de classification étîologique des névroses. Archives d'anthropologie criminelle. Lyon, i5 janvier igoo.

3. Tschiscli, Comptes rendus du V7« Conyrhs de la Société des médecins russes de Kiew, 1896.

4. Kish, Névrose cardiaque d'origine sexuelle chez la femme, 1897. Cf. Hartenberg, loc. cit., p. 38.

Page 1