Lasègue, Études médicales, II, p
2. Marro, La puberté, p. Sa. Pitres et Hégis, op. cit., p. 3i. Haskovec, op. cit., p. 126.
lentement dans le même sens pendant les mois ou les années qui ont précédé la maladie.
Ce caractère est facilement reconnaissable, il est constitué par des phénomènes analogues à ceux que j'ai décrits à propos des insuffisances psychologiques et des crises de dérivation. On y retrouvera d'abord, mais a un degré plus faible, toutes les formes de Taboulie. Ce sont des individus qui ont peu ou point de résolution et d'activité volontaire. Ce qui leur répugne surtout, c'est faction sociale et ils sont avant tout des timides, incapables d'agir et de parler devant les autres hommes. Ils ont un caractère renfermé, car ils ne peuvent développer leurs pensées et leurs sentiments, ils ne peuvent les amener à Pétat de précision susceptible d'expression quand il y a des témoins. Même quand ils sont seuls ils n'aiment pas agir et ils agissent mal ; souvent ils ont en horreur les exercices physiques et surtout ceux où il faut construire quelque chose. Ils ont toujours été d'une maladresse étonnante et ils ne savent rien faire de leurs mains.
Ils sont indécis, ils n'aiment point à prendre des décisions, ils redoutent horriblement les responsabilités. Aussi ont-ils pris l'habitude de ne jamais agir personnellement, ils se laissent conduire par tout le monde et même s'ils se rendent compte, car ils sont fort intelligents, qu'ils sont mal conduits, ils ne font aucun effort pour échapper à la direction et pour se diriger seuls. C'est qu'il y a une chose encore plus pénible pour eux que la décision personnelle, c'est la lutte. Ils ont horreur de lutter contre qui que ce soit et c'est pour cela qu'ils ont la réputation d'avoir un caractère doux. Jamais leur intérêt compromis ne leur paraît assez considérable pour les décider à entamer une lutte si pénible. Ils aiment infiniment mieux sacrifier ce qu'ils voient bien être leur intérêt et faire ce qu'on leur demande.
Ce sacrifice d'ailleurs ne leur est pas très pénible, car ils sont très indifférents à leur propre intérêt, surtout s'il est un peu éloigné. Ils sont tout à fait incapables d'être pratiques et cela leur donne un aspect désintéressé. Ce peu de souci de leur intérêt personnel, joint à leur horreur de la lutte, les rend extrêmement honnêtes. Ils ne songent à léser personne et ils souhaitent ardemment que les autres aient autant de respect pour leurs propres droits. Comme ils ont le mépris du terre à terre de la pratique, ils conçoivent un monde parfaitement honnête et idéal. En effet ils aiment et comprennent mieux les idées. Bien qu'ils
Ta VU, par plusieurs générations évoluant dans le même sens s'ajoute très souvent une éducation déplorable qui tend h développer les tares de ces esprits. Cette éducation est due à ce fait que les parents, sans avoir été malades à proprement parler et par conséquent sans avoir ressenti les inconvénients graves de cet abaissement de la tension mentale, ont eux-mêmes un caractère absolument semblable. Ils semblent faire tous leurs efforts pour enlever à leurs enfants les occasions d'agir, ils prennent pour eux toutes les décisions, ils les empêchent d'affronter aucun danger, d^entreprendre aucune lutte, ils ne leur donnent que des leçons de prudence et d'abstension. Témoin ce pauvre Jean qu'une bonne accompagne au lycée alors qu'il avait déjà i8 ans, de peur qu'il ne se refroidisse ou qu'il ne se batte avec ses camarades (!!) et qui devient la risée de tout le collège.
A l'influence des parents s'ajoute l'éducation absurde des jeunes Français qu'on laisse pendant d'interminables heures d'étude rêver derrière leurs dictionnaires et à qui on interdit tout mouvement et tout exercice pratique. Je suis frappé de voir combien cette éducation des jeunes gens et même des jeunes filles en France développe chez eux le tempérament aboulique et comme elle prépare des scrupuleux. Je me suis posé à ce propos une question que je ne peux pas résoudre : dans les pays où l'éducation est tonte différente, dans l'Angleterre en particulier, est-ce que cette maladie des obsessions est aussi répandue qu'en France ? C'est un problème qu'il serait intéressant de résoudre par quelques statistiques.
Après ces conditions générales du caractère antérieur et de l'éducation, quelles sont les circonstances morales qui jouent un rôle dans l'éclosion de la maladie ?