Paulhan, Hevue phihsophiijue, i884, H
contre les idées désignées par ces numéros. Quand elle est seule on peut Tentendre murmurer des phrases comme celle-cî, bien incompréhensibles pour un profane. «Le contraire de Dieu... quatre, trois, deux, cent soixante-quinze mille. » Cela veut dire qu'elle a pensé au culte du démon et« qu'elle a lancé la formule de résistance. Pour rien au monde elle n'abandonnerait ces formules qui la protègent contre elle-même ; pendant des essais de sommeil hypnotique, elle répète tout le temps « quatre, trois> deux, » ce qui ne facilite pas le traitement.
Pour lutter contre ses impulsions génitales Jean doit murmurer la syllabe « té » qui est, paraît-il, une abréviation du mot « assez », mais il faut la dire un nombre de fois déterminé, quatre fois, huit, seize, trente-deux ou soixante-quatre fois, par multiples de quatre suivant ses manies arithmétiques, a Je sens venir une douce érection, je sens mes tentatives de laisser aller, alors je balbutie mes syllabes de clôture : allons pas de phénomènes, té té té té, il faut le dire par quatre, ce n'est pas suffisant: té, vous savez que je ne peux m'arrêter a cinq, té té té, à huit je peux m'arrêter quand la tentation n'est pas trop forte, mais il faudrait aller à seize quand c'est grave. »"Ce ne sont pas toujours des mots que le malade répète ainsi, souvent il compte des gestes. Quand il croit avoir une tête de femme dans l'estomac après avoir mangé une charlotte ou un pain suspect il lui faut faire des secousses des muscles abdominaux quatre, huit ou seize fois « c'est le seul moyen de la faire sortir ».
Enfin j'observe chez Jean une forme plus curieuse de conjuration, c'est un acte mental, un effort imaginaire. 11 se représente que les fluides envoyés par les femmes autour de lui sont comme autant de fils ténus qui se dirigent vers sa tête et avec des ciseaux imaginaires il faut qu'il se représente l'acte découper ces fils. Dans d'autres cas, il faut qu'il se représente visuellement des lignes qui se coupent à angle aigu disposées symétriquement par quatre. La représentation imaginaire des figures que ce malade a bien voulu dessiner est, paraît-il, un remède souverain pour écarter les images obscènes (figure 2). Cette manie de se représenter des lignes dérive d'une manie précédente du même malade. Il doit évoquer des poutres de bois qui lui semblent placées très haut dans l'air à un kilomètre au-dessus de sa tête et par un effort d'imagination il doit les faire descendre par terre, ou bien il évoque l'image d'un homme qui marche dans les airs et il doit également, par un elTort d'imagination, le forcer a prendre pied à
LES OBSESSIONS. 1. lO
Il paraît que celte dernière opération est fort difficile, car il B grands efforts et des contorsions de tout le corps pour lir à Faccomplir.
Fia. 3. — Heproduction d'un dessin du malade.
pareilles formules, de semblables actions se transforment ment chez ces esprits faibles et ne tardent pas h devenir ussi une manie et une impulsion. Les malades ne veulent Jer le dernier mot et autant de fois que l'impulsion se préaulant de fois il faut lui répondre. De la une préoccupation 'épouse qui devient aussi grave que l'obsession elle-même, osait plus dormir de peur que pendant le sommeil une idée jenlât et qu'elle n'eût pas la présence d'esprit de répondre, ilades se tourmentent autant pour les conjurations que pour nuisions elles-mêmes.
diverses manies mentales semblent, au premier abord, très euses, on peut énumérer leurs diverses variétés dans le I ci-contre, cun des malades se figure d'ordinaire qu'il est seul au
de son espèce et il arrive souvent à faire partager au mé- »a conviction : de là toutes ces maladies bizarres, maladie erstition, folie du doute, manie de la perfection, arithmo-
onomatomanie, etc., qui ne sont à mon avis que des variéidentelles des manies scrupuleuses érigées en entités cli-
niques. C'est le même problème* que nous avons déjà rencontré à propos des idées obsédantes et qui doit avoir ici la même solution. Aussi devons-nous rechercher les relations que ces diverses manies ont les unes avec les autres et le fond commun d'e;ccitation mentale diffuse qui se retrouve dans chacune d'elles.
Manie de l'oscillation.