Les manies des conjurations
Dans les cas plus graves, quand les malades ne sont pas seulement mécontents de leurs actions mais encore qu'ils se sentent poussés a faire des actions répréhensiblcs ils luttent contre l'impulsion en lui opposant une action qu'ils croient bonne, qu'ils croient destinée à conjurer la mauvaise tentation. Ces manies de conjuration sont tout a fait caractéristiques des scrupuleux et servent bien souvent à faire reconnaître une maladie jusque-là cachée.
14 i LES AGITATIONS FOHCÉES
Presque tousces malades, Bor..., Xy..., Claire, Ger...,Lise ont été surpris faisant un geste du bras ou parlant toutes seules et répétant pendant des heures des mots comme : «non, non,... je ne veux pas... va-t-en... ce n'est pas vrai. » C'est parce que au dedans d'elle-même une autre voix blasphémait et avait envie de dire : « salaud, vache, cochon », à Tadresse du bon Dieu : la malade protestait par Texclamation qu'on avait surprise.
Il est impossible d'énumérer toutes les formules de conjuration que Ton peut rencontrer; elles sont innombrables*. Une des choses les plus intéressantes i\ relever dans ces réponses, ces résistances à l'obsession, c'est que ce sont des réponses abrégées, des signes qui n'ont de valeur que par leur signification symbolique. M. Paulhan a justement insisté sur ce rôle des représentations symboliques dans la volonté^.
Un premier groupe est constitué par de petits mouvements, de simples gestes, lever un doigt en Pair, remuer les doigts derrière le dos ou dans la poche, lever les yeux au plafond, frapper un meuble, etc. Nous reverrons ces phénomènes h propos des tics.
Le plus souvent la conjuration se fait par une phrase ou un mot. Lise répète « chut, va-t-en » comme si elle parlait au diable, mais en réalité elle répète cette formule pour chasser une idée quelconque môme quand il ne s'agit pas du diable. Vob... s'écrie « non, je ne le ferai pas, arrière Satan. » Gisèle « advienne que pourra, pour le moment fini » et Bu... (85) répète toute la journée la singulière formule suivante : «Maman, ratan, bibi, bitaquo, je vais mourir. »
Dcins beaucoup de cas ces formules cabalistiques de conjuration sont empruntées a l'arithmétique et deviennent des nombres, sans doute à cause du caractère abstrait et précis du nombre qui le fait aimer par les scrupuleux dont l'esprit toujours vague aspire sans cesse à la précision. Ou bien la manie arithmétique amène le sujet à répéter sa formule un nombre de fois déterminé. Lise emploie des nombres qui correspondent dans sa pensée à telle ou telle idée fixe ou qui résument une grande résistance contre elle. Il lui arrive de répéter des journées entières, au dedans d'elle-même « un, deux, quatre, six. » Ce qui est une résistance
1. Cf. Bcllel, Moyens de déjcrise el psychothérapie dans l'obsession. Thèse de Bordeaux, 1898.