I . — U angoisse diffuse
îrses phobies présentent le phénomène de l'angoisse combiné avec des sensations, des perceptions ou des ; ce phénomène peut aussi se présenter indépendam- 5 phobie déterminée. On a souvent remarqué que certes sont dans un état constant d'anxiété diffuse : « En utes les phobies particulières, disait M. Ribot, il existe bservations d'un état vague mais permanent d'anxiété îur qu'on a nommé panophobie ou pantophobie ; c'est Ton a peur de tout et de rien, où l'anxiété, au lieu e à un objet toujours le même, flotte comme dans un se fixe que pour un instant au hasard des circonstanit d'un objet h un autre'. » MoreP, Weir Mitchell ne décrivaient déjà ces « états d'anxiété », ces étals . Récemment M. Freud ^ a beaucoup insisté sur cet état t ce qu'il appelle <( la névrose d'angoisse ». très cl Régis, qui font de cet état d'anxiété diffuse le
'Psychologie des senlimenls, 1896, p. 211 (Paris, F. A.lcan).
Délire émotif, p. SqS.
d, Obsessions et phobies. Revue neurologique, 3o janvier 1895.
phéDomène essentiel des phobies et des obsessions, en rapportent des cas remarquables parmi lesquels je rappellerai celui-ci. Une dame de 52 ans, nerveuse, impressionnable ressentit un grand chagrin h la suite de la mort de sa mère, il y a 12 ans; elle présente à ce moment une grande dépression morale sans troubles morbides proprement dits. Trois ans après, à la suite d^ine autre mort, celle d'une amie, elle entra dans un état d'émotivité morbide diiTuse, avec « attente anxieuse ». La malade était constamment en état de souffrance vague, en état latent d*angoissc, qui éclatait sous forme de paroxysme à la moindre occasion. Une voilure passait-elle pendant qu'elle marchait sur le trottoir dans la rue, aussitôt elle tombait en crise, craignant qu'une roue ne se détachât et ne vînt à l'écraser. Au moindre vent, une tuile allait glisser d'un toit et lui fendre la tête. A table les aliments allaient rélouffer. D'autres fois, à peine sortie de chez elle, l'angoisse survenait, s'objectivant sur cette idée que quelqu^un des siens venait peut-être de mourir tout d'un coup et elle était forcée de revenir sur ses pas pour se rassurer. Chaque événement, chaque incident, chaque acte de sa vie devenait ainsi matière à décharge pour son angoisse momentanément spécialisée par le hasard i. ,
Les observations de ce genre sont parmi les plus banales, on peut reprendre beaucoup des cas précédents et remarquer que chez certains sujets les phobies se multiplient. L'angoisse ne se produit pas à propos d'un seul objet, mais h propos d'un grand nombre. On ne peut énumérer les objets qui dans certaines circonstances sont susceptibles de faire naître l'angoisse chez Jean, tout ce qui se rapporte au sexe, tout ce qui se rapporte à la poste, tout ce qui se rapporte h la politique, à la religion, à la santé, à la mort, etc. L'angoisse finit par être presque indéterminée et se reproduit continuellement à propos de n'importe quoi : elle peut être considérée comme diduse.
Il y a des cas plus nets encore où l'angoisse est presque permanente, ou se produit par accès très répétés, sans que le sujet attache aucune pensée h ces angoisses, sans qu'il donne même une justification apparente d'ordre intellectuel, comme on a vu que Jean le fait toujours. Une femme de 38 ans, Cs... (4i), toujours émotive et impressionnable, a été très bouleversée vers
I. Pitres et Régis, Scméiologic Hps obsessions et des idées fixes, Rapport au corujres de médecine de Moscou, 1897, p. 19.
le relevait à peine d'un accouchement quand la aladresse de lui dire que Tenfant ne respirait ort; elle sentit comme un violent choc dans la a toute changée. Cette première perturbation s et se guérit à peu près. Il y eut une rechute nédecin lui demanda si elle n'avait pas d*albues. Depuis ce moment elle est restée pendant ins Tétat suivant. Une dizaine de fois par jour, i de raison, de prétexte, au moins en appaa s'agiter, elle remue, frappe les meubles, elle tion haletante, le cœur bat rapidement, elle se plaint d'être souffrante, malheureuse, d'atquoi, d'avoir peur de quelque chose d'inconnu.
peur précise, une raison à son désespoir ; de e prétend bien que les personnes présentes lui Ta impressionnée, mais elle ne sait pas pourpressionnée, et souvent elle n'invente aucune e d'angoisse pure, sans éléments intellectuels, une manière tout à fait diffuse, ter un peu sur l'observation de Ku... (^a) parce e cas joueront un rôle dans l'interprétation des une femme de 87 ans, toujours faible et timide ; été tourmentée par la crainte de blesser les I d'un milieu sympathique sur lequel je reviendes caractères les plus curieux de l'esprit des [ix-huit mois un incident ridicule a changé son té appelée comme témoin par le commissaire Qer son opinion sur la conduite d'un de ses voi-
a suffi pour la mettre dans un état tout à fait ; plusieurs années. Cette longue maladie peut périodes : dans la première qui a duré trois ide agitation mentale, une rumination perpélaquelle nous avons déjà fait allusion ; dans la )li une dizaine de mois, l'agitation a été surtout
de ces malades avec pseudo-crises d'hystérie à propos de l'agitation diffuse. Enfin la maladie ne forme : « les crises sont bien plus douloulade, parce qu'elles sont devenues internes. » »on langage qu'il y a beaucoup moins de mou- ; des membres, de cris et de gesticulations,
mais que ces mouvements extérieurs sont remplacés par des mouvements viscéraux : spasmes du diaphragme et du ventre particulièrement curieux, trémulation perpétuelle de Tabdomen qui remplace la respiration, nausées, vomissements, diarrhées, etc. Ces angoisses surviennent à chaque instant par crises plus ou moins longues à propos de tous les incidents possibles, en réalité sans rime ni raison. Il y a un état d'angoisse presque perpétuel, a une angoisse vague qui flotte dans Tair, disait Freud, et qui ne demande qu'à se fixer sur n'importe quoi. »
On retrouvera un grand nombre d'observations semblables dans le second volume de cet ouvrage. Je renvoie en particulier h celles de Gy...(/i6), de Jo... (43), de Hb... (47), Dn... (/ig). Les angoisses de cette dernière malade sont particulièrement remarquables parce qu'elles se produisent une dizaine de fois pendant le sommeil de la nuit et ne surviennent le jour que si la malade essaye de s'endormir. Il faudra revenir sur ce fait en étudiant les conditions pathogéniques de l'angoisse. Ces quelques observations sont suffisantes pour montrer que l'angoisse ne prend pas toujours la forme systématique des phobies, mais que très souvent elle est vague, diffuse, sans rapport avec un phénomène intellectuel déterminé. Cette forme semble si importante que certains auteurs, comme M. Freud, ont voulu en faire une maladie spéciale, distincte de l'obsession et de la neurasthénie, sous le nom de névrose d'angoisse. C'est une interprétation clinique qu'il faudra discuter.