L'OBSESSION DU SACRILÈGE
lui donnent, dit-elle, à chaque fois, une espèce de crise de nerfs, lui enlèvent toutes ses idées, toute sa volonté.
De telles pensées paraissent au premier abord bien étranges et bien exceptionnelles. Mais si on observe ces malades on voit d^abord qu'elles sont chez eux très fréquentes. 11 y a un siècle Esquirol décrivait déjà des hallucinations semblables h celles de Claire. Si nous examinons plusieurs autres malades nous allons retrouver souvent des idées très analogues à ces deux exemples. Ce sont toujours des pensées obsédantes relatives a des attentats monstrueux contre des choses religieuses ou infiniment respectables.
Lise spécule depuis des années sur ce thème : le culte religieux du démon. L'idée obsédante n'est pas chez elle aussi brutale que chez les deux malades précédents, ce n'est pas une image simple apparaissant tout à coup, c'est une méditation longue et compliquée tournant autour de quelques idées principales que je résume en conservant le vague de l'expression qui caractérise cette malade. « Il y a un principe du mal comme un principe du bien... le mal est un Dieu comme le bien... le contraire de Dieu, vénérer le contraire de Dieu... quelle est la puissance du démon... prier le démon autant que Dieu... si on ne croit pas au démon ne pas croire a Dieu non plus... demander au démon des services et lui donner en échange ce qu'on aime le plus... lui demander tout ce dont on a envie... donner au démon l'âme de ses enfants... etc. » La dernière idée est Tobsession capitale de cette malade qui est constamment tourmentée par la pensée de vouer au démon l'ame de ses enfants.
Un autre malade, Za... (Obs. 216), homme de 32 ans, rêve à violer une vieille femme devant une église. Leb... (Obs. 217), femme de 35 ans, se sent poussée par Satan à se masturber toutes les fois qu'elle prépare une confession. Nous verrons plus tard ce qu'il faut penser du phénomène lui-même, excitation génitale au moment d'un effort pour accomplir un acte religieux. Pour le moment remarquons seulement que la malade a à ce propos une obsession « je pense tout le temps que le diable me pousse a faire des malpropretés pour m'empêcher de faire mon salut... ». Pour Xy... (Obs. 218J, (emme de 55 ans, le diable intervient dans toutes ses actions, elle ne peut pas manger sa soupe ou changer de chemise sans penser qu'elle fait à ce moment un acte agréable au démon. Lod... ne peut voir un cra-
12 LES IDÉES OBSÉDANTES
chat par terre sans penser que c'est une hostie, ne peut donner
h Knîr*> ?i «an chicu sans croire qu'elle donne le vin et l'eau de
e, ne peut boire elle-même sans croire avaler le vin
. Gef... se figure qu'elle veut « tuer le bon Dieu ».
qui est banal chez tous, c'est l'idée du blasphème,
1 des choses divines, penser au démon en faisant des
isulter Dieu au lieu de le prier..., ne savoir expri-
haine de Dieu d'une façon mauvaise et grossière, se
ntre Dieu et le maudire, dire des blasphèmes dès
B à la religion... cochon de Dieu, etc. » telles sont
que répètent un grand nombre de ces malades.
mes qui ont des obsessions d'une autre nature comme
, femme de 21 ans, mêlent la divinité et la reli-
maladie : « Je suis damnée, je lutte contre Dieu si je
mon cerveau malade, je me moque de Dieu si je
me soigner. » L'idée de sacrilège se mêle aux autres
)ar ces exemples faciles a multiplier que ces obsesîquentes chez les scrupuleux, ont un trait commun, toutes constituées, semble-t-il, par deux pensées assod'ordre élevé, le plus souvent religieuse et en tous les ent vénérable, aux yeux du sujet, Dieu, l'âme, les glise, l'hostie et de l'autre une pensée basse, repuoble, les excréments, les organes génitaux, les paroles ordurières. Cette association constitue une insulte mière pensée et l'on peut dire que toutes ces obsesconstituécs par la pensée d'un sacrilège : de là le nom j'ai déjà eu l'occasion de les désigner plusieurs fois, ^.v sacrilèges. Le premier fait que nous ayons à relever Tupuleux c'est qu'ils sont tourmentés perpétuellement ée du sacrilège.