‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 4)Chapitre 107 sur 178 · L'OBSESSION DU PACTE AVEC LE DEMON · texte numérisé non relu

L'OBSESSION DU PACTE AVEC LE DEMON

Après trois ou quatre mois il y a évidemment abaissement du niveau mental, « la lumière s'éloigne de nouveau », les agitations et les obsessions recommencent graduellement, et quand Claire vient nous retrouver, elle est de nouveau fort troublée. Nous sommes disposés à croire que dans ce cas comme dans plusieurs autres, par le progrès de l'âge et par l'éducation de l'esprit, les périodes de rechute s'éloigneront de plus en plus.

Observation 223. — L'obsession du pacte avec le démon. —

Engourdissements , sentiment d'incomplélude, manies mentales, manie des pactes.

L'observation de cette malade, Lise, âgée de 28 ans, comme celle de la précédente, ne peut que vous être résumée, car la plupart de ces faits vous sont déjà bien connus, il suffît de vous montrer à quel point ces manies mentales peuvent se développer et comment elles peuvent troubler la vie tout entière\

Lise est actuellement, et depuis plus de quinze ans, une obsédée sacrilège, perpétuellement occupée à méditer sur le culte du démon, sur le principe du mal, sur les services que le diable peut lui rendre en échange des âmes qu'elle lui donne et en particulier de l'âme de ses enfants qu'elle se figure avoir offerte au démon pour obtenir sa protection. On dirait un grand délire mystique chez une aliénée systématique. Il n'en est rien : Lise a toute sa raison, elle tient sa place dans la société, et il y a à peine quelques personnes qui soupçonnent les invraisemblables folies qui remplissent son esprit. Elle est parvenue, par un long exercice, à se dédoubler complètement, elle peut agir et causer correctement et passe aux yeux de tous pour une personne pleine de sens, tandis cju'elle continue au dedans d'elle-même sans interruption son bavardage sur le diable et sur le petit commerce qu'elle entretient constamment avec lui. Mais si elle peut dissimuler, et elle n'en souffre pas moins et elle est bourrelée de tristesses, d'inquiétudes, de tourments à propos de ces marchandages dont elle discute perpétuellement la valeur.

Comme dans l'observation précédente nous sommes étonnés de

I. Beaucoup de détails de cette observation se trouvent étudiés dans les différents chapitres du premier volunie de cet ouvrage.

4SS LES OBSESSIOISS DU SACUILÈGE

ne pas trouver d'antécédents héréditaires bien nets pour une affection aussi grave et aussi tenace. Cependant une grand'mère, sans avoir été aliénée, fut autoritaire et bizarre, les parents semblent assez raisonnables. jVous ne pouvons que faire toujours la même remarque, c'est que le père et la mère ont cette disposition ii manquer d'énergie active, cette tendance à remplacer la vie active par la viede la pensée, cette disposition à la délicatesse morale et aux scrupules qui nous ont déjà semblé plusieurs fois la préparation à la maladie psychasthénique chez les descendants. Dans cette famille, cela est trop évident, puisque non seulement Lise est atteinte aussi grièvement, mais que son frère présente une maladie absolument semblable, quoique un peu moins grave.

La maladie a débuté, cela est important, dès la première enfance avant la puberté. A cinq ans Lise n'était pas une enfant comme les autres, triste, rêveuse, méticuleuse, incapable de se donner complètement à un jeu, elle avait déjà des manies de rangement et de précaution. Grands scrupules à douze ans, bien entendu à propos de la première communion, manie de l'interrogation pour savoir si elle a la vocation religieuse, pour savoir si elle a promis au ciel d'entrer au couvent. A quinze ans, nouvelle crise de scrupules religieux, interrogations interminables sur la véracité de la religion, sur le problème de savoir si elle croit à l'eucharistie, ou si elle n'y croit pas. Puis, graduellement, méditations sur le salut, en particulier sur le salut des personnes cju'elle aime.

Elle se demande ce qu'elle peut faire, ce qu'elle peut promettre pour obtenir ce salut: la manie des promesses et des pactes prend un développement énorme que nous avons rarement rencontré à ce degré. Pour sauver l'âme de son père ou de ses frères, elle promet deux ou trois autres âmes au démon, puis elle trouve cela absurde et criminel et promet de faire ou de ne pas faire tel acte pour les racheter. 11 lui semble qu'elle doit promettre la chose qu'elle aime le mieux pour offrir au démon un sacrifice agréable et la voici qui promet l'âme de ses enfants. C'est ce qui l'amène à discuter sur la puissance du démon, sur la valeur de telles promesses et peu à peu se constitue dès l'âge de vingt ans une véritable obsession mystique qui a pris par moments de grandes proportions, que nous avons pu réduire mais non supprimer. A l'âge de 20 ans Lise fut traitée par Charcot qui conseilla le mariage. Il y eut, en effet, après le mariage une période d'amélioration pendant un an ou deux. Puis la malade retomba dans les

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