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LES OBSESSIONS SACRILÈGES ET EROTIQUES

Paris et fut examinée par plusieurs médecins, en particulier par M. Magnan. Malgré les réticences de la malade qui cacha en particulier les hallucinations du membre viril et de l'hostie, M. Magnan diagnostiqua des crises d'obsession sur un fond de dégénérescence mentale. Quand deux ans plus tard nous avons eu à examiner la même malade, nous avons été obligé d'arriver à une conclusion analogue et de rattacher ses troubles à des tics et à des idées obsédantes chez une psychasthénique.

Il est en effet important de remarquer que même dans la dernière période Claire a conservé toute sa lucidité et qu'elle a la conscience à peu près complète de ses obsessions, au moins en dehors des grandes crises. Cette jeune fille présente sans doute des troubles de l'attention volontaire comme tous les psychasthéniques, mais elle n'a pas de confusion mentale proprement dite et, quoique la maladie dure depuis bien des années, il est impossible déparier de troubles démentiels. Une personne qui fait preuve d'un certain talent artistique, qui travaille avec acharnement et avec succès le dessin et la peinture « précisément pour lutter contre ses idées », qui nous écrit dans de longues lettres de fines analyses psychologiques de ses tourments ne nous semble pas se rapprocher de la démence précoce à laquelle nous avions songé un moment.

D'autre part il est difficile de considérer comme un délire mélancolique systématisé des idées qui se présentent de cette manière. La malade a toujours su cacher ses pensées de honte et ses hallucinations « afin qu'on ne la prit pas pour une imbécile... » Elle sent fort bien « qu'au fond elle se conduit aussi bien que les autres et elle reste stupéfaite d'être aussi tourmentée par de telles absurdités. » Ses hallucinations si incomplètes, « qu'elle ne prend pas pour des réalités », qui ne sont que des symboles ne doivent pas faire illusion et faire croire à la systématisation du délire. Si dans les grandes crises d'efforts « elle croit bien qu'il y a quelque chose à faire », dans d'autres périodes qui séparent les crises elle rit d'elle-même et semble une personne entièrement normale, intelligente et aimable. Malgré le développement considérable de la maladie, nous sommes bien en présence du même trouble que chez les malades précédents. Sans doute il n'est pas absurde de craindre pour l'avenir un délire mélancolique plus ou moins systématisé ou même une démence finale. Comme nous le verrons ailleurs, la maladie des obsessions ne met pas le sujet à

l'abri des autres psychoses. Bien au contraire, elle leur ofFre probablement un terrain très favorable. Mais pour le moment, ces psychoses ne se sont pas développées et la maladie quoique grave reste un état psychasthénique.

Pour essayer de lutter contre le développement des troubles mentaux, nous avons imposé à cette malade toute l'hygiène physique et mentale que nous avons souvent décrite. Nous n'insistons que sur un point : il est facile de remarquer que toutes les excitations mentales, quelles qu'elles soient, le changement, la distraction aussi bien que l'émotion la relèvent pour un temps plus ou moins long. La mort de son père l'a guérie pour trois mois, une maladie de sa mère que nous avions jugée grave l'a transformée pour quelques jours, mais on ne peut pourtant pas lui présenter constamment des agonisants. Il faut essayer de l'exciter par tous les moyens possibles : « C'est lui rendre un énorme service que d'arriver à la faire pleurer. « Provoquer chez elle une colère, une joie, un espoir, ou une douleur est un travail quelquefois très difficile que nous arrivons cependant à faire souvent. Exciter l'attention, obtenir un effort réel de la volonté, ce sont des exercices qui l'ont très souvent améliorée d'une manière considérable.

Quel a été le résultat de ces efforts ininterrompus pendant cinq ans? Il faut d'abord convenir en un mot que Claire n'est pas guérie, qu'elle est encore très anormale et que les grands troubles pourraient facilement réapparaître. Mais ceci constaté, il faut reconnaître que la maladie loin de progresser a régulièrement rétrocédé.

L'amélioration a lieu par périodes « d'instants clairs » plutôt que par un progrès continu. Voici en effet de quelle manière le traitement est en ce moment organisé. La malade qui habite d'ordinaire la province vient passer quelque temps à Paris, quand les troubles menaçants exigent un nouveau traitement. Après un séjour de deux ou trois mois, Claire a retrouvé le calme et retourne dans son pays. A ce moment, elle n'évoque plus de représentations sacrilèges, elle n'a plus de crises d'agitation motrice. Elle s'occupe, travaille régulièrement et a une vie en apparence tout à fait normale. « Le plus difficile, dit-elle, c'est de convenir avec moi-même que je suis bien portante comme autrefois, le mieux est de ne pas y penser. » Malheureusement cet état, dont nous nous contenterions fort bien, ne dure pas plus de quelques mois,

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