‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 4)Chapitre 16 sur 178 · INTRODUCTION XXIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXIII

partant aussi de la neurasthénie fondamentale et des sentiments primitifs d'incomplétude, serait surtout un rêveur tourmenté par la rumination mentale, par les manies de l'oscillation, de l'au delà, de la réparation ; il aurait quelques phobies, en particulier les phobies sociales et les phobies des actes, mais le plus souvent avec grande anxiété mentale plutôt qu'avec angoisse viscérale ; il aboutirait aux obsessions de la honte de soi, aux obsessions amoureuses, aux remords de vocation, aux obsessions du crime, aux obsessions du sacrilège : c'est le type de notre scrupuleux. Telles sont les principales variétés cliniques que la complexité de l'étude psychologique précédente dissimulait un peu et que nous sommes heureux de mettre en relief dans ce nouveau travail.

A propos de chaque cas particulier, nous avons insisté sur les diverses méthodes de traitement et sur leurs résultats. Sans doute, il ne faut pas se faire illusion, ni espérer guérir complètement des états pathologiques qui ont si souvent leur raison d'être dans l'hérédité et dans la constitution même de l'individu. Mais il faut essayer, ce qui est presque toujours possible, d'enrayer le développement d'une maladie qui, abandonnée à ellemême, est progressive et conduit trop souvent à des troubles mentaux fort dangereux. En effet, nous avons sans cesse insisté pour montrer que le psychasthénique n'est pas un aliéné proprement dit, qu'il n'a perdu que les opérations supérieures et qu'il garde intacts la mémoire et le jugement ; mais il ne faudrait pas en conclure aune séparation absolue entre les diverses maladies de l'esprit, séparation qui n'existe jamais dans la nature. Pour bien montrer que, à notre avis, la psychasthénie n'était pas séparée de l'aliénation par un fossé infranchissable, nous avons terminé cet ouvrage par un dernier chapitre, malheureusement un peu court, sur divers cas où des obsédés nous ont paru présenter, pendant l'évolution de leur maladie, de véritables délires, en particulier des confusions mentales avec stupeur ou excitation et des délires systématisés. Ces derniers, surtout le délire de persécution, nous semblent plus voisin qu'on ne le croit de la maladie du scrupule et il est probable que d'autres études justifieront ce rapprochement.

Il faut toujours se préoccuper de ces dangers possibles pour lutter contre une prédisposition morale, qui, ;i ses débuts, est souvent faible et peut être heureusement modifiée. Si les

maladies mentales se forment lentement, au cours de plusieurs générations, par suite de fautes graves contre l'hygiène physique et l'hygiène mentale, elles peuvent également se modifier heureusement par une patiente et courageuse éducation. A la décadence des individus et des familles que l'on observe trop souvent, il ne faut pas manquer d'opposer l'arrêt dans la dégénérescence et même la restauration que l'on observe chez certains individus et dans certaines familles plus souvent qu'on ne le croit généralement. A tous les soins inspirés par l'hygiène corporelle, à la réglementation de la nourriture, au souci constant de la lutte contre les auto-intoxications, à toutes les médications, quelquefois utiles, il faut toujours joindre un traitement moral qui reste indispensable. Le changement de milieu, la simplification de la vie, la direction de l'esprit, la gymnastique de la volonté, de l'attention, de l'émotion même restent les meilleurs moyens de traitement. On est souvent surpris de voir combien l'esprit de ces malades, en apparence si entêté, est, en réalité, malléable et modifiable par les procédés psychothérapiques. On peut, non pas toujours sans doute, mais dans les cas les plus fréquents, arriver à faire sentir aux malades la vanité de leurs terreurs, les malentendus qui se fondent sur des sentiments pathologiques et l'exagération de ces sentiments eux-mêmes. Bien des troubles physiques de la digestion, de la circulation disparaissent quand la tension nerveuse et psychologique se relève sous l'influence de la confiance, de la volonté, de l'attention, de l'émotion juste et adaptée au présent. Il y a là des faits frappants qui montrent bien l'action de l'esprit sur le corps et l'influence morale qui peut transformer des maladies, en apparence si rebelles aux médications.

Paris, 7 décembre igo2.

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