‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 4)Chapitre 15 sur 178 · INTRODUCTION XXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXI

honte de soi ; on verra des exemples typiques des obsessions de l'imbécillité, de la méchanceté, de la jalousie, des scrupules de vocation, des obsessions de la folie et des obsessions amoureuses. Il est facile de comprendre comment le sentiment d'incomplétude, le sentiment du besoin de direction, les manies mentales jouent un rôle capital dans l'évolution des individus de ce groupe.

10° Les obsessions du crime viennent ensuite, soit sous forme impulsive avec exécution en général très incomplète, soit sous forme d'interrogations et de remords. On verra, à ce propos, les obsessions du vol, du mensonge, de l'ivresse, des crimes génitaux, du suicide, de l'homicide, etc. C'est une des formes les plus fréquentes de la maladie. Elle se développe tout naturellement à propos des sentiments d'automatisme, des sentiments de domination, des phobies du contact qui sont des phobies d'acte et de bien des manies mentales, surtout des manies de l'extrême.

11° Nous mettons à part un groupe en réalité voisin de tous les précédents, celui qui contient les obsessions du sacrilège avec les pseudo-hallucinations érotico-mystiques et les pactes avec le démon. Des manies mentales, des manies de l'expiation, du serment, du pacte, jointes aux manies de l'extrême déterminent, le plus souvent, chez des individus à éducation religieuse et à imagination vive, cette forme particulière. Elle se rattache encore, dans les cas que nous avons étudiés, à la maladie des obsessions ; mais il est évident que, par son absurdité plus grande, elle est plus dangereuse et qu'elle se rapproche des délires systématisés mystiques, auxquels d'ailleurs elle aboutit quelquefois.

On voit que ces derniers groupes des obsessions de honte, de crime, de sacrilège, pourraient assez justement être désignés sous le nom d'obsessions du scrupule. Le nom de scrupuleux s'appliquerait encore assez bien h la plupart des individus qui ont des manies mentales, à quelques-uns de ceux qui ont des phobies sociales ou des phobies du contact, ainsi qu'à beaucoup de sentiments d'incomplétude. On peut dire que les trois quarts de nos malades pourraient être désignés justement sous le nom de scrupuleux. C'est pourquoi, comme le mot est connu et fait image, nous l'avons souvent employé pour désigner le groupe tout entier. Mais nous reconnaissons volontiers qu'il y a là une petite inexactitude de langage, car une certaine partie de nos sujets, ceux

qui ont des agitations motrices ou des angoisses, des tics, des algies, des phobies des fonctions et qui aboutissent purement aux obsessions hypocondriaques ne méritent pas justement ce nom. C'est pourquoi, pour la précision du langage scientifique, nous avons souvent remplacé ce terme du langage vulgaire parle mot plus précis de psjchasthéniques.

En résumé, le groupe tout entier des psychasthéniques nous semble pouvoir être divisé suivant le degré de l'état morbide et suivant la variété de l'évolution. Au point de vue du degré, nous distinguons surtout cinq types de malades : i" le neurasthénique simple, avec troubles de dépression physique et morale, mais chez qui ces troubles ne déterminent encore aucun sentiment pathologique ; 2° le malade qui souffre de son état de dépression, qui le sent d'une manière aiguë et qui a, à ce propos, des sentiments d'incomplétude très variés, encore assez justes, mais disposés à s'exagérer et à se généraliser ; 3° le malade qui ajoute à ces insuffisances, des agitations diffuses, surtout des agitations émotionnelles et motrices, celui qui a des crises d'agitation ou des angoisses ; /;" celui dont les agitations se systématisent de manière à reproduire toujours la même forme de mouvement, d'angoisse, ou le même travail mental à propos des mêmes événements, c'est-à-dire le malade qui présente des tics, des phobies ou des manies mentales ; 5° celui qui résume tous les troubles précédents par des idées obsédantes de maladie, de honte, de crime, de sacrilège se présentant soit par crises, soit d'une manière plus ou moins continue, ce qui déterminerait encore, bien entendu, des variétés dans la gravité de l'obsession elle-même.

Au point de vue de la forme que prend l'évolution, forme qui dépend beaucoup du caractère et de l'éducation antérieure, nous distinguons surtout trois types suivant que la dérivation se fait principalement d'une manière motrice, émotionnelle ou intellectuelle. Le premier, tant qu'il reste pur, ce qui est rare, serait le moins grave ; il présenterait surtout les agitations motrices et les tics. Le second évoluerait vers les angoisses diffuses, les phobies, principalement sous forme d'algies, de phobies des fonctions, quelquefois de phobies du contact. Il aboutirait aux obsessions de la maladie et de la mort ; c'est en somme l'ancien type hypocondriaque dont il faut bien connaître la place au milieu des autres psychasthéniques, mais qu'il faut aussi savoir en distinguer. Le troisième,

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