MANIES MENTALES DE LA RECHERCHE DANS L'AURA ÉPH.EPTIQUE
Quand elle approfondit ainsi un problème, elle se perd complètement, il lui semble qu'elle a un bandeau sur la tète, qu'elle ne peut pas comprendre. Elle pousse un cri et tombe.
Le second malade. Jet..., a régulièrement un même sentiment avant tous les accès. « Il me faut rechercher un souvenir que j'ai oublié, je me souviens très bien que cela commence toujours comme cela ; il me semble que cela est très nécessaire de trouver ce que j'ai oublié, cela m'entortille la mémoire, je ne comprends plus rien et après je ne sais plus ce qui arrive. »
Le troisième, Sié..., est aussi forcé de chercher quelque chose mais ce n'est pas toujours un souvenir, il se demande où il a mis un objet, ou bien si une telle personne ressemble h une autre. Dernièrement sa mère s'était plainte d'avoir égaré une clé, il se « sentait obligé dans sa tête de chercher où pouvait bien être cette clé ». D'ailleurs il ne se rappelle pas toujours ce qu'il a cherché. Quelquefois c'est très vague. « Il me semble, dit-il, que j'étais forcé de deviner ce qu'il y aurait à mangera déjeuner. » Souvent il sait seulement qu'il a réfléchi, mais il ne sait pas à quoi.
Nous avons voulu rechercher si, chez ce dernier malade, il y avait des troubles permanents de l'attention et nous avons à ce propos fait quelques expériences sur les séries de temps de réaction avec une méthode que vous connaissez. Nous avons trouvé les chiffres suivants : Pour lo temps de réaction simple à des excitations tactiles consécutives :
maximum 62, minimum 19, moyenne 38,6
— 39, — i3, — 20,7 Temps de réaction simple a des excitations visuelles :
maximum 3o, minimum 20, moyenne 2^,2
— 25, — 18, — 20,8 Temps de réaction simple à des excitations auditives :
maximum /i5, minimum i3, moyenne 2/1,9
Ces chiffres sont tous un peu élevés, ce qui montre le défaut d'exercice, mais ils n'indiquent pas une distraction considérable, ni une fatigue très rapide ; en dehors des accès, il n'y a guère d'abaissement mental. Il est vrai qu'il n'éprouve pas non plus ce besoin de rechercher qui existe si fort dans l'aura.
70 PSYCHASTHÉNIE ET ÉPILEPSIE
Dans ces troubles, vous avez reconnu quelques-unes des manies mentales de nos scrupuleux ; le besoin de retrouver un souvenir ou une ressemblance est tout à fait identique à leur manie d'interrogation. Nous sommes très frappés de voir cette même manie se reproduire régulièrement dans un état éminemment anormal, le prélude d'un accès épileptique. Cela confirme notre hypothèse que ces manies sont le résultat d'une excitation intellectuelle particulière, d'une sorte de dérivation qui se fait quand l'esprit subit un abaissement notable.
Observation 87. — Migraine ophtalmique chez une scrupuleuse. — Scrupule^ aboulie, timidité, migraine ophtalmique.
Comme nous avons voulu rapprocher certains troubles épileptiques de l'état mental neurasthénique, il nous parait intéressant de vous signaler le cas suivant, quoiqu'il ne soit pas tout à fait du même genre. Cette femme de 46 ans, Gor.. ., présente tous lestroubles physiques et moraux de la neurasthénie, elle est atteinte d'une manière incomplète mais très nette du délire du scrupule. Elle a toujours été une timide, n'osant pas se lier, « s'extérioriser » de peur d'ennuyer les gens. C'est une perpétuelle rêveuse qui a déjà présenté plusieurs accidents mentaux, de l'agoraphobie, des manies mentales, des obsessions du scrupule. Cet état mental n'a rien de bien surprenant chez elle ; la grand'mère et le père se sont suicidés, la mère est une névropathe autoritaire et la sœur de la malade est une épileptique. Nous n'insistons pas sur ses troubles scrupuleux que nous retrouverons plus nettement ailleurs.
Le fait intéressant c'est qu'elle a en même temps une autre névrose; de temps en temps, elle ressent de l'engourdissement, les troubles de l'estomac s'accentuent, elle est atteinte d'une migraine violente, prédominante du côté droit, et peut-être, quoique ce ne soit pas assez net, un peu plus en arrière qu'en avant. En même temps elle a la vue gênée par une image lumineuse « comme des éclairs qui formeraient un cercle », image qui lui apparaît à gauche et qui n'est vue que par l'œil gauche. Elle a aussi la parole gênée et, tant que dure cette migraine, elle bredouille ; il n'y a pas de véritable parésie des membres du côté droit. Il n'en est pas moins vrai que c'est un accès de mi-