LES ALGIES
dans la figiu^e, des raideurs, des tiraillements horribles ». Vous voyez que toute sa vie cette malade a été une algique : à mesure que nous avançons vers des formes plus spéciales de la psychasthénie nous verrons plus de malades qui semblent adopter pour toute leur vie une forme spéciale de la maladie, qui restent toujours des algiques, des phobiques, des douteurs, des scrupuleux, etc.
En quoi consiste le trouble des organes qui cause de pareilles douleurs ? Actuellement, il semble se présenter dans des conditions favorables à l'examen : la douleur est à la peau du visage, n'est-il pas facile de se rendre compte de ce qui peut y être troublé.
Examinons donc la peau du visage : l'examen le plus minutieux ne nous montre rien d'anormal. La peau est saine, il faut seulement remarquer que le bout du nez et les deux côtés de la racine du nez sont un peu rouges, que l'épiderme y est un peu sec et fendillé. En outre, nous remarquons quelques boutons d'acnés sur le front : ce ne sont pas là d'ordinaire des choses bien douloureuses. La malade consent à se laisser toucher, tellement elle désire guérir ; la peau est souple, il n'y a aucun engorgement.
Profitons de l'occasion pour vérifier l'état de la sensibilité, nous savons que des modifications de la sensibilité sont souvent très pénibles. Nous promenons un cheveu sur la face suivant la méthode de Bloch, l'attouchement de ce cheveu est partout senti ; l'aesthésiomètre donne une sensibilité moyenne de 2 millimètres aux lèvres, de i5 millimètres aux joues et au front. Bien mieux nous pouvons faire une expérience fort curieuse, c'est la mesure de la sensibilité à la douleur avec l'algésimètre. Cet instrument, que nous avons fait construire depuis longtemps par M. Verdin, consiste en une aiguille dont la pression sur la peau est déterminée par un ressort et peut se lire sur une graduation. Quand on approche l'instrument de la peau on détermine un simple contact, lequel se transforme eu une sensation de petite piqûre à la pression de 10 grammes en moyenne et en douleur rapidement intolérable à la pression de 20 à 26 grammes. On comprend que des personnes peu sensibles ne se plaindront de la piqûre qu'à 3o, 4o grammes ou même à 100 grammes. Quels sont les chiffres que cet instrument va marquer sur la figure de cette femme? Nous pouvons le prévoir par cer que nous savons de l'inflammation: cet instrument appliqué sur la peau enflammée d'un abcès par exemple serait intolérable à 5 grammes. Puisque la peau de celte dame est, d'après ce qu'elle prétend, affreusement
sensible et puisqu'elle provoque de telles douleurs, ne doit-elle pas se comporter comme un épiderme qui recouvre un abcès ? A notre grande surprise il n'en est absolument rien ; cette femme proteste au début parce qu'elle a peur de la piqûre, quand nous l'avons bien rassurée, quand nous lui avons bien montré l'importance de cette recherche pour son traitement, elle laisse appliquer l'aiguille et ne pousse un petit cri qu'au moment où l'instrument marque 28 ce qui est tout à fait raisonnable. Vous voyez donc que l'organe algique non seulement ne présente aucun trouble objectif mais n'a même pas les troubles de sensibilité que l'on pouvait prévoir.
Où siège donc cette douleur si grave? Le sujet nous le dit luimême: « Ce qui me fait le plus souffrir, c'est ma poitrine, parce que j'y étouffe, c'est mon cœur parce qu'il palpite, c'est ma tête parce qu'il me semble que je perds la raison. » La vraie douleur n'est donc pas dans la face, elle est dans l'ensemble du corps qui éprouve les troubles généraux de la suffocation ; cette prétendue douleur de la face est en réalité une angoisse générale. Ce qui le démontre c'est que la douleur a toujours été la même quel que fût le prétendu organe malade ; quand elle disait souffrir de l'utérus ou du dos le phénomène essentiel était toujours la même angoisse qu'à présent quand la douleur siège au visage. Mais que vient faire ici l'organe ? 11 ajoute simplement une petite nuance à l'angoisse en y mêlant ses sensations propres, la douleur que ressent la malade c'est de l'angoisse en pensant au ventre, ou bien c'est de l'angoisse en pensant au dos, ou bien de l'angoisse en pensant à la figure. De même que le tic est une agitation motrice systématisée à laquelle se mêle la représentation d'un membre déterminé et par conséquent un mouvement déterminé, de même les algies ne sont que des angoisses systématisées dans lesquelles à l'angoisse générale se mêle la représentation d'une partie du corps qui semble être vine partie douloureuse.
Dans l'interprétation de ces phénomènes, il y a donc deux problèmes : 1° l'explication de l'angoisse générale; 2° la raison de cette systématisation particulière. Ici nous avons affaire à une arthritique dont les parents ont eu de l'asthme, qui est sujette elle-même à tous les troubles de circulation, aux congestions locales des arthritiques. Son estomac est fort paresseux et elle n'en tient aucun compte car elle le soumet a un régime d'alimentation exagérée et d'alimentation carnée qu'il ne peut supporter.