‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 4)Chapitre 56 sur 178 · I. Cf. i""" voflume, p. 525, &l\Q · texte numérisé non relu

I. Cf. i""" voflume, p. 525, &l\Q

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voisine, pour l'épilepsie : beaucoup d'auteurs ont relevé ce fait c'est que les accès épileptiques étaient supprimés au cours des maladies fébriles : il y a là un fait du même genre.

Nous n'avons pas la prétention de rendre compte de ces faits curieux encore si mal connus, nous vous proposons simplement une interprétation provisoire. Il nous semble vraisemblable que les troubles psychasthéniques sont en rapport non avec une excitation de l'émotion, mais avec une dépression des fonctions du système nerveux central, dépression que nous avons appelé une diminution de la tension nerveuse et de la tension psychologique. N'est-il pas possible que certains états et même certains états d'autre part pathologiques, ne puissent déterminer momentanément une excitation du système nerveux, excitation qui, chez ces malades déprimés, sera favorable et les ramènera momentanément au niveau normal. Nous savons que chez bien des psychasthéniques, une excitation morale, les plaisirs, les changements, ou même les émotions et les dangers réels vont les rétablir, que chez d'autres l'excitation de l'ivresse causée par l'alcool, par l'éther ou par la morphine, va supprimer les hésitations, les ruminations ou les phobies. C'est pour s'exciter et non pour se rendre rouges que les éreutophobes désirent se griser. L'état de grossesse détermine une excitation bien connue de la nutrition qui se manifeste par la pigmentation de la peau, le développement du système pileux, l'accroissement des tumeurs, pourquoi ne déterminerait-il pas aussi une surexcitation du cerveau qui élèverait nos malades au niveau normal ; il est bien probable que la fièvre produit un phénomène du même genre. Telles sont du moins les réflexions que nous vous proposons de contrôler et de discuter à propos de cette remarquable modification d'une claustrophobie grave pendant la période terminale d'une phtisie pulmonaire.

Observations 96, 96, 97. — Éreutophobie. — Honte du corps, timidité, aboulie.

Nous réunissons ces trois malades, car ils présentent tous trois le même syndrome, assez fréquent qui a été depuis quelques années l'objet de beaucoup d'études. MM. Pitres et Régis, dans une série de leçons remarquables, ont attiré l'attention sur Vé?'eutophobie ou la peur de rougir. Leur description est si complète que

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nous n'insisterons pas sur le fait lui-même que vous trouverez très bien expliqué dans beaucoup de mémoires. Cette femme de 27 ans, Gvl..., qui a toujours été une nerveuse, a eu des tics à l'âge de i3 ans, des phobies de la mort à 28 ans, maintenant elle souffre depuis deux ou trois ans, d'une autre phobie. Elle a peur qu'il ne lui vienne de plaques rouges à la figure dès qu'elle essayera de se montrer en public. Nous ne voyons rien d'anormal sur son visage quand elle est devant nous ; mais c'est, ditelle, parce que nous sommes des médecins ; comme beaucoup de phobiques elle est rassurée par la médecine. Dès qu'elle est devant d'autres personnes, elle a le visage qui rougit, et cette rougeur doit être bien particulière, puisqu'elle détermine dans tout son corps des tremblements, des suffocations, des impressions horribles. « Il y a quelques années, dit-elle, j'avais terriblement peur de la mort : eh bien, il me semble maintenant qu'il vaudrait mieux mourir tout de suite que de recommencer à rougir en public. »

Cette autre malade, cette jeune fille de 21 ans, VI..., nous semble avoir une appréhension plus justifiée, car il est incontestable qu'elle a le nez rouge. Son nez présente cette rougeur à l'extrémité et des deux côtés de la racine que nous avons remarqué dès nos premières leçons chez les neurasthéniques, surtout quand ils ont de mauvaises digestions et qu'ils sont constipés. Mais ici, cette rougeur détermine de tout autres accidents ; cette jeune fille ne peut pas s'empêcher de la sentir comme une brûlure et d'y penser sans cesse. Cette pensée détermine une grande angoisse, si douloureuse qu'elle refuse absolument de s'y exposer davantage. Elle souffre déjà bien assez de la rougeur de son nez lorsqu'elle est seule; cette rougeur augmente et détermine une angoisse bien plus horrible si elle est avec d'autres personnes, par conséquent, il vaut mieux ne plus jamais sortir, ne plus jamais s'exposer à être vue. En un mot, elle s'enferme dans sa chambre et se soumet h un isolement absolu.

Ce troisième malade, Toq..., âgé de 27 ans, n'est guère rouge, tout au plus a-t-il sur les joues une légère coloration que nous n'aurions pas remarqué s'il ne nous l'avait pas signalée. Cette rougeur augmente quand il est en public; quand il doit passer un examen, elle s'accompagne d'angoisse et de troubles intellec-

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tuels, elle lui fait perdre la mémoire et le fait refuser aux examens. Il voudrait pouvoir dissimuler cette rougeur, il a déjà mis de la poudre de riz, et comme le malade célèbre de Casper, il a envie de se peindre la figure en rouge. Cette rougeur artificielle et perpétuelle empêcherait de voir qu'il devient plus rouge quand il parle à quelqu'un. Il est disposé aussi, comme beaucoup de malades semblables, à user de l'alcool avant] d'entrer chez quelqu'un « car il y aura ainsi, dit-il, une rougeur artificielle qui empêchera de voir la rougeur de la timidité. »

En un mot, nous voyons chez ces trois malades, deux phénomènes associés : i° Une rougeur plus ou moins sérieuse de la face en rapport avec des troubles vaso-moteurs, et 2° le phénomène de l'angoisse que nous avons déjà étudiés chez beaucoup d'autres psychasthéniques. Quelle relation faut-il établir entre ces deux phénomènes ? La plupart des auteurs qui ont étudié l'éreutophobie, insistent sur le premier phénomène, celui de la rougeur ; ils le considèrent comme le plus important et comme la véritable cause du second. Il y a, disaient MM. Pitres et Régis d'abord une éreutose simple quand la rougeur se produit sans aucune modification consciente, il y a ensuite une éreutose émotive quand la rougeur accompagne l'émotion, ainsi qu'il arrive chez les jeunes filles qui rougissent quand on les regarde, et enfin il y a l'éreutophobie quand la rougeur amène de l'angoisse, le dernier degré semble n'être que le développement des précédents.

Eh bien, nous ne sommes pas convaincus que l'éreutophobie soit le développement, l'exagération de l'éreutose simple : on peut avoir une peau qui rougit, avoir même de la rougeur émotive à un degré énorme et n^être en aucune manière un éreutophobe, nous ne croyons pas que ce soit le trouble vaso-moteur qui, en grandissant, amène la phobie. Inversement, on peut être éreutophobe avec une rougeur très minime : sur nos trois malades, il n'y en a qu'une qui soit vraiment rouge ; les deux autres n'ont pas grand'chose. Nous aurons l'occasion de vous parler d'une scrupuleuse bien plus gravement atteinte, qui a des angoisses horribles en pensant à sa figure rouge, qui, à cause de cette phobie, reste enfermée depuis six ans, et qui en réalité n'a jamais rougi. Son teint mat manque plutôt de coloration et pâlit lorsqu'elle est émue. Nous ne pouvons pas considérer la réaction vaso-motrice du visage comme la cause de l'angoisse. L'associa-

tion de ces deux phénomènes nous paraît presque accidentelle, de même que l'association de l'angoisse des claustrophobes avec un tunnel. La rougeur du visage est une occasion à propos de laquelle se développe une angoisse latente due à de toutes autres causes en général plus anciennes.

Vous pouvez le vérifier sur nos malades, la première est une ancienne phobique ; à 28 ans elle avait des idées hypocondriaques et des angoisses en pensant à la mort. 11 y avait alors de l'angoisse sans aucune réaction vaso-motrice delà face. Pourquoi l'angoisse a-t-elle changé d'objet? Est-ce parce que la figure s'est changée ? Point du tout, c'est parce que cette femme depuis deux ans s'est mise en tète de devenir actrice. Elle veut se montrer en public, ce qui n'est pas facile, et ce qui d'ailleurs lui réussit fort mal. Elle est en réalité aboulique et timide; l'effort qu'elle fait détermine par un mécanisme connu les angoisses physiologiques. C'est tout à fait accidentellement qu'elle a remarqué cette rougeur, elle aurait tout aussi bien pu remarquer la gêne du mouvement des bras ou la faiblesse de son esprit. Mais cette rougeur du visage une fois remarquée, c'est avec elle que s'est associée l'angoisse due au défaut de capacité et à la timidité.

Notre jeune homme est encore plus typique, c'est un ancien scrupuleux; depuis l'âge de i3 ans, jusqu'à l'âge de 20 ans, il a eu une obsession et une phobie toute différente. C'était l'obsession de sa moustache ; elle avait poussé de bonne heure et cela lui paraissait ennuyeux et coupable, bien entendu parce qu'une idée de faute sexuelle se rattachait dans son esprit à cette apparition précoce des moustaches. En un mot, c'était un garçon fatigué par la puberté qui était devenu aboulique et inquiet. Le sentiment d'incomplétude qu'il ressentait en raison de son abaissement mental se rattachait tant bien que mal à un détail quelconque qui semblait le justifier. Vous voyez bien que chez lui la phobie et même une phobie analogue, due également à la timidité, a existé huit ans avant qu'il ne pensât à la rougeur. Est-ce que sa rougeur n'existait pas ? Si ce garçon rougit à 27 ans, il est bien probable qu'il rougissait à 16 ans; mais à ce moment l'angoisse n'était pas associée à la rougeur parce qu'elle était associée à autre chose. Vers l'âge de 20 ans, l'obsession des moustaches diminua. Pourquoi ? Peut-être parce qu'il se portait un peu mieux, qu'il avait moins d'aboulie et moins d'angoisse ; mais surtout parce qu'à l'âge de 20 ans, les moustaches devenaient beaucoup plus naturelles et

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ne pouvaient plus présenter à l'esprit une explication suffisante de l'inquiétude. Cependant quelques années après, sous l'influence des fatigues causées par les examens, la dépression mentale recommence. Elle ne peut plus s'associer avec les moustaches, il lui faut un autre symbole en quelque sorte, c'est alors que Toq... remarque la rougeur de sa figure et que les deux phénomènes se lient. L'habitude qu'ont souvent les éreutophobes de prendre de l'alcool pour éviter leur angoisse nous semble très mal interprétée, quand on répète les paroles du malade et quand on dit qu'il boit pour se faire rougir d'avance. S'il en était ainsi, pourquoi donc retrouverait-on la même habitude chez les agoraphobes et chez tous les phobiques qui ne pensent pas à se faire rougir. L'alcool est simplement un excitant nerveux qui remonte momentanément leur tension mentale, les rend moins abouliques, moins inquiets, les rapproche de l'action réelle et par conséquent diminue leurs angoisses, qu'ils rougissent, d'ailleurs, ou qu'ils ne rougissent pas.

La dernière jeune fille, VI..., rentre un peu mieux dans la description de l'éreutophobie pure, car elle ne semble pas avoir commencé par d'autres phobies. Mais si l'on fait une analyse plus délicate de son état mental, on voit qu'elle a été depuis longtemps une timide bien avant qu'elle ne se préoccupât de sa rougeur. « J'ai eu, dit-elle, une enfance triste et isolée, quandj'étais avec d'autres fillettes, je ne pouvais pas me mettre au niveau de leur gaieté, je ne prenais pas de plaisir aux jeux où l'on voulait me mêler, et quand j'essayais, cela me donnait envie de pleurer. »

N'est-ce pas déjà de l'impuissance à s'adapter au moment présent et de la dérivation émotive. Il aurait suffi dun hasard pour que cette émotivité se rattachât à la pensée, d'une dilïormité quelconque et qu'elle imaginât « avoir une tête de chat n comme une petite malade que nous verrons. Mais les troubles neurasthéniques ont fait rougir son nez et c'est accidentellement que l'angoisse s'est portée sur le nez et sur la rougeur. Sans doute, on soulagerait momentanément ces malades si on pouvait supprimer leur rougeur, mais nous ne sommes pas convaincus qu'on les guérirait, même en les peignant en blanc : leur angoisse se porterait sur autre chose et voilà tout.

D'autres malades, atteints de cette forme de psychasthénie que Morselli appelait la dysmorphophobie, ont de l'angoisse à propos d'une petite difformité du visage. Nous avons soigné une jeune

femme bouleversée et malade d'angoisses, parce qu'elle avait une petite cicatrice au bout du nez, résultat d'un petit abcès. Faudrat-il expliquer l'évolution de cette phobie en disant : premier degré, simple bouton d'acné au bout du nez ; deuxième degré, bouton d'acné accompagnés de sentiments d'émotion désagréable; troisième degré, phobie des boutons et des cicatrices; ce serait évidemment puéril. En un mot, de ces deux phénomènes, la rougeur et l'angoisse ou la cicatrice et l'angoisse, nous ne considérons pas le premier comme le phénomène essentiel et causal. Nous ne le considérons que comme une occasion pour le développement ou mieux pour l'interprétation d'angoisses qui prennent leur origine en dehors dans des modifications beaucoup plus générales de l'état nerveux et de l'état psychologique. Ni au point de vue de l'interprétation, ni au point de vue du traitement, les éreutophobes ne nous paraissent différer des autres psychasthéniques.

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