‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 4)Chapitre 60 sur 178 · LE TORTICOLIS SPASMODIQUE · texte numérisé non relu

LE TORTICOLIS SPASMODIQUE

marque de M. Brissaud qui peut encore s'appliquer ici nous montre que la malade peut en réalité arrêter le mouvement dès qu'elle le désire. Fous... a découvert elle-même qu'en cas de nécessité elle pouvait tenir la tête droite par un artifice : il lui suffit de la soutenir par le petit doigt appliqué sous le menton (fig. 9). Inutile d'insister pour montrer que cet attouchement léger du petit doigt ne pourrait arrêter un véritable spasme du sterno-cléido-mastoïdien. Si ce procédé réussit c'est qu'à ce moment la malade cesse de contracter le muscle : on constate en effet facilement que le muscle esta ce moment mou et relâché.

FtG. 8. — Attitude permanente déterminée par un torticolis mental.

L'attitude permanente de la tête sur le côté gauche est donc déterminée par un mouvement quasi-volontaire, c'est la malade qui tient elle-mçme sa tête sur l'épaule gauche et qui cesse de la tourner quand elle croit avoir un point d'appui suffisant. D'ailleurs Fous... se rend vaguement compte de cet effort pour tourner la tête; de temps en temps surtout quand elle est distraite elle ne sent plus de quel côté sa tête penchait. Elle se trompe et l'incline à droite, puis elle se reprend et la tourne à gauche. « Mais ce mouvement, dit-elle, est absolument irrésistible, il faut qu'elle tourne ainsi sa tête et elle se croit tout à fait incapable de cesser. » Vous voyez que, par tous ses caractères, cette attitude de la tête

se rapproche des tics et mérite le nom sous lequel elle est bien connue de torticolis spasmodique intermittent; le tic véritable, cliniquemeut parlant, étant caractérisé par la brusquerie et l'irrégularité des secousses, leur apparition involontaire, etc.

Pour confirmer ce diagnostic, nous retrouvons dans la vie antérieure de la malade et aujourd'hui encore, bien des phénomènes psychasthéniques. Il faut noter dans la famille deux cas d'asthme et chez le père des impulsions irrésistibles à manger énormément, de véritables crises de boulimie. La malade, toujours nerveuse et

FiG. 9. — Procédé qui détermine l'arrêt du tic.

impressionnable, a eu des vomissements nerveux, puis des crises de toux interminables. Elle a encore des secousses et des raideurs dans le bras droit et dans la jambe droite. Ajoutons qu'elle a eu souvent des sensations et des douleurs obsédantes dans divers organes. Encore actuellement, elle se plaint de sentir « de l'eau qui coule entre cuir et chair » dans le côté droit de la face, d'avoir des engourdissements douloureux dans les doigts de la main droite. Nous ne notons, dans ces endroits, aucun trouble delà sensibilité mais une sorte d'anxiété de la malade aussitôt qu'on examine ces régions. Il y a là des phénomènes analogues aux algies des psychasthéniques.

Nous connaissons mal les circonstances qui ont déterminé la loca-

lisatioii du mouvement aux muscles du cou. La malade prétend que ce torticolis a commencé l'année dernière à la suite d'une dispute avec sa fille : c'est possible. Il semble qu'il y ait depuis longtemps une agitation motrice localisée au côté droit, agitation qui se manifeste encore par les tics et les raideurs du bras droit. 11 se peut que cette agitation augmentée à la suite d'une querelle ait déterminé une raideur du cou sur laquelle s'est fixée l'attention de la malade.

De pareils torticolis sont curables, il faut bien le savoir, non par des opérations chirurgicales mais par une éducation méthodique du mouvement. Cet hiver encore nous avons pu débarrasser d'un torticolis semblable une femme de 5o ans chez qui la maladie durait depuis trois ans. Mais il est incontestable que ces traitements, toujours fort longs, demandent de la part du malade beaucoup de bonne volonté et de patience et de la part du médecin une attention, une dépense d'énergie, un effort prolongé pendant des mois qu'il est difficile de supposer quand on n'a pas essayé de diriger de semblables traitements.

Observation 102. — Tics du pied. — Hypocondrie, émotion^.

Nous avons déjà, à plusieurs reprises, insisté sur la fréquence des tics par automatisme psychologique et nous avons cherché à montrer que de tels tics pouvaient affecter toutes les régions du corps et prendre les formes les plus diverses, a Le torticolis spasmodique, disions-nous^, est bien connu et il est en général rattaché à sa véritable origine : c'est une mauvaise habitude développée chez des individus de volonté insuffisante à la suite de quelque petite impression ou de quelque émotion, habitude qui a donné de l'importance à un petit système d'images motrices ou, en d'autres termes, qui a excité un centre fonctionnel. Mais nous voudrions faire observer que ces remarques ne s'appliquent pas seulement à ce torticolis ; il y a une foule de grimaces, de spasmes, de troubles du mouvement d'apparence plus ou moins compliquée, siégeant sur tous les membres et qui se rattachent plus

I. Ces deux observations ont déjà été publiées par nous dans la nouvelle Iconographie de la Salpê trière, igoo.

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