‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 4)Chapitre 68 sur 178 · LES CRAMPES DES ÉCRIVAINS · texte numérisé non relu

LES CRAMPES DES ÉCRIVAINS

honte à son sujet. Quand elle se mettait à son travail, il fallait un effort énorme, elle sentait l'attention lui échapper, elle rêvait à une foule de choses, en même temps elle avait des émotions, des suffocations, des sueurs profuses, en un mot, il y avait une foule de dérivations intellectuelles et viscérales.

Est-il surprenant qu'une dernière dérivation se soit faite, la dérivation musculaire sous forme de crampe des muscles intéressés dans le travail. Cette crampe est donc bien ici un tic survenant chez une psychasthénique, à l'occasion d'une aboulie professionnelle; il y a intérêt, croyons-nous, a mettre quelque unité dans la description de tous ces symptômes, qui sont loin de constituer autant de maladies distinctes.

Cet autre malade, Ll..., âgé de 36 ans, nous montre bien les rapports de la crampe des écrivains avec l'aboulie et la timidité. Il écrit fort bien quand il est seul, il a sa crampe seulement si on le regarde. A ce moment, il se sent gêné, il fait des mouvements brusques, incohérents et n'est plus capable d'écrire un mot; si on s'écarte, il se calme peu à peu et peut écrire indéfiniment.

Observation m. — Crampe des écrivains. — Neurasthénie, obsession de L'argent, agitation motrice.

Voici un cas particulièrement net à propos de notre interprétation delà crampe des écrivains, car le trouble de l'écriture alterne ici avec d'autres symptômes psychasthéniques. Cet homme de kk ans, Cr..., sans grands antécédents héréditaires, semble avoir été troublé par la fièvre typhoïde, qu'il eut très grave à l'âge de 20 ans. Depuis ce moment, il est un neurasthénique, souffrant perpétuellement de l'estomac et de la tête. Il a perdu son énergie et il souffre beaucoup des efforts nécessaires pour gagner sa vie. Son rêve serait malheureusement assez difficile à réaliser : il voudrait simplement être riche et vitre sans travailler.

En attendant, il fait un humble travail de copie dans un bureau, ce qui ne laisse pas de lui être extrêmement désagréable. Quand une émotion s'ajoute à cette fatigue perpétuelle, il perd tout équilibre. Les troubles se présentent alors sous deux formes : tantôt, surtout si l'émotion a été grave, il devient agité, ne peut plus tenir en place, il sort de chez lui et fait des courses énormes. Il ne faut

pas prendre ces grandes marches pour des fugues hystériques : il sait parfaitement ce qu'il fait et garde le souvenir conscient des endroits par lesquels il passe. C'est un besoin de marche qui se présente assez souvent chez les psychasthéniques et qui est une forme de leur agitation motrice diffuse dont nous avons vu des exemples.

Quand l'émotion est moins forte, c'est seulement dans un membre qu'il ressent l'agitation, dans le bras droit. Ce bras se secoue, devient incapable de tenir la plume à cause de ses mouvements incoordonnés et de ses spasmes : c'est une véritable crampe des écrivains.

Dans les deux cas, le trouble le rend incapable de faire son métier, il faut qu'il se repose en entrant dans un hôpital pendant quelque temps. Presque toujours, la crise ne dure que deux ou trois mois ; ensuite il se calme et il a assez d'énergie pour reprendre son collier de misère. Pour nous, vous le comprenez bien, ces accidents ne sont au fond que des crises d'aboulie professionnelle. L'émotion ajoute à sa dépression constante et il perd l'énergie suffisante pour accomplir son métier de copiste, qu'il a en horreur. La dérivation se fait soit par une agitation générale et de grandes marches, soit par la crampe des écrivains.

Observation 112. — Délire de scrupule comme substitut de tics. — Aboulie, inquiétude, agitation mentale, scrupule.

Cette jeune fille de 2/i ans. Nu..., n'a pas de tics, ou plutôt, elle n'en a plus en ce moment, mais elle vous présente la suite, le reliquat de tics qui ont été guéris et ce reliquat est bien intéressant pour nous expliquer la véritable nature des tics précédents.

Cette jeune fille, sans grands antécédents héréditaires, sauf une mère trop nerveuse, était intelligente et active avant la puberté. Les règles vinrent en retard et péniblement à l'âge de i5 ans. A ce moment Nu.. . commença à se sentir triste et fatiguée, elle ne pouvait plus s'appliquer et s'agaçait de tout travail. Les efforts inutiles amenèrent une agitation de plus en plus grande qui dégénéra en tics. Elle avait constamment la même secousse des bras et des épaules, la même petite saccade des jambes. Elle avait déjà à ce moment quelques pensées singulières, ainsi elle se trouvait bizarre, pas naturelle, elle « avait peine à se croire réelle ». Elle traduisait ces pensées d'une manière intéressante que l'on ren-

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