‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 4)Chapitre 76 sur 178 · LES MANIES DE LA. MÉTAPHYSIQUE · texte numérisé non relu

LES MANIES DE LA. MÉTAPHYSIQUE

très intelligente elle-même, trop peut-être, l'agitation ne reste pas uniquement motrice, il y a des réflexions, des recherches. Il y a un an, elle s'interrogeait sur la fin du monde, sur la création, puis elle se passionna pour des problèmes particuliers. Elle se demandait s'il y a des habitants dans la lune, comment se font, les stigmates des saints ; elle se posait une foule de problèmes sur lesquels elle ruminait perpétuellement. Le problème de l'existence de Dieu est devenu comme un symbole qui résume tous les autres.

Deux mots seulement sur cet homme de 27 ans, Rost..., pauvre garçon neurasthénique, timide, qui bégaie parce qu'il est devant nous. Il se sent la tête fatiguée et voudrait bien la reposer: mais il est obligé malgré lui de réfléchir, de chercher indéfiniment à propos d'immenses problèmes.

Le malade. — « C'est comme si j'étais obligé de préparer un immense ouvrage qui aurait pour titre : la lumière, les ombres, le violet, la mort et l'élan. »

Il paraît que ce qu'il y a de plus terrible c'est la recherche de « la définition du violet », il en perd le sommeil. Notez qu'il est tout honteux de ces absurdités, mais son esprit est comme forcé de rechercher malgré lui.

Cette femme de 21 ans, Hm..., va peut-être nous expliquer un peu mieux la genèse de ses recherches philosophiques sur le monde. Puberté tardive à i5 ans, attention difficile, de peu de durée se terminant par des énervements, timidité, inquiétude, ce sont les antécédents ordinaires. Hm... était enceinte à l'âge de 19 ans et supportait mal la grossesse, son inquiétude avait augmenté et quelques paroles maladroites avaient donné une direction à son inquiétude. Sa belle-mère lui avait dit en plaisantant de ne pas aller au Jardin des Plantes, de peur que la vue des animaux n'influât sur l'enfant. Depuis, la voilà très inquiète, qui craint « que son enfant ne soit comme une bête ». Elle raisonne tout le temps sur la forme qu'aura cet enfant : « Aura-t-il des nageoires en guise de mains; aura-t-il une trompe, etc. ? Comment se forment les membres ? Comment est-ce que se fait la vie, etc. ? » Ces réflexions ne sont pas très mauvaises tant que dure la grossesse. Arrive un accouchement difficile d'un enfant très normal d'ailleurs. Elle essaie de le nourrir, et s'épuise, il faut y renon-

cer. Depuis qu'elle a dû cesser l'allaitement, elle est tourmentée jour et nuit par une abominable rumination qui ne porte plus du tout sur l'enfant mais sur les êtres vivants et sur le monde : « Pourquoi est-ce qu'il y a un monde, comment est-ce qu'il y a des choses, comment peut-on arriver à faire des arbres, comment se forment les doigts des mains...? » Nous vous faisons grâce de ses réflexions, nous remarquons seulement qu'elles ne sont pas toujours bêtes ; ainsi cette femme sans aucune espèce d'instruction a découvert à elle toute seule que les nageoires des poissons, celles des phoques, les ailes des oiseaux, les pattes des lézards et la main des hommes sont des organes analogues, formés sur le même plan. Elle fait ainsi des comparaisons, des réflexions quelquefois justes, souvent stupides ; mais ce qui est caractéristique c'est c[ue ce travail mental continue indéfiniment hors de propos et n'arrive jamais à la satisfaire.

Ces interrogations métaphysiques ont été très souvent signalées. Le malade de Legrand du Saulle qui cherchait pourquoi les feuilles des arbres étaient vertes employait presque les mêmes termes. Mais il nous semble qu'on n'en a pas donné l'explication. 11 ne s'agit pas là de suggestion, personne n'a suggéré à cette pauvre ouvrière de faire de la philosophie zoologique et les suggestions ne se présentent pas de cette manière. Sa recherche se rattache étroitement à un sentiment que nous connaissons bien, le sentiment d'étrangeté du monde : quand elle demande pourquoi les hommes ont-ils des mains, c'est comme si elle disait, ainsi que nos autres malades que les mains des hommes lui semblent drôles. Et comment se forme cette interrogation ? Par une dérivation sous forme d'agitation intellectuelle des efforts impuissants pour atteindre à la perception complète avec sentiment de réalité.

Ici, nous pouvons même remonter plus loin: pourquoi chez cette femme est-ce la perception des animaux, des êtres vivants qui a subi un abaissement ? C'est parce que pendant sa grossesse son attention a été attirée sur la formation des êtres vivants. Les perceptions restées automatiques comme celles d'une table continuent à se faire assez bien, mais les perceptions attentives comme cellea de l'animal vivant sont insuffisantes depuis que l'attention est abaissée et en un mot l'origine première de la maladie, c'est l'épuisement de la grossesse et de l'accouchement avec sentiment d'incomplétude et attention dirigée sur l'enfant.

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Voici cette femme guérie en trois mois, repos, toniques, direction de l'attention sur de tout autres sujets, les opérations arithmétiques. Sous l'influence d'un peu d'encouragement, elle a pu faire quelque gymnastique de l'attention et elle a été toute étonnée de voir « que les animaux lui paraissaient des bêtes toutes naturelles ». Si elle était vraiment philosophe, elle saurait que des bêtes toutes naturelles n'en sont pas moins très mystérieuses ; mais, comme elle est simple, du moment qu'elle ne s'étonne plus elle ne philosophe plus. Les Grecs avaient raison quand ils disaient que le dieu Thaumas était le père de la philosophie. Il n'en est pas moins assez triste de remarquer que cette femme ne philosophe qu'au moment où son esprit est malade, ce n'est pas flatteur pour la spéculation philosophique.

Observation i36. — Manie de la recherche psychologique. —

Phobies, obsessions diverses.

Nous vous signalons rapidement cette malade qui présente sous une forme curieuse la manie de la recherche. Le père est un douteur et un maniaque qui avait le besoin de vérifier les actes et de les répéter, la sœur du père avait une maladie analogue. Notre malade a déjà traversé plusieurs crises de psychasthénie ; à 17 ans se développa la phobie des couteaux, elle eut à ce moment des crises, des sortes de crampes qui ont fait admettre le diagnostic d'hystérie. Vous savez que nous ne rencontrons guère aujourd'hui l'association clinique de l'hystérie et des symptômes psychasthéniques ; il est probable qu'elle a eu simplement de l'agitation motrice. Mais nous ne voulons pas affirmer qu'elle n'ait pas alterné entre l'hystérie et la psychasthénie, ce qui se présente dans quelques observations. Le mariage arrêta cette première période maladive ; de 3o à /jo ans survinrent de nouvelles crises de dépression avec la phobie de l'obscurité, lapeur d'être aveugle.

A 46 ans, après la mort du mari, commence le trouble actuel de la manière suivante. Un jour étant au piano, elle sent une gêne, un trouble, ne se reconnaît pas, et se demande si c'est bien elle qui joue, c'est un sentiment de dépersonnalisation, de perte du sentiment du réel. Le trouble s'étend aux objets extérieurs qui ne sont plus naturels. Peu à peu se développe un véritable délire, non plus métaphysique, mais psychologique, voici quel-

ques exemples des ruminations qui envahissent perpétuellement son esprit. « La difFérence entre le moi et le non moi, leur séparation et cependant leur pénétration mutuelle, voilà les problèmes qui me préoccupent. Comment se fait-il qu'une personne qui est en dehors de moi puisse cependant me parler, c'est-à-dire faire pénétrer ses idées en moi? L'affection est en moi, comment se fait-il que ceux que j'aime soient en dehors de moi? La transition se fait par la parole, comment la parole entraine-t-elle d'un moi à un autre des pensées ? Quel est le mécanisme de la vision, la vue est-elle identique à un toucher lointain ? Le toucher étant le seul des sens,, qui soit à peu près sûr, la vision n'a de valeur que si elle est identique au toucher, dans quelle mesure ce rapprochement est-il possible ?... »

11 est triste de constater que ces études ne sont que du délire, cela nous fait faire de tristes réflexions sur nos travaux psychologiques. En effet, supposez qu'on vous indique ces problèmes sans vous dire de quelle manière ils se présentent chez une brave femme de 67 ans, vous les trouveriez intéressants, et très semblables à ceux que l'on discute en philosophie. Cela vous montre bien qu'en réalité, la réflexion psychologique n'est pas une chose naturelle : l'enfant n'est pas psychologue, il ne sait même pas ce que signifie le mot « rêver ». 11 n'y a pas pour lui dépensée pure, désintéressée, en dehors des actes et de la réalité. Il y a quelque chose de maladif dans cette disposition à contempler l'esprit en lui-même d'une manière désintéressée. Il est vrai que les grands philosophes vont nous répondre qu'il y a là peut-être un grand mérite, que ce désintéressement de la réalité est justement ce qui nous sépare de l'animal, mais la vue de nos malades est faite pour nous défendre de l'orgueil.

Une petite réflexion à propos du traitement de cette malade. Son agitation mentale étant extrême, son incapacité pour travailler, pour s'occuper de la réalité étant devenue très douloureuse, elle nous a demandé de lui appliquer un traitement dont elle avait entendu parler, le traitement par la morphine. Ce traitement a en effet été proposé et répandu avec beaucoup d'énergie par M. A. Voisin. Il ne nous paraît aucunement absurde et nous sommes très disposés à croire qu'il doit donner des succès. La morphine comme l'alcool peut être un excitant de la tension nerveuse, en même temps qu'elle calme les réactions douloureuses.

Nous avons montré autrefois qu'une injection de morphine chez une hystérique faisait disparaître ses stigmates; nous avions d'ailleurs observé le même fait à propos de l'ivresse alcoolique. Il est très probable que la morphine comme l'alcool doit donner momentanément à ces malades une tension plus grande, une perception plus réelle et qu'elle peut supprimer leurs ruminations. Cependant nous hésitons énormément à employer ce traitement, songez donc combien ces malades s'accoutument facilement à une excitation et à un soutien, quel besoin terrible ils ont de voir la personne qui les a remontés, de revenir au traitement qui les a momentanément relevés, et vous comprendrez quel terrain favorable ils offrent à la morphinomanie. Pouvonsnous, sans scrupule, prendre la responsabilité de la développer chez eux presque à coup sûr? Nous avons donc refusé à cette malade ce qu'elle demandait. Il paraît que d'autres n'ont pas eu les mêmes scrupules et qu'elle a subi pendant quelques mois un traitement par la morphine. Le résultat nous dit-on est beau, voici quelques semaines qu'elle est rentrée chez elle à peu près débarrassée de ses manies. C'est le succès que nous prévoyions, mais est-elle aussi débarrassée de la morphine ? On ne nous en parle pas : nous le souhaitons.

Observation 187. — Manie de la perfection appliquée à la miction. — Scrupules.

Voici un type d'une nouvelle forme de manie mentale dont nous désirons vous présenter plusieurs exemples, les manies de la perfection. C'est au fond toujours un mécanisme analogue, il y a un sentiment d'incomplétude déterminé par un abaissement d'une fonction, puis un effort, une dérivation mentale, qui porte ici non pas à faire des recherches, mais à perfectionner d'une manière malheureusement absurde la fonction défaillante. Chez un premier groupe de malades il s'agit de fonctions physiologiques et nous avons à étudier de nouveaux troubles psychasthéniques de ces fonctions. En voici un exemple remarquable appliqué à l'acte pourtant bien simple de la miction. Cette femme de /jSans, Vor,.., cherche simplement à uriner dans la perfection. « Il est fâcheux d'uriner mal, de conserver une partie de l'urine dans la vessie, de laisser perdre des gouttes après l'acte, de s'exposer à un

besoin intense clans des circonstances fâcheuses. Pour éviter tout cela, il faut uriner avec perfection, mais cela n'est pas aussi facile qu'on se le figure : il faut rester sur le vase, bien sentir le passage, régler clans tous ses détails le coup de piston » (Notez que la pauvre femme applique à tort et à travers les mots qu'elle a entendus et ignore tout à fait que la femme n'urine pas comme l'homme). Malgré ses efforts le résultat ne lui semble pas brillant, à peine s'est-elle éloignée qu'elle a le sentiment d'un acte incomplet ; le plus simple est alors de recommencer les efforts ; elle recommence le même travail et arrive an même résultat. Elle va et vient indéfiniment de sa chambre au cabinet : le soir au moment de se coucher, elle fait cinc|uante fois le voyage, avant de tomber sur son lit transie de froid et de fatigue. A l'époque des règles, la manie augmente encore et occupe littéralement tonte la journée.

Nous avons déjà vu ici même des manies de perfection appliquées à la respiration, à la mastication, nous n'avions pas encore vu cette forme bizarre de la manie de la perfection appliquée à l'acte d'uriner. La genèse en est bien simple, cette femme a toujours eu la même disposition, mais elle l'appliquait d'une manière moins ridicule. Indécise, hésitante, elle n'allait jamais au bout d'une action ni même d'une émotion. Il lui semblait toujours qu'elle s'arrêtait avant la fin, il en résultait un sentiment perpétuel de mécontentement, de scrupule, de remords. Elle avait la manie de chercher à être consciencieuse en tout, surtout pour les choses futiles ; elle se croirait criminelle si elle ne lisait pas son journal de la première à la dernière ligne, ce qui ne l'empêche pas de le lire très mal et de ne pas savoir ce qu'il y a dedans. A l'âge de i8 ans, ses scrupules et ses remords furent assez sérieux pour queCharcot, qui la soignait, la fit interner. La crise actuelle a été déterminée par une petite maladie, un eczéma du périnée qui la força à prendre des soins de propreté de cette région. On lui fit craindre de mouiller ses pansements par l'urine, elle voulut prendre des précautions en urinant, l'attention fut attirée sur la miction, on sait le reste.

Le traitement de cette malade a été tout à fait comparable à celui de la petite Zo... quiavaitla manie des précautions à propos des épingles : elle réclamait la suggestion hypnoticjue, c|ui lui fut appliquée de la même manière. L'hypnose, ni la suggestion ne

furent jamais complètes, mais ces séances permirent de lui faire faire de véritables exercices pour pousser jusqu'au terme l'immobilité, le sommeil, l'effort musculaire, l'effort d'imagination, l'effort de croyance et de confiance. Elle dut mettre une grande attention au premier acte de miction et se soumettre à la suppression de tous les autres. Malgré quelques alternances d'amélioration et des rechutes elle a été guérie en six mois. Nous ne prétendons pas qu'elle ne reste pas scrupuleuse et qu'elle ne puisse pas recommencer une autre manie, elle aura toujours eu une certaine tranquillité pendant un temps que nous souhaitons assez long.

Observation i38. — Manie de la perfection génitale. — Masturbation^ sentiment d'inconiplétude génitale.

Nous voudrions vous parler aujourd'hui à propos de deux malades d'un sujet délicat mais qu'il faut aborder ici sans fausse honte, parce qu'il est sérieux et tout à fait important au point de vue scientifique et thérapeutique.

Voici d'abord l'histoire d'une dame de 26 ans, Loa..., dont toute la maladie dépend d'un trouble, d'une mauvaise hygiène des sensations génitales.

Comme antécédents héréditaires, rien de bien net; la malade elle-même semble avoir été normale dans l'enfance, tout au plus un peu émotive et faible de caractère ; elle fut réglée à i3 ans sans rien de particulier. A i5 ans, une bonne, paraît-il, lui enseigna en secret la masturbation en lui démontrant que cela était nécessaire pour avoir de fraîches couleurs. La jeune fille en prit l'habitude et arrivait à provoquer le spasme d'une façon très suffisante. Elle se maria très jeune, à 18 ans, en ayant de l'affection pour son mari. FAle ne fut pas émotionnée par la vie conjugale, mais elle n'éprouva absolument rien dans ses rapports avec son mari. Cette frigidité de la femme dans le mariage est extrêmement fréquente, elle joue un grand rôle dans bien des troubles physiques et moraux et elle a plus de conséquences sociales que vous ne le supposez. Ce trouble peut être dû h bien des causes, souvent à l'égoïsme ou à l'ignorance du mari qui ne tient pas compte de la différence des phénomènes génitaux dans les deux sexes; mais il dépend pfus souvent encore et dans ce cas en particulier de la masturbation préalable de la femme. Nous avons bien souvent

constaté que les esprits faibles ne peuvent faire certaines actions, éprouver certaines sensations que dans des conditions très spéciales auxquelles ils se sont accoutumés : changez les conditions et ils deviennent paralysés ou insensibles. Cela est surtout vrai du sens génital. Que d'individus ont besoin pour cette fonction d'une personne particulière, d'un milieu spécial, d'une attitude déterminée et quelquefois ridicule. La jeune fille habituée à sentir l'émotion, grâce aune masturbation spéciale, devient souvent incapable de rien éprouver aux approches du mari.

En tout cas, au début, Loa... n'en fut aucunement troublée. Elle continua seulement, à part, les pratiques qui lui réussissaient et ne se préoccupa pas de sa froideur avec le mari. Elle croyait l'aimer très suffisamment et elle eut même un enfant dans de bonnes conditions. Peu à peu seulement, probablement à cause de l'excitation de la vie conjugale, elle abusa de ses pratiques au point de les répéter plusieurs fois par jour, mais sans en souffrir. Il y a deux ans, elle eut divers troubles abdominaux rattachés probablement avec raison par le chirurgien à un rein flottant et on la décida à se faire opérer à l'hôpital Necker. Cela est absolument en dehors des phénomènes génitaux; mais à l'hôpital elle fut amenée à supprimer complètement les pratiques auxquelles elle se livrait, et cela pour plusieurs raisons : d'abord la crainte de l'opération, puis la souffrance consécutive, ensuite le séjour dans une salle commune empêchaient ces pratiques. Mais il y eut surtout une raison assez bizarre ; en- se promenant à Necker, elle eut l'occasion de visiter le musée installé dans le service du Professeur Guyon et là elle entendit des explications qui lui firent une grande impression. On lui montra des objets curieux trouvés dans la vessie de jeunes filles qui les avaient laissés entrer par mégarde, une épingle à cheveux, par exemple, découverte et retirée au moyen de l'endoscope, etc., et à ce propos elle entendit énumérer les dangers auxquels s'exposaient les femmes qui avaient de pareilles habitudes. Elle fut terrifiée, se jura de ne plus recommencer et, chose curieuse, tint parole.

Voici donc supprimée radicalement cette excitation spéciale qui, ne l'oublions pas, se répétait depuis bien des années plusieurs fois par jour. Que va-t-il en résulter ? C'est une curieuse expérience ?

Le premier résultat est bien intéressant, quoiqu'il ne* faille pas trop se presser de le rattacher à cette cause. Cette femme qui

jusqu'à 25 ans était restée complètement froide vis-à-vis de l'homme, devient éperduement amoureuse. D'abord ses désirs se portent d'une manière vague sur les hommes qni passent à l'hôpital, puis elle choisit un individu particulier et la voici qui pense à lui constamment, s'excite en y pensant et s'agite de plus en plus.

Sortie de l'hôpital, elle essaye avec infiniment de justesse des deux remèdes les plus indiqués, d'abord elle a des rapports avec son mari, et deuxièmement elle veut reprendre ses pratiques solitaires ; mais cette fois les deux moyens échouent complètetement, ni l'un ni l'autre ne réussit, si bien que dégoûtée elle veut renoncer à tout.

C'est peut-être plus facile à dire qu'à faire, car voici un accident imprévu. Elle commence de grandes crises de nerfs ou plutôt des crises d'agitation motrice et d'angoisse. Ces crises débutent nettement par un désir, une excitation génitale, et se terminent par des convulsions. Ces crises la calmaient quand elles avaient été très fortes, mais l'excitation revenait bientôt. 11 lui suffisait de voir passer un homme pour avoir une crise semblable. Si nous avions le temps de nous y arrêter, nous vous lirions une vieille observation de BufFon à propos d'un jeune prêtre, observation qui semble exactement calquée sur celle-ci. Ces crises durèrent sept ou huit mois : on les soigna de différentes manières et maintenant elles ont à peu près disparu.

La pauvre femme est-elle revenue à la tranquillité? Oui, si l'on veut, car elle n'a plus qu'un amour très vague, plutôt platonique pour l'individu en question, elle ne sent plus aucune excitation et n'a plus jamais de désir. Eh bien elle devrait être enchantée : pas du tout, elle souffre horriblement de cette frigidité, non seulement elle sent comme un engourdissement dans le ventre, mais l'engourdissement s'étend à la tête, tout est devenu froid et morne. Elle a perdu les sentiments, elle est indifférente pour son mari et son enfant, elle ne prend plus plaisir à rien, elle perd toute énergie.

Que de problèmes seraient soulevés par cette succession de faits. Nous ne pouvons à propos d'une observation que vous indiquer des hypothèses. Est-ce l'absence de satisfaction qui a amené l'amour, puis les crises ? Comment l'anesthésie génitale est-elle survenue ? Est-ce cette anesthésie génitale qui détermine l'indifférence et l'aboulie actuelles ? Voyez à ce propos une ancienne observation

de l'un de nous (Stigmates des hystériques, p. 217). Voyez dans notre dernier livre sur les Névroses et les Idées fixes l'observation liS, p. 162, où des phénomènes absolument semblables sont décrits et vous verrez que les sensations génitales jouent dans le fonctionnement du système nerveux un rôle plus .considérable qu'on ne le croit.

Dans le cas présent cependant, il ne faut pas méconnaître que la dépression est générale et qu'il y a quelque exagération à tout rattacher a l'insuffisance des sensations génitales. La malade se sent « comme une personne qui ne vit plus ; je suis comme une machine, je ne me sens plus vivre, je perds le goût de la vie, je trouve tout stupide, je n'aime plus rien ni personne, c'est comme si le cœur s'en allait... ». Ces sentiments d'incomplétude et surtout d'insuffisance génitale amènent le désir de plus en plus intense et la recherche du remède. Elle est convaincue que si elle retrouvait la jouissance génitale normale elle serait guérie ; quand elle réussit un peu mieux, soit seule, soit avec son mari, il y a pour un moment une résurrection, elle retrouve l'énergie et le bonheur de vivre. Aussi est-elle perpétuellement à la recherche de ce bonheur. Depuis trois ans, elle n'a plus d'autre pensée, que celle d'arriver à sentir normalement cette jouissance dans des conditions tout à fait normales. Elle se figure h tout moment qu'elle va ressentir des excitations insensées dès c|u'elle voit un homme, dès qu'elle y pense ; mais ces excitations qui commencent à peine n'arrivent jamais au dénouement. Quand elle croit être près du succès, voici des agitations, des angoisses, des idées absurdes qui la troublent, elle sent qu'elle n'est pas comme les autres femmes, qu'elle ne guérira jamais et le bonheur entrevu s'envole.

Dans cette poursuite du bonheur, elle a commencé par tourmenter son mari, l'accusant de ses déceptions, cherchant à l'exciter et a le griser de Champagne ; le pauvre homme jure qu'il fait de son mieux et ne sait comment échapper à ces singulières persécutions. Bientôt, elle a renoncé au mari comme décidément insuffisant et cherche ailleurs du secours. La voici tombée dans mille excentricités, elle va dans les bals publics, elle se fait remarquer dans les rues. Elle accepte tous les rendez-vous, il est vrai que jusqu'à présent elle s'y rend rarement; mais tous ces efforts dont elle sent parfaitement le ridicule et le danger sont restés impuissants et elle n'a pas encore trouvé la perfection qu'elle cherche avec tant d'ardeur.

Observation 189. — Manie de la perfection. — Onomalomanie, manie de conjuralion, angoisse et agitation.

Ce brave homme, Pn... âgé de 63 ans, a encore une manie mentale systématique 'qui est relative au langage, on aurait dit autrefois simplement qu'il s'agit d'onomatomanie. En réalité, tous les troubles psychasthéniques du langage ne sont pas semblables : ceux que nous avons déjà étudiés se rattachaient aux manies de la recherche, celui-ci se rapporte plutôt aux manies de la conjuration et surtout aux maniesde la perfection.

Pn... toujours inquiet et scrupuleux n'a eu cependant sa première crise sérieuse qu'à l'âge de lij ans, ce qui est un début tardif. Il semble que cette crise ait été provoquée par des fatigues et par des excès de boisson. Il souffrait de l'estomac, il était fatigué et affaibli. Ses inquiétudes anciennes augmentèrent, il eut la peur d'être malade et encore plus la peur de paraître malade. Quand ses camarades lui demandaient des nouvelles de sa santé et surtout quand ils remarquaient qu'il avait mauvaise mine, cela le mettait au désespoir. Il imagina qu'il devait répondre certaine phrase convenue à tous ceux qui lui parleraient de sa santé et cette phrase il cherchait à la dire le plus fermement possible pour bien rassurer les questionneurs et pour se bien rassurer luimême. Cette première crise se calma au bout de quelques mois passés à la campagne.

Tout a recommencé depuis un an d'une manière plus grave à la suite de fatigues. Il sent qu'il a besoin d'être rassuré et pour y parvenir, il croit qu'il suffit de bien prononcer une certaine phrase, cette phrase est pour le moment la suivante: « Faut pas faire attention, allons dîner, nous verrons après. » Cette phrase semble bien simple, il est convaincu que si elle était bien dite une seule fois il serait guéri ; mais il faudrait la dire avec netteté, avec attention, avec conviction, et le pauvre homme a constamment le sentiment qu'il ne la dit pas bien, qu'il n'a pas été rassuré, qu'il n'a pas eu assez de foi dans ce qu'il disait. Il ne se borne pas à recommencer la phrase sacramentelle, il cherche à varier les conditions dans lesquelles il la prononce pour arriver à la perfection ; il se met dans un coin de la chambre, assis, puis debout, puis à genoux, il descend à la cave, tantôt avec unç

lumière, tantôt clans l'obscurité, il force sa femme à descendre dans la cave avec lui, à écouter s'il dit bien ou à crier la phrase en même temps que lui. Puis il articule avec solennité : « Faut pas faire attention, allons dîner, nous verrons après. » Et il remonte cependant désespéré, car malgré les affirmations de sa femme qui trouvait la phrase superbe, il n'a pas senti qu'elle fût bien dite.

Quand on n'a pas l'habitude de ces malades, on ne se rend pas compte qu'une pareille niaiserie puisse être une maladie sérieuse. Cependant voilà trois mois que ce pauvre homme ne mange plus et ne dort plus, il est extrêmement amaigri et il souffre très cruellement.

Observation i4o. — Manie de la perfection dans l'amour. — Impuissance d'aimer.

A côté de ceux qui cherchent la perfection de l'amour physique il faut placer ceux qui, avec plus de poésie, cherchent la perfection de l'amour moral... Voici une jeune fille de 20 ans, qui souffre d'une affection singulière. Elle appartient à une famille très prédisposée aux troubles névropathiques : le père est un grand névropathe qui a déjà eu des obsessions, une sœur du père est aliénée, la malade a une sœur épileptique et un frère aliéné. Elle a toujours été faible de volonté, craintive et scrupuleuse, cependant à l'âge de vingt ans, on crut devoir la marier et elle fût fiancée à un jeune homme qu'elle connaissait bien et qu'elle aimait beaucoup.

Aussitôt fiancée, elle se sentit inquiète, incapable d'agir, de parler avec son fiancé et surtout incapable de se décider au mariage. Les abouliques redoutent surtout, comme vous le savez, les actes définitifs, ils voudraient toujours avoir une porte de sortie qui leur permette d'échapper et les troubles sont toujours plus grands quand on leur demande de prendre des décisions définitives. En même temps, comme il arrive dans ces insuffisances de la volonté, elle sentit une grande agitation qui se développait d'un autre côté, ce que nous avons considéré comme des phénomènes de dérivation.

Cette agitation était surtout morale et elle se sentait poussée à réfléchir sur ses pensées, à s'examiner, à s'analyser d'une manière excessive. Son examen porta surtout, comme cela est naturel, sur le sentiment qui était alors en jeu dans ses fian-

cailles. Elle chercha à se rendre compte du sentiment d'affection qu'elle avait pour son futur mari. Il lui sembla qu'elle ne l'aimait pas bien, pas suffisamment, qu'elle n'avait pas pour lui toute l'affection qu'elle se sentait capable de donner ordinairement. Vous savez qu'à notre avis ce sentiment d'incomplétude n'est pas entièrement faux, qu'il est l'expression d'un abaissement réel dans l'activité cérébrale, abaissement qui était surtout en rapport avec l'émotion. Cette constatation faite, elle en conclut qu'il fallait faire un effort pour mieux aimer son fiancé, car elle ne pouvait se marier avec un amour insuffisant. Ses efforts furent vains : plus elle cherchait à aimer mieux, plus il lui semblait qu'elle aimait moins bien. Ses efforts n'aboutissaient qu'à augmenter les réflexions, les examens de conscience, la fatigue et les dérivations. Tant et si bien que la pensée du fiancé devenant de plus en plus pénible, il lui sembla qu'au lieu de l'aimer, elle commençait à le haïr. Remarquez à ce propos que l'évolution de la maladie est toujours la même: la fonction commence à s'accomplir d'une manière insuffisante, elle détermine des sentiments d'incomplétude, puis des angoisses, des recherches de perfection et enfin la fonction devient totalement impossible. C'est cette conclusion, cette disparition de l'amour, qui nous porte à croire qu'au début il y avait bien un trouble de cette même fonction, un abaissement de l'amour qui a été en croissant. Comme elle fut obligée après beaucoup d'hésitations et d'angoisses de déclarer qu'elle n'aimait plus son fiancé, il fallut rompre le mariage.

Cette rupture ne lui rendit la tranquillité que pour bien peu de temps. En effet les sentiments d'incomplétude portant sur les affections et la manie de perfection qui en résultait n'avaient pas disparu, ils s'appliquèrent simplement à d'autres personnes. D'abord, ce fut à propos de ses parents qu'elle s'interrogea : elle ne tarda pas à parvenir à la même conclusion désespérante, à se figurer c'est qu'au lieu de les aimer elle les détestait. Puis la question se porta sur l'affection qu'elle avait pour une gouvernante, etc. Maintenant elle ne peut plus vivre tranquille plus de quelques jours auprès d'une personne quelconque, fût-ce auprès d'une garde-malade. Au début, elle reste indifférente près de cette garde et se rend compte qu'il est naturel de ne pas l'aimer ; puis, très vite, bien qu'elle trouve la question absolument folle, elle se demande si elle aime cette personne suffisamment pour

les services qu'elle lui rend. « Il me semble que je suis devenue égoïste, que je n'ai pas une affection suffisante pour cette dame, que je devrais l'aimer un peu, afin de ne pas être toujours à n'aimer que moi. » Elle fait alors ses eff'orts ordinaires pour aimer, comme nos autres psychasthéniques font des efforts pour agir ou pour croire et l'attention au lieu de favoriser l'acte le rend plus difficile, puis le rend impossible : il lui semble qu'elle déteste cette personne et qu'elle ne peut plus vivre auprès d'elle.

Les parents de cette jeune fille essayent un traitement qui était autrefois recommandé par Legrand du Saulle et qui consiste à faire voyager les malades pour les distraire. Ce traitement réussit quelquefois quand l'abaissement mental est faible, parce que le changement est un excitant psychologique assez puissant. 11 ne faut pas oublier que les voyages sont aussi une fatigue et que ces esprits faibles sont rarement capables de prêter une attention suffisante à des changements trop rapides.

Observation i4i. — Manie de perfection dans l'évocation d'un souvenir visuel.

Voici une observation qui demanderait une bien longue étude psychologique que nous ne pouvons faire ici complètement. Elle est à tous les points de vue bien curieuse et bien instructive.

La maladie a débuté, il y a six ans, par une émotion d'une nature toute spéciale. Cette femme, Bre..., alors âgée de 36 ans, un peu nerveuse mais jusque-là bien portante, soignait son mari très malade. Elle ne se rendait pas compte delà gravité de la situation et comme elle songeait à se rendre à la campagne, elle demanda au médecin, avec beaucoup de tranquillité, si dans une quinzaine de jours, son mari pourrait l'accompagner à la campagne. Le médecin avec une maladresse probablement involontaire se laisse aller à répondre : « Mais vous n'y songez pas, ma bonne dame, dans quinze jours votre mari sera enterré. » La pauvre femme fut bouleversée, ressentit comme un choc dans la tête, ce fameux choc que nous retrouvons toujours au début des fugues, des délires, dans les grandes émotions, et dont nous savons si peu la nature. La douleur, c'est un point que nous relevons à cause de sa grande fréquence, siégeait surtout au point de rencontre

de l'occipital et des pariétaux, à la fontanelle postérieure avec irradiation sur le côté droit de la tête. La nuit suivante, cette femme délira un peu, mais se rétablit le lendemain et dès ce jour elle présenta d'une manière nette des symptômes qui n'ont pas changé jusqu'à aujourd'hui et qui n'ont pas été modifiés ni aggravés par la mort du mari survenue réellement quelques jours après.

Parmi ces symptômes, quelques-uns sont bien connus. Nous n'y insisterons pas : fatigue dans la tête, troubles de l'estomac, état de somnolence et de torpeur, certains engourdissements dans le côté droit, insomnie la nuit, difficulté pour comprendre la lecture ou la parole, troubles des règles, cjuelquefois éruption d'urticaire avant les règles, etc., etc. Ce sont les troubles qui accompagnent les états émotifs et les engourdissements du cerveau plus ou moins semblables à l'hystérie.

Mais cette dame a une souffrance bien plus curieuse qui, à son avis, et peut-être aussi au nôtre, joue un rôle capital dans tous les autres accidents. Elle a un oubli, une sorte d'amnésie qu'elle ne peut pas faire disparaître et dont la permanence est pour elle une torture. Elle a oublié tout simplement la figure de son mari.

Essayons de comprendre ce qu'elle veut dire, car au fond ce symptôme est très curieux. Depuis le jour où la mauvaise nouvelle lui a été si brutalement annoncée, il lui a semblé qu'elle perdait son mari, qu'il disparaissait et s'effaçait de sa pensée. Mais, direz-vous, elle en parle tout le temps. Oui, elle en a le souvenir intellectuel, elle peut en parler, elle peut raisonner sur lui, elle peut même le décrire : <( Il était assez mince, nous dit-elle, très grand, le nez était fort, etc.. » Mais cette description est théorique, Bre... est incapable de se représenter aucun de ces traits. Elle ne peut pas non plus évoquer le souvenir de sa voix, en un mot elle prétend ne plus avoir aucune représentation sensible relative à son mari. Si vous voulez comprendre ses paroles, reportez-vous à une leçon remarquable de Charcot, la XIIP du tome III des Maladies du système nerveux. Il s'agit d'un homme ayant eu autrefois une grande mémoire visuelle, qui perd cette mémoire et qui ne peut plus se représenter les formes d'architecture qu'il décrit et qu'il construit théoriquement. Cette dame présente le même trouble, toute la leçon de Charcot s'appliquerait à son cas. Mais le trouble

est limité, comme nous venons de le voir, à la figure et a la parole du mari.

Vous direz tout de suite qu'il y a à cette infortune deux remèdes bien simples, d'abord regarder des photographies du mari et puis deuxièmement se passer de ce souvenir visuel qui n'est pas indispensable pour vivre. C'est là que notre observation devient encore plus curieuse. Cette dame s'efForce de regarder des photographies de son mari, mais d'abord elle a une peine énorme à les regarder. Sa tête, ses yeux, font des mouvements convulsifs comme pour ne pas voir et ensuite, si elle parvient à regarder, « cela ne lui dit rien ». Elle ne reconnaît pas son mari et les portraits ne ravivent pas le souvenir. Reste alors la seconde solution: qu'elle s'en passe. Mais cette amnésie est douloureuse, elle semble former dans la pensée une lacune pénible et la malade est sans cesse poussée à chercher à la combler. Il y a une sorte de délire de l'interrogation qui vient comme toujours se greffer sur une amnésie, elle a constamment la pensée dirigée vers le mari dont elle ne se souvient pas.

Vous voyez que l'analyse psychologique de ce cas n'est pas facile. Voyons d'abord les phénomènes qui l'environnent : nous ne trouvons pas de troubles bien nets de la sensibilité, la malade nous dit qu'elle s'engourdit souvent du côté droit, mais c'était absolument passager ; nous n'avons pas observé d'hypoesthésie qui soit nette. Remarquons en passant que voici encore une malade qui a des engourdissements du côté droit du corps et qui souffre de la tête du même côté droit.

L'ouïe et la vue sont beaucoup plus troublées. On ne trouve pas d'anesthésie bien nette, ni de rétrécissement du champ visuel mais on constate une difficulté énorme à fixer l'attention sur ces sensations. Elle ne comprend pas ce qu'elle lit ou ce qu'elle entend. La mémoire serait importante à étudier en détail, ce que nous n'avons encore pu faire. Nous remarquerons seulement qu'il n'y a pas d'amnésie bien nette en dehors du point en question. La malade raconte les événements récents aussi bien que les événements anciens. La mémoire des images visuelles, ici essentielle, est même assez bien conservée. Cette mémoire était très bonne avant l'accident, elle peut encore aujourd'hui évoquer des spectacles. Sur notre demande, la malade se représente fort bien Notre-Dame ou l'Arc de Triomphe. Les amnésies ne commencent que pour les souvenirs qui ont un rapport quelconque avec le

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