L0I3SESSI0N DE CÉCITÉ ET DE MORT 3Ô
Nous lie pouvons pas nous contenter de ce dingnostic de maladie de Krisliaber. On n'admet plus aujourd'hui ces obsessions isolées comme autant de maladies distinctes, ou ne se borne plus à diagnostiquer la dysmorphophobie, ou la peur d'être difforme, la triskaidekaphobie ou la peur du nombre treize, la sidérodromophobie ou la peur des chemins de fer ; on a remarqué les caractères communs de toutes ces affections. Or les sentiments si bizarres que présente cette malade ne sont étonnants que par leur exagération. En réalité, ils se retrouvent tous à un plus faible degré chez les obsédés, les scrupuleux, les douteurs. Ces malades, ont le sentiment de mal percevoir, de voir les choses drôles, étranges, et comme nous l'avons déjà vu dans bien des cas, ils en viennent au sentiment de ne pas voir du tout, de voir noir. Ils ont le sentiment de ne plus percevoir les êtres pensants, de ne plus distinguer les sentiments et les idées h propos de la physionomie et des paroles, de là le sentiment d'isolement qui est fréquent. Plusieurs vont jusqu'à dire qu'ils sont dans un monde étrange, loin de la terre, loin du système solaire. Celle-ci est modeste en se bornant à déclarer qu'elle est toute seule. Enfin ils ont très souvent le sentiment d'avoir perdu leur personne. Vous avez vu ici même plusieurs cas remarcruables de dépersonnalisation. C'est ce sentiment que Bul... interprète en disant qu'elle est morte, qu'elle est dans le tombeau. Tous ces sentiments dépendent simplement, à notre avis, d'une diminution du sentiment de la réalité qui est en rapport avec la diminution des fonctions de la volonté et de l'attention.
Quant à démontrer que cette malade est tout simplement une ancienne obsédée, une douteuse, cela est facile : il suffit de rappeler qu'elle a eu pendant longtemps des crises d'agoraphobie, que c'était une inquiète s'attendant toujours à des malheurs, craignant de ne jamais arriver à rien. D'une famille évidemment névropathique, un frère semble avoir été atteint de paralysie agitante, une sœur est très nerveuse, elle a été surtout malade depuis l'âge de 32 ans, et la maladie semble avoir débuté par un goitre, probablement par le goitre exophtalmique. Elle attribue ce goitre à son séjour à la Chartreuse dans un pays de goitreux. Elle resta toujours obsédée et depuis deux mois l'obsession a pris cette forme aiguë.
A son âge, on ne peut guère espérer quelque amélioration que du calme, de l'hygiène et d'un traitement bromure.
354 LES OBSESSIONS IIYPOCONDRJAOUES
Observation i58 his. — Les résultats d'une opération simulée chez une obsédée hypocondriaque. — Troubles de la ménopause, spasmes, interprétation, obsession des épingles, opération simulée sans résultats.
L'histoire de cette malade nous offre un petit enseignement dont nous devons profiter. Elle nous apprend qu'il n'est pas toujours bon de faire des opérations chirurgicales de complaisance chez des névropathes, quoique l'intention soit excellente. Elles réussissent quelquefois et alors tout est pour le mieux ; quand elles échouent, elles aggravent la situation.
Cette dame vient de subir, il y a quelques mois à l'hôpital Laënnec, une petite opération qui avait pour but, paraît-il, de la débarrasser de deux épingles qu'elle prétendait avoir avalées par mégarde et qu'elle sentait se promener dans son corps. Avant de l'opérer on l'a photographiée aux rayons Rôntgen et la photographie qui lui a été montrée contenait deux superbes épingles bien nettes. On l'a chloroformée, on a fait des petites entailles, l'une au niveau de l'estomac, l'autre au niveau de l'œsophage ; on a appliqué un pansement et au réveil on lui a présenté deux longues épingles un peu tachées de sang : elle les conserve précieusement dans une petite boîte.
Malheureusement les souff'rances n'ont pas disparu après l'opération. Bien au contraire elles ont été complètement exagérées ; les étranglements à la gorge, les douleurs à l'estomac se sont compliquées d'un aff'reux goût métallique dans la bouche. « Cela s'explique facilement, dit-elle, puisqu'elle a eu longtemps dans le corps deux épingles qui l'ont imprégnée de cuivre. » L'empoisonnement par le cuivre des épingles joue maintenant un rôle plus grand que les épingles elles-mêmes. Cette pauvre dame sent la limaille de cuivre entre les dents, elle souffre horriblement de l'empoisonnement, elle prétend ne plus pouvoir manger et elle se désespère nuit et jour. Vous voyez que l'opération chirurgicale ne lui a pas fait de bien. Nous pourrions presque dire qu'elle lui a fait du mal en mettant dans son cerveau plus fortement encore l'idée des malheureuses épingles. A tous les arguments pour lui montrer qu'elle n'a pas de limaille entre les dents, elle répond avec entêtement: « Je pouvais douter autrefois • mais maintenant on ne peut plus me dire que je n'ai pas