‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 4)Chapitre 93 sur 178 · I. Névroses el idées fixes. II, p. i · texte numérisé non relu

I. Névroses el idées fixes. II, p. i

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le péché radical « c'est-à-dire un péché aussi odieux que possible», ces malades aiment toujours à aller à l'extrême. Pour le moment elle n'a rien inventé de mieux que de casser la tête des petits enfants et elle se demande si elle ne l'a pas fait très souvent. Toutes ces rêveries sur sa mauvaise conduite se rattachent h cette obsession générale que nous avons appelée la honte de soi. Voici plus de dix ans que cette jeune fille est tourmentée par cetle obsession, ce n'est que dans ces dernières années qu'elle a cherché à se rappeler l'enseignement des religieuses et qu'elle en arrive à souhaiter, tout en la redoutant, la vocation religieuse.

Si nous remontons encore plus haut nous allons retrouver cette même perte du réel « qui depuis ma jeunesse m'empêche de voir les choses comme elles sont, me les fait trouver bizarres, et me donne l'envie de leur chercher une signification », l'affaiblissement énorme de la volonté, la disposition à la rêverie, etc. On sait que les neurasthéniques sont toujours plus affaissés le matin que le soir, les obsessions de We... sont si bien en rapport avec l'abaissement du niveau mental, qu'elles dominent le matin et sont presque effacées vers cinc[ heures de l'après-midi et qu'elles se modifient facilement sous l'influence de n'importe quelle émotion excitante.

L'hérédité est évidemment la source première de ces troubles, si l'on songe que la grand'mère a été toute sa vie tourmentée par des obsessions criminelles, que la mère vient de mourir atteinte d'un délire mélancolique avec idée de culpabilité et d'humilité.

Nous sommes parvenus à modifier énormément l'état de cette malade en cinq mois de traitement. Un hypnotisme incomplet, des exercices d'attention, toute une éducation de la volonté l'ont rendue beaucoup plus sûre d'elle-même, mais ilest évident qu'elle n'est pas guérie. « La tête travaille moins, dit-elle, sur les problèmes religieux », mais elle est encore très disposée à retomber dans la honte d'elle-même pour le plus petit épuisement.

Observation 171. — Scrupules de vocation. — Crises de sommeil^ sentiment (Tincomplêiude, honte de soi, atonie de l'estomac, arthritisme.

Voici une observation remarquable de scrupules de vocation,

I. Nous résumons cette observation qui a été l'objet de beaucoup d'études dans le premier volume de cet ouvrage.

382 LÈS OBSESSIONS DE LA MONTE DE SOl

il s'agit d'une femme de oo ans, Gisèle, remarquablement intelligente, qui depuis dix ans se tourmente de toutes manières en se demandant si elle n'a pas eu tort de se marier et si elle n'aurait pas infiniment mieux fait en entrant au couvent. Cette idée simple se subdivise en une multitude de petits problèmes à propos de son mari, de son enfant, de son ménage, de toutes les actions qu'elle a accomplies dans sa situation de dame mariée ou bien à propos des religieuses, des prêtres de Dieu, etc. Tantôt elle lutte contre l'obsession, tantôt elle n'ose même pas lutter, « car ce serait lutter contre Dieu lui-même ». Elle approfondit tellement ses idées qu'elle en est comme enveloppée et enserrée de tous côtés ; il lui semble que dans ses ruminations elle est écrasée par une puissance supérieure, par quelque chose de fatal, de sacré, contre laquelle il est immoral de lutter. Aussi n'arrive-telle jamais à une conclusion, « ne peut-elle jamais tirer la barre ».

On peut se demander comme dans le cas précédent si l'éducation religieuse, la fréquentation des prêtres n'a pas été l'origine de ce genre de ruminations et de ce problème. Mais il nous semble que l'examen de la vie et du caractère de la malade permet d'écarter cette explication et de considérer ces remords obsédants de vocation, comme l'expression générale de tout un état mental particulier.

D'une famille sans tare bien nette, mais prédisposée à ces maladies du scrupule, Gisèle a débuté vers l'âge de 1 1 ans par des accidents nerveux assez singuliers. C'était des crises de sommeil très courtes durant à peine quelques minutes et qui la prenaient à tout moment de la journée. Elles ont été évidemment considérées par le médecin comme des crises hystériques et traitées par la métallothérapie. En considérant que la malade n'a plus jamais présenté aucun phénomène de l'ordre hystérique, nous hésitons aujourd'hui sur le diagnostic. S'agissait-il de petits vertiges comitiaux ? Vous avez-vu que cela nous intéresserait comme point de départ de l'état psychasthénique. S'agissait-il de tics ou de phénomènes analogues aux ruminations actuelles ? Nous ne pouvons le décider maintenant.

L'apparition des règles k treize ans changea la nature de la maladie, car à ce moment débuta la première obsession caractéristique. C'était un remords relatif aux crises précédentes que la malade considérait comme des simulations. Elle s'interrogeait

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pour savoir si elle avait oui ou non simulé le sommeil irrésistible. Cette interrogation serait bizarre après des somnambulismes hystériques, elle est au contraire naturelle après des tics ou des phénomènes, psychasthéniques qui laissent, en effet, souvent au malade une impression d'étrangeté, de fausseté, de simulation.

Après cette obsession, insensiblement en survinrent d'autres qui portaient la malade à analyser et à critiquer tout ce qui se passait en elle-même, obsessions sur l'amour, sur sa nature, sur le problème de savoir si elle aimait bien ou si elle n'aimait pas assez, sur le défaut de confiance en elle-même, sur l'absence de confiance en Dieu, sur son égoïsme, sur l'émoussement de tous ses sentiments, etc. Le caractère qui se développait de plus en plus était extrêmement remarquable : « très intellectuelle et sans rien de pratique, disait d'elle sa mère » et le mot est toujours resté juste. Elle se préoccupe de tout ce qui est artistique ou littéraire, s'enthousiasme sur une foule de choses; elle peut arriver à suivre bien les conceptions imaginaires et les idées abstraites et elle a, en effet, une conversation et un style des plus brillants. Mais il y a de terribles revers à la médaille, elle n'a aucune volonté et n'arrive à aucune décision sans la changer dix fois de suite. Elle ne saisit pas la réalité, elle a des doutes sur le monde, elle se demande si tout existe, si le monde est bien réel, si elle-même n'est pas une folle, si elle a bien sa personne. 11 lui semble que ses sentiments n'arrivent jamais au bout, que tout glisse sur elle, comme sur une toile cirée, qu'elle a été incapable d'avoir du chagrin à la mort de son père, etc.. Il lui semble toujours qu'en tout, dans ses affections surtout, elle joue la comédie. C'est l'ancienne idée par laquelle le trouble mental avait déVjuté. Par moments, il y a un abaissement rapide de l'esprit. « Tout h coup, dit-elle, les choses extérieures me font l'effet de devenir drôles, il y a quelque chose qui est dérangé. » Quand de tels abaissements surviennent par crises toutes les ruminations mentales commencent. Tous ces troubles s'accompagnent le plus souvent de sensations pénibles dans la tête, d'une gêne au vertex, d'effets bizarres dans le cerveau, de sortes de contractions, de torsions, d'écartements, de compressions, de bruits dans la tête, etc.

De temps en temps, ces troubles cérébraux sont atténués et il y a comme un changement total de la maladie qui semble se

porter sur un autre organe ; c'est l'estomac qui devient malade, et qui présente une atonie des plus remarquables. La digestion s'arrête à peu près complètement, et des selles lientériques rendent les aliments à peu près intacts. A ce moment, il y a de grandes douleurs à la tête dans la région occipitale, douleurs que la malade attribue à l'ingestion des aliments. Elle prend alors la peur de la nourriture et une sorte d'obsession du refus des aliments qui remplace les idées précédentes.

La malade maigrit énormément, devient très faible ; puis soit sous l'influence des traitements (l'électrisation de l'estomac a paru avoir quelque effet), soit spontanément, l'estomac se remet à fonctionner, la douleur de la nuque diminue et semble se porter en avant au vertex, les divers sentiments d'étrangeté, d'incomplétude, de honte de soi et les remords de vocation recommencent. Cette alternance est extrêmement curieuse ; nous l'avons observée chez un très grand nombre de malades de ce genre sans qu'il soit bien facile de l'expliquer. Dans certains cas, on peut dire que le trouble de l'estomac est perpétuel, mais que la malade s'en rend mieux compte quand elle est moins tourmentée par ses idées, mais dans quelques cas comme dans celui-ci, les grands amaio-rissements périodiques montrent bien qu'il y a par accès des modifications de la digestion. On peut dire que, d'une manière analogue à ce qui se passe dans l'hystérie, l'épuisement, l'abaissement de la tension se portent alternativement sur différentes régions du cerveau. Ce n'est guère que la traduction du fait en langage anatomique.

Il est intéressant de remarquer les influences qui font augmenter ou diminuer tous ces troubles : les maladies, l'accouchement, les fatigues, les augmentent énormément. Toutes les excitations, un enthousiasme, « une idée qui faitchoc », un encouragement, une confiance momentanée, la transforment heureusement ; détail amusant, un plaisir, un enthousiasme la font digérer. A ce point de vue son cerveau est comme un ludion qui monte et qui descend à la plus légère impulsion. Le niveau de sa tension nerveuse oscille énormément et malheureusement les conséquences de cette oscillation provoquent des troubles considérables.

Si l'on considère la nature de tous ces troubles mentaux, et le caractère rêveur, idéaliste de la malade, il nous semble que le remords de vocation s'explique tout naturellement. Il y a chez Gisèle une insufïisance d'action et un sentiment de mécon-

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