LES OBSESSIONS DU CRIME A FORME DE REMORDS
timents pour les chats. Elle a déjà eu une première atteinte de la maladie, il y a quelque temps, à propos de la même chatte déjà donnée une première fois, et qu'il avait fallu reprendre à cause de son désespoir. Cette crise avait pu être ainsi conjurée, mais il y a dix ans, à l'âge de vingt-sept ans, il y avait eu une crise beaucoup plus grave encore à propos d'un chat qui était disparu, nous ne savons comment. C'est donc le troisième accès par rapport à des chats.
C'est que ces désespoirs dépendent d'un autre sentiment, nous dirions presque d'un autre symptôme qui est presque aussi pathologique que le premier ; ces désespoirs sont en rapport avec un invraisemblable amour des animaux qui, poussé à ce degré, devient une maladie, la zoophilie. Cette femme vit toujours environnée de quatre chats, elle les soigne avec un amour excessif et l'on peut dire sans métaphore qu'elle les aime mieux que ses enfants. En effet, elle a perdu un enfant, cela ne lui a pas fait la moindre impression, ni le moindre regret, tandis que vous voyez le désespoir pendant huit mois pour la mort du chat. Bien mieux, elle était enceinte au cours du premier accès dû à la mort du chat et se désespérait à la pensée d'avoir un enfant qu'elle n'aimait pas du tout. Elle fit accidentellement une fausse couche. La joie d'être délivrée de l'enfant a été l'une des grandes raisons de la guérison de cet accès.
Cette zoophilie, dont tout dépend, serait curieuse à étudier. On peut dire d'abord que c'est là une obsession accidentelle, due à une sorte de suggestion. Elle a été élevée dans une loge de concierge où il y avait toujours des chats. On pourrait remarquer aussi que dans bien des cas l'amour pour les animaux est bien plus facile pour les esprits faibles que l'amour pour les hommes ; l'animal est plus facile à comprendre que l'homme et les sentiments pour l'animal sont moins compliqués que les sentiments pour les hommes. Ce serait en quelque sorte une affection qui se dépense d'une manière facile sans les efforts que demandent les sentiments normaux. Enfin, on peut se demander si dans certains cas ce n'est pas l'exagération d'un instinct naturel à l'homme, ordinairement limité par les autres faits de la pensée qui prend un développement exagéré.
Quoi qu'il en soit, retenez ce fait de la zoophilie comme un accident fréquent chez ces malades dégénérés ou psychasthéniques.
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N'essayons pas de transformer ce sentiment chez elle ; bornons-nous à diminuer l'accident actuel. Dans une observation exactement semblable que nous avons rapportée dans notre dernier livre, nous n'avons obtenu la guérison qu'en rendant un chat à la malade et en la forçant ii le soigner. Au début elle le faisait avec mauvaise grâce, en disant : « J'accomplis mes devoirs envers lui, mais je ne l'aime pas. » Peu à peu ses devoirs lui devinrent agréables, car elle l'aimait. Espérons qu'il en sera de même ici. Ce serait beaucoup trop difficile de lui enlever complètement sa passion pour les chats et de lui faire aimer les enfants.
Observation 209. — Obsession criminelle sous forme de remords. — Aboulie, dépersonnalisation.
Cette observation peut assez heureusement vous montrer comment l'obsession, et en particulier l'obsession criminelle, est un accessoire dans la maladie et vient simplement s'y surajouter comme une justification qui satisfait l'esprit du sujet. Cette dame de 87 ans, Xyb..., qui compte dans sa famille quelques individus bizarres, qui a toujours été une névropahe, aboulique, entêtée, timide, présente depuis cinq ans une obsession qui semble assez particulière et assez précise. A la suite de raisons qui nous importent peu, elle a cru devoir changer un de ses fournisseurs, et elle a renvoyé sa blanchisseuse. Puis comme cette blanchisseuse servait sa famille depuis bien des années, elle a regretté cette décision, et elle a de nouveau accepté ses services. Elle a conçu, à ce qu'elle prétend, un grand chagrin de cette conduite, et il lui a semblé qu'elle avait été injuste dans le renvoi de la blanchisseuse, puis qu'elle avait manquéde dignité en revenant sur sa décision. Depuis, elle est restée obsédée par le remords de cette action, elle y pense constamment, et elle en tire des conséquences invraisemblables. Elle décide qu'elle ne doit plus faire aucune action avant d'avoir remis les choses en ordre par rapport à la blanchisseuse, et comme elle trouve toujours qu'elle est dans une situation fausse par rapport à cette femme, elle ne veut plus rien faire du tout. Il lui semble qu'elle doit toujours rester liée par quelque chose avec cette blanchisseuse, et elle imagine de lui devoir constamment une petite somme d'argent, dix francs : il est
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impossible de lui faire réoler ses comptes avec elle d'une manière complète, il faut qu'elle doive dix francs, et si elle apprend qu'on les a payés h la blanchisseuse, elle va les réclamer. Il semble bien que l'obsession soit précise, et dans ce cas on éprouve quelques tentations de la rattacher aux circonstances.
Cependant, considérons les symptômes que présente cette femme : nous trouvons d'abord une inertie énorme, elle ne peut se lever du lit ni s'habiller. Quand on la lève de force, elle se recouche, et si on la laisse seule elle n'est pas prête à cinq heures du soir. Elle reste assise chez elle, au milieu d'un désordre invraisemblable, et elle ne peut arriver à rien ranger. C'est l'exagération d'un état qu'elle a toujours eu : depuis sa jeunesse, elle ne savait ni travailler, ni s'occuper, ni diriger sa maison. Elle se plaint de voir tout au travers d'un brouillard, d'être distraite, de suivre difficilement les conversations. Elle ne peut plus arriver à croire les gens, elle a un manque de foi dans les autres comme en elle-même. Ses croyances comme ses résolutions obtenues avec un effort inouï n'ont aucune solidité. Elle part en se croyant décidée, un petit faux pas, et « crac, cela casse dans sa tête, la résolution ou la croyance ont disparu, la voici de nouveau dans l'hésitation et dans le doute. » Elle est incapable de rien terminer. Quand elle approche de la fin d'un ouvrage de tapisserie, elle le défait comme Pénélope, afin de ne pas avoir fini ; il lui semble qu'elle n'a pas le droit de finir les choses. Elle n'achève d'ailleurs aucun sentiment, ne s'intéresse plus à ses enfants, et reste fort indifférente à tout ce qu'on lui dit.
Un symptôme intéressant est le trouble du sens du temps: elle a toujours été une femme inexacte, aujourd'hui son indifférence pour l'heure dépasse les bornes, elle laisse s'écouler des journées entières sans s'en apercevoir : « Cela a passé comme une minute, dit-elle, j'attendais qu'il fût neuf heures du matin, le soir vient, je ne sais pas pourquoi ; je suis comme une bête qui n'a pas le sentiment du temps. » Il faudrait insister sur le sentiment de la personnalité, elle répète tout le temps qu'elle n'est plus ellemême. « J'ai senti, dit-elle, qu'il y avait quelque chose de cassé dans ma tête, quelque chose de parti tout à fait, je ne vivrai plus de ma vie, je n'existe plus au fond, je ne peux pas retrouver le fil de mon existence, je suis comme un papillon, je ne puis me poser nulle part. » Et quand elle va un peu mieux : « Je reprends une existence quelconque, si vous voulez, mais je ne suis
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plus la personne d'autrefois, on ne peut plus refaire ce qui n'est plus. La vie que je vis ne produira pas de résultat réel ; moralement je ne suis plus là. Il y a quelque chose de brisé d'une manière irréparable. » Ce sont là des troubles bien connus de la dépersonnalisation avec perte du sens du réel ; le sentiment morbide porte principalement ici sur les faits psychologiques.
Tous ces symptômes ont-ils un rapport quelconque avec la blanchisseuse ? Dans l'esprit de la malade, oui. Elle explique tout cela en disant qu'elle s'est mal conduite et qu'elle n'a plus le droit de vivre comme les autres. Mais pour nous qui avons vu les mêmes symptômes une centaine de fois, sans qu'il fût aucunement question ni de blanchisseuse ni de mauvaise conduite, nous pouvons ne pas partager son opinion.
Pour nous, tous ces symptômes se sont développés graduellement sur un terrain prédisposé : de grandes tristesses dans la jeunesse, trois accouchements, le dernier allaitement, des difficultés du ménage ont abaissé fort au-dessous du niveau normal un esprit déjà très peu résistant. D'ailleurs, la famille convient qu'elle était malade avant l'accident de la blanchisseuse; peut-être même cette aventure, qui témoigne d'une oscillation de la volonté, était-elle déjà un symptôme. Il se peut que cette petite histoire avec les ennuis qu'elle a occasionnés ait ajouté une émotion nouvelle et ait eu également une influence dépressive ; mais c'est simplement la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Si on voulait résumer par une idée cette maladie de dépersonnalisation, on pourrait prendre n'importe quel souvenir de sa vie : la malade a choisi presque au hasard le dernier incident qui l'a impressionnée. Elle trouve qu'il correspond bien à son état, parce qu'elle a des sentiments pathologiques qui sont d'accord avec cette idée. Elle se sent changée, gênée dans ses actes, d'où l'idée d'obligation ; elle se sent inquiète, d'où l'idée de châtiment, de culpabilité; elle se sent incapable de liquider une situation, d'où l'idée de lien perpétuel, etc. Le remords de la blanchisseuse n'est qu'une expression qui se représente perpétuellement à son esprit, tant qu'elle éprouve les mêmes sentiments fondamentaux.
Observation 210. — Obsession de remords, crimes génitaux. Parmi les remords les plus fréquents se placent naturellement
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les remords d'une conduite immorale au point de vue sexuel, surtout chez les femmes qui en sont naturellement plus préoccupées. On est surpris des constructions imaginaires auxquelles elles parviennent.
Voici une fille de 32 ans, Pr..., qui est vierge, qui a toujours eu une telle timidité, une telle exagération de la pudeur qu'elle n'a jamais été exposée au moindre danger. Eh bien, elle se reproche jour et nuit d'avoir pratiqué des manœuvres pour se faire avorter.
Comment en venir à une pareille idée ? Elle a toujours été une craintive au point de vue génital, et elle est devenue plus timide encore à la suite d'une pleurésie il y a quelques années. H y a quelques mois elle fut effrayée dans un couloir sombre par un domestique qui la bouscula un peu. Cette émotion lui fit du mal, il lui resta dans la tête une impression d'étrange, depuis il lui sembla qu'elle n'était plus naturelle, qu'elle n'avait plus sa volonté, et elle s'est mise « à discuter en dedans comme s'il y avait en elle deux personnes ». Elle s'interrogeait sur cet homme, sur ce qu'il avait bien pu faire, et commença à se demander s'il ne l'avait fécondée en la touchant; puis de ruminations en ruminations, comme les signes de la grossesse ne venaient pas, elle se demanda si elle ne s'était pas fait avorter, et maintenant la rumination sous forme d'interrogation s'est localisée sur ce problème. Les obsessions de remords viennent surtout chez les malades qui ont des ruminations : leur mécontentement d'eux-mêmes s'exprimant sous forme d'interrogation donne naissance à l'idée d'une faute dans le passé. .
Observation 211. — Osbession du remords. — Manies de Vinierro'' galion, crises d'ahoalie.
Nous voudrions vous dire quelques mots de cette pauvre dame parce qu'il s'agit de troubles de l'esprit très fréquents et très curieux.
Cette dame âgée de 3o ans, Kl..., se plaint d'être tourmentée par des obsessions qui ne lui laissent aucune trêve. Quand ces idées l'envahissent, elle sent partout dans son corps comme une faiblesse, ses jambes sont fatiguées comme si on les avait battues ; elle sent comme une volonté étrangère qui s'empare d'elle, et la
voici incapable de faire aucun travail, de poursuivre aucune idée autre que celle qui s'impose à elle. Cette idée lui donne des terreurs inouïes et des sortes de crises de nerfs dans lesquelles elle se débat pendant des heures. Notez que ces tourments durent déjà depuis quatre ans et qu'ils ont été précédés par une autre idée fixe qui avait déterminé des souffrances semblables pendant six ans. Voilà donc bien des années que cette pauvre femme est horriblement malheureuse.
Maintenant que la malade est sortie, nous pouvons vous dire qu'elle est l'idée qui la tourmente. Elle est obsédée par la pensée que son enfant n'est pas le fils de son mari. Elle cherche toutes les raisons qui peuvent la convaincre, elle calcule les dates, elle cherche des ressemblances dans le visage de l'enfant, elle se répète cent fois que l'enfant a sur la cuisse un signe noir comme son mari : rien n'arrive à la rassurer. Elle n'a pas la force de pousser le raisonnement jusqu'à la conviction, et n'a pas non plus le courage de renoncer au problème, et de se dire que la chose lui est indififérente.
L'idée précédente qui l'a obsédée pendant six ans avant celle-ci était en apparence toute différente. Pendant une grossesse elle avait entendu parler d'un homme qui s'était pendu et elle restait obsédée par l'idée de ce pendu.
On se tromperait, croyons-nous, si l'on s'en tenait à cette expression de ces deux idées, on n'en comprendrait pas la véritable nature. Quand elle s'interroge sur l'enfant, Kl... a quelque raison de le faire, car pendant la grossesse elle a maintes fois songé à tromper son mari. Nous ne le lui reprochons pas, car elle l'a fait presque involontairement pour chercher un appui au moment où elle était tourmentée par l'idée du pendu. Cette idée de pendu elle-même cachait une autre pensée, la peur de se laisser aller à en faire autant, la peur de se pendre elle-même. Ces deux idées sont donc au fond celles-ci : le remords perpétuel d'avoir trompé son mari, la peur de se pendre. Il est intéressant de remarquer que ce sont deux idées obsédantes portant sur des actes du sujet et sur des actes mauvais. Ce sont là des obsessions toutes spéciales.
Les obsessions de ce genre qui présentent sans cesse à l'esprit du sujet le souvenir ou la représentation des actes mauvais qu'il a pu faire ou qu'il pourrait faire ont presque toujours des carac-
tères qui leur sont propres. Elles sont constituées par des idées qui n'arrivent jamais à être complètes, c'est-à-dire qui ne déterminent jamais, quoi qu'en dise le sujet, ni acte réel, ni hallucinations, ni délire. Cette malade, Kl..., dit qu'elle se sentait poussée à se pendre, mais en réalité elle ne s'est jamais pendue et n'a même jamais fait une tentative de suicide qui fût sérieuse ; elle dit qu'elle croit voir un pendu, elle soutient que « c'est comme si elle le voyait», mais en définitive elle ne le voyait pas réellement et elle finit par en convenir. Elle délire si peu à propos de son enfant qu'elle a réussi à cacher au mari ses préoccupations. Ces idées étant incomplètes ne sont jamais achevées ni dans un sens, ni dans un autre. Le sujet n'arrive ni à les accepter, ni à les repousser. Il doute, il hésite, il interroge continuellement. Pour repousser ces idées, le malade invente des procédés, des sortes d'exorcismes qu'il répète sans cesse et il se perd dans d'interminables discussions qu'on a assez bien appelées des ruminations psychiques. En un mot ces idées constituent \e délire du sc/-upule.
D'où viennent des idées ayant de tels caractères ? Nous sommes disposés à croire qu'il ne s'agit pas d'une idée déterminée par les circonstances extérieures semblable à une suggestion imposée à une hystérique, mais qu'il s'agit plutôt d'idées «n quelque sorte intérieures, c'est-à-dire qui sortent du fond même de l'esprit du sujet qui en sont simplement l'expression. Remarquez, en effet, que, en dehors de ces obsessions, cette femme a un état d'esprit spécial : en un mot c'est une inquiète, inquiète de tout et se tourmentant de tout, craignant tout. Ces inquiétudes se rattachent à une volonté très faible qui ne sait se décider à rien, ni prendre son parti de rien. Le fond de l'état mental et de la maladie elle-même, c'est l'aboulie.
Mais il y a quelque chose qui distingue ces malades des abouliques ordinaires. C'est qu'ils ont conscience de leur aboulie, s'en inquiètent, s'en effrayent, en souffrent de mille manières. Leurs idées fixes que l'on pourrait appeler endogènes par opposition aux idées fixes exogènes des hystériques ne viennent pas du dehors, mais du dedans, elles sont l'expression de cette inquiétude générale.
Ce sont là des remarques que nous avons l'occasion de faire à propos de beaucoup de malades. Tl faut particulièrement remarquer la façon dont les crises d'obsession évoluent chez cette personne ; il y a très nettement chez elle une modification de
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tout l'état mental qui précède l'obsession de plusieurs jours La malade se sent engourdie, se trouve drôle « comme si elle était enveloppée par quelque chose qui n'était plus moi », elle prévoit qu'elle va avoir l'obsession, elle la redoute, mais elle ne l'a pas encore. On dirait vraiment l'abaissement mental des épileptiques sans aucune idée fixe. L'indécision et le besoin d'interrogation se manifestent peu à peu de plus en plus, et alors automatiquement elle reprend son interrogation habituelle sur la naissance de l'enfant ; mais l'obsession proprement dite ne recommence que vingt-quatre ou quarante-huit heures après le début véritable de la crise.
Il y a lieu de remarquer qu'il en est ainsi chez beaucoup de malades : les obsessions se développent au milieu d'une crise spéciale constituée par des troubles physiques et moraux, crise qui interrompt l'état normal. Quand les parents ont l'habitude de l'observation, ils nous disent très bien que les malades changent, « qu'ils ont comme une indigestion qui les abat et leur donne la langue blanche, ...qu'ils deviennent sombres, tristes, paresseux, hésitants, inquiets», quelque temps avant de reprendre leur obsession. Le mari d'une de ces malades nous disait même que, dans ces moments, sa femme « changeait de vocabulaire», c'està-dire que sa conversation changeait de niveau, devenait plus basse, plus canaille, et qu'il reconnaissait à ce signe l'imminence d'une crise d'obsessions. A la fin de la crise également, on voit les obsessions proprement dites disparaître d'abord, mais les troubles du caractère et de la santé physique persistent encore quelque temps ; puis ceux-ci s'effacent à leur tour et le malade revenu à son état normal s'étonne des troubles qu'il a ressentis et il ne comprend plus comment il était si tourmenté par des idées qui lui paraissent maintenant tout à fait insignifiantes. Cette évolution de la maladie procédant ainsi par crises très nettes parfaitement séparées les unes des autres, n'est pas aussi caractéristique chez tous les sujets ; bientôt les crises se rapprochent, deviennent subintrantes et l'état d'obsession semble à peu près continu. Mais il est intéressant d'étudier les malades qui comme Kl... ont des crises nettes. On voit alors beaucoup mieux comment l'obsession dépend d'un état mental sous-jacent, comment elle ne survient qu'après cette chute de la tension nerveuse et de la tension psychologique dont nous avons montré la nature et l'importance dans nos premières leçons.
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Ce qui modifie l'obsession, ce sont évidemment les circonstances qui agissent contre l'engourdissement général, caractéristique de cette crise : tout changement, toute émotion et particulièrement l'excitation génitale chez Kl..., relèvent plus ou moins définitivement le niveau mental et « dès qu'on se sent plus fort, remarque la malade elle-même, les idées s'en vont ». Comme il arrive quelquefois, les règles la guérissent momentanément par la petite excitation quelles déterminent, mais il y a rechute grave le lendemain de la fin des règles, c'est toujours l'état général de la tension nerveuse qui est capital.
Dans le traitement de cette malade nous voulons vous signaler un phénomène bizarre que nous n'avons nettement observé que deux ou trois fois. Kl... arrive assez facilement à devenir suggestible et hypnotisable ; on utilise cette disposition pour remonter son niveau mental et détruire l'obsession et l'on réussit ainsi beaucoup plus facilement que chez d'autres malades non hypnotisables. Mais à mesure que l'obsession et l'état psychasthénique disparaissent, elle présente des symptômes inattendus : la voici qui devient nettement anesthésique du côté droit et qui a des phénomènes de contracture. Elle prétend qu'elle a été ainsi autrefois, ce serait en somme un état mental hystéricpie qui alterne avec le précédent, qui remplace l'état mental psychasthénique'. Ce rapprochement de la maladie de Kl..., des formes ordinaires de l'hystérie montre en tout cas qu'il s'agit de troubles mentaux beaucoup plus faciles à modifier et d'un état plus facilement curable. En effet, un premier traitement a déterminé la guérison pour plus de six mois et quoiqu'il y ait maintenant une rechute, nous espérons parvenir rapidement à la débarrasser de son obsession.
OesERVATioN 2 12. — Délire rétrospectif, obsession de remords. Antécédents héréditaires, obsessions amoureuses, début de systématisation.
L'histoire de ce malade, New..., âgé de 3o ans, serait assez
I. L'un de nous a déjà signalé un fait analogue dans l'observation d'une malade aboulique et obsédée traitée par la suggestion hypnotique, Marcelle (Névroses el idées fixes), 1898, I, p. 58. C'est un phénomène assez rare dont l'étude est intéressante pour expliquer les rapports entre l'état mental psychasthénique et l'état mental hystérique.
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banale si elle ne retenait l'attention par un petit détail. Ce jeune homme obsédé présente du délire rétrospectif. Vous savez ce que signifie ce mot : certains malades ne se bornent pas à transformer par leurs rêves les perceptions présentes et à comprendre les choses actuelles autrement qu'elles ne sont. Ils cherchent également à interpréter leurs souvenirs. Ils les arrangent et les transforment suivant leurs conceptions actuelles. Ce qui fait qu'ils présentent de leur vie passée un tableau tout à fait arbitraire, le délire se reporte en arrière : il est rétrospectif. Ce caractère est surtout bien connu dans le délire de persécution : des malades qui n'ont jamais pensé aux persécutions avant l'âge de quarante ans vous soutiennent maintenant qu'ils ont été persécutés dès l'âge de dix ans et interprètent dans ce sens tout ce qui s'est passé dans leur enfance. Ce fait n'est pas propre au délire de Lasègue. Il appartient h tous les délires systématisés quand les malades coordonnent leurs pensées délirantes autour d'un centre; il peut exister dans toutes les idées fixes, à la condition qu'il y ait une tendance à la systématisation, ce qui indique toujours un pronostic plus grave.
Ce garçon, d'un famille très suspecte (père alcoolique, oncle suicidé, mère obsessions mélancoliques), le seul survivant de huit garçons, les autres étant morts très jeunes) a toujours été un déséquilibré, méticuleux, scrupuleux, obsédé pour un rien. Il a eu surtout deux périodes de passion amoureuse à forme de véritable obsession, ce qui ne l'a pas empêché d'être un ouvrier sculpteur très intelligent et de réussir fort bien. Depuis l'année dernière, il s'est mis en tête une idée absurde qui s'est développée à propos de quelque racontar d'atelier. Il croit qu'on l'accuse d'avoir des mœurs inavouables et qu'on lui jette à la tête toutes sortes de mots grossiers. C'est h ce propos qu'il examine sa vie, qu'il évoque de vieux souvenirs de son séjour à l'école chez les Frères. Toutes les complaisances qu'on a eues pour. lui, toutes les affections que ses maîtres ont pu lui témoigner, il les traduit à sa manière en s'imaginant qu'on a abusé de lui.
Il y a là évidemment une certaine systématisation dans un délire qui se rapproche de la persécution. 11 ne s'agit d'ailleurs pas de délire complet, car le malade doute encore de la réalité de cette persécution dirigée contre lui. La systématisation, ce qui est assez curieux, se surajoute ici à une simple obsession. Espérons, vu son caractère antérieur, qu'il changera cette obses