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I. Legrand du Saulle, Folie du doute, p. Sg

UMTE CLINIOI!-: DES AGITATIONS FORCÉES 2t.")

avant d'avoir ses crises cl agitation, ses terreurs devant les églises, les cabinets ou les bouteilles, Ul... a eu des scrupules, des ruminations sur le bien et le mal avant d'être un agoraphobe. On pourrait tout aussi bien énumérer des malades qui ont suivi Tordre inverse : De. .. avait des pbobies génitales, puis elle s est mise à s'interroger sur la façon dont elle était laite, sur l'amour, etc., etc., Nem... a eu longtemps la phobie des couteaux, des fourchettes puis elle a commencé un délire d'interrogation sur la façon cK)nt les hommes sont faits, sur la nature du monde. Un grand nombre ont commencé par avoir des tics puis ont évolué vers les doutes et les phobies, Xu... (112), guérie de ses tics par un traitement sévère, commence les manies d'yiterrogation ; la marche inverse se rencontre également. Ces évolutions diverses sont à discuter au point de vue du pronostic, il suffit de remarquer ici quelles existent toutes.

Il faut observer en second lieu que ces divers phénomènes se remplacent les uns les autres avec la plus grande facilité, soit spontanément au cours de la maladie, soit artificiellement quand, au cours du traitement, on cherche à supprimer une de ces agitations. Tous les auteurs ont remarqué que la résistance ii la manie mentale amène l'angoisse. Si le malade s'efforce de ne pas vérifier, de ne pas recommencer, de ne pas compenser, de ne pas expier, il a des sufiocations et des palpitations cardiaques : au contraire il se calme si on le laisse donner libre cours à ses besoins de rumination. .lean a donné la main à sa mère, il a l'idée de compenser en touchant la main d'un homme, s'il cède et s'il arrive à serrer la main d'un homme, il est sans doute mécontent parce qu'il fait une absurdité, mais il ne souffre pas. Si cebesoiii surgit le soir quand il est seul avec sa mère et si par conséquent il ne peut pas satisfaire sa manie, il a des angoisses une partie de la nuit et une grande agitation motrice. Si Pn... ne répète pas sa phrase : « Allons dîner, etc. » il est angoissé et sa femme aime mieux « l'entendre dire ses bêtises plutôt que de le voir suffoquer ». Dans biens des cas, les tics, les agitations motrices, les masturbations mêmes viennent à la place de ruminations que l'on veut supprimer et inversement.

Enfin jil ne faut pas oublier lés sujets comme Jean qui semblent avoir eu, presque tout le temps, des tics, des ruminations et des phobies de toute espèce. Chez- les malades sérieusement atteints on trouve souvent ces divers symptômes qui évoluent

côte h cAte et il est facile de remarquer que clans les études précédentes les mêmes malades sont cités à propos de diverses a<jitations forcées.

Je ne crois donc pas que, au point de vue clinique, on puisse admettre une séparation complète entre ces diverses groupes de symptômes. Leur union est encore vérifiée par l'identité protonde des caractères psychologiques que l'on observe dans les uns et dans les autres.

Après cette longue analyse il faut essayer de dégager les caractères psychologiques qui se retrouvent d'une manière générale dans ces ruminations, dans ces agitations motrices et dans ces angoisses. Je ne recherche pas encore leur interprétation, je voudrais seulement ramener à quelques faits simples cette diversité énorme de manifestations dans laquelle on sent tant de confusion.

I , — Les périodes de crise.

Ces singuliers phénomènes moraux ne semblent pas au premier abord, au moins chez la plupart des malades, être continuels, ils se présentent par crises plus ou moins fréquentes et plus ou moins longues. C'est là un caractère essentiel qu'il faut placer au premier rang.

Ce caractère est incontestable pour les agitations et les phobies avec angoisses viscérales, il est bien évident que Nadia ne bouscule pas les meubles toute la journée et que Claire ne fait pas continuellement des efforts et des contorsions ; il y a des périodes d'agitations et des périodes de repos au moins relatif. Quand nous avons pris le graphique de la respiration de Sy..., nous avons mis en opposition sa respiration pendant la période de suffocation et sa respiration pendant la période de calme. Pour ces deux catégories de phénomènes les crises sont donc bien marquées.

Ce caractère peut sembler un peu moins net quand il s'agit des ruminations mentales. Chez beaucoup de sujets les phénomènos se

prolongent d'une manière à peu près indéfinie : c'est le cas d'ailleurs de la plupart des grands malades. Lise prétend qu'elle ne sort plus jamais de la rumination qui accompagne" perpétuellement toutes les actions de sa vie. A côté de l'action réelle, par exemple, pendant qu'elle lait travailler ses enfants, ou même ;V côté de la pensée réelle, pondant qu'elle cherche à lire et à comprendre un livre, il y a toujours un énorme travail imaginaire qui porte sur des scrupules, des hésitations, des pactes, des préoccupations de la vie future, des réponses, des formules de conjuration comme 4, 3, 2, et cela ne cesse à peu près jamais. Dans les périodes de bonne santé relative la rumination s'éloigne et voilà tout; elle paraît plus lointaine « cela devient implicite, comme disait Jean ». Mais la malade a toujours la conscience vague que ce travail continue à se faire dans sa tête : « même quand je vais bien, dit Gisèle, il y a toujours dans ma tête un petit ronchonnement. »

Mais il n'en est ainsi que chez de grands malades un peu exceptionnels. Beaucoup de scrupuleux, surtout au début de la maladie n'ont que des ruminations courtes, quelquefois d'une dizaine de minutes à peine. Dans la plupart des cas, chez Lod..., Nadia, Zei..., Zo..., par exemple, les ruminations se prolongent d'une manière grave pendant une heure ou deux, puis s'apaisent plus ou moins complètement, Wo... sent très bien qu'elle a des crises de calcul ou de perfectionnement de ses prières; elle peutmême reculer une crise, la remettre à plus tard et la reprendre pour la liquider.

Même chez les sujets qui semblent avoir la rumination continuelle, il y a visijjlement des exacerbations momentanées qui les forcent à rester immobiles, la tête tombant sur leurs srenoux, puis des diminutions pendant lesquelles le « petit ronchonnement » ne les empêche pas de vaquer à peu près à leurs occupations. Il semble que chez eux les crises se mêlent l'une avec l'autre, que la première n'a pas le temps de se terminer complètement avant que la deuxième ne commence. Les tics eux-mêmes ne sont continuels qu'en apparence. Non seulement ils disparaissent pendant le sommeil, mais pendant de longues périodes de la journée, surtout quand le sujet est seul et qu'on ne lui demande rien, ils existent à peine.

En un mot aucune de ces agitations forcées ne constitue un état permanent stable du sujet, elles se développent par crises en rapport avec certaines occasions.

a. — Le pn'ml de départ des crises.

Mais quelles sont ces occasions qui servent Je point de départ à la crise : on ne saurait trop y insister, car c'est là un des points essentiels qu'il est nécessaire de bien constater avant de chercher il l'interpréter. Je ne cherche pas en ce moment les conditions physiques du morales qui déterminent le début de la maladie ou le début d'une période d'aggravation pendant laquelle les crises sont plus fréquentes, je cherche seulement les faits qui sont l'occasion à propos de laquelle paraissent se développer les crises d'agitation forcée.

1° Dans un premier groupe de cas la réponse est parfaitement simple. Ces Crises commencent toujours à l'occasion d'une action volojitaire. Il suffit de passer en revue tous les exemples que j'ai cités pour voir que dans un grand nombre c'est le début d'un acte, c'est le désir d'accomplir un acte qui amène les agitations et les angoisses. La crise d'agitation de Nadia débute quand elle essaye de me jouer un morceau de piano, les crises d'efforts de Claire se développent quand elle veut faire ses prières, se metti'e à table ou simplement aller aux cabinets. Tout un groupe de phobies, celles que j'ai appelées phobies des objets, ne sont en somme que des phobies d'actes. Je crois que la première désignation de ces phénomènes sous le nom de « délire du contact » a été tout à fait fâcheuse et qu'elle a entraîné les observateurs dans une voie fausse. Ce mot semble indiquer que le contact et l'objet sont ici importants et on a imaginé autant de phobies que d'objets. L'objet n'est ici à mon avis qu'une occasion, ainsi que le contact, parce que l'on n'agit pas sans toucher à des objets, mais l'essentiel c'est l'acte. La malade de Legrand du Saulle qui a la phobie des o])jets qui servent à écrire a en réalité sa crise de phobie quand elle veut écrire. Mrc... a l'angoisse quand il fabrique oj^i veut fabriquer des couteaux pointus, Ger... (juand elle veut ranger ces vêtements, Pr... quand elle veut se j)nrger. Jean a des tics, ou des rumiiuUions ou des angoisses qiiajul il veut voyager, envoyer une lettre, se moucher, se raser, se laver, traverser une place.

11 y a certaines catégories d'actes qui donnent souvent naissance à des phobies, ce sont les actes professionnels. On voit que, Lch... (78), télégraphiste, a peur du télégraphe, du bureau de

poste. Va-t-on dire que la phobie se développe parce qu'il voit, qu'il touche un appareil télégraphique ? Non, c'est quand il veut reprendre son métier : ce qui le prouve c'est qu'on a beau modifier ses fonctions, on no le guérit pas. Comme le médecin avait parlé de « maladie du contact » on ne lui fit plus toucher l'appareil télégraphique, on le fit écrire, recopier des bandes, il prit la phobie des bandes ; on voulut l'employer à tenir des registres, il prit la phobie des registres, du bureau de poste, etc. C'est l'acte professionnel qui est le point de départ esseritiel.

Un autre groupe important de phobies, que j'ai désignées so'us le nom d'algies, de phobies du corps, donne lieu à des remarques analogues : ce sont des actes du corps, des fonctions corporelles, qui provoquent l'angoisse. Remuer un membre, remuer le petit doigt, marcher surtout dans beaucoup de basophobies et même d'agoraphobies, mangei-, déglutir comme on Ta vu chez tous les phobiques de la déglutition,, digérer, uriner, exercer les fonctions génitales, aller à la selle, etc., voilà les fonctions et les actes qui jouent le rôle essentiel. Quand il s'agit des dyscsthésies des sens, c'est l'acte de flairer, l'acte d'écouter, l'acte de regarder qui est le point de départ de la crise.

Il en est de môme pour les tics, le sourire obsédant survient quand il faut entrer dans un salon, parler à une personne peu connue, faire en un mot un acte difïîcile. Les tics avec coprolalie ne surviennent chez Qi... que si elle doit se lever de sa chaise et parler à quelqu'un ; c'est quand elle vient à l'hôpital me demander des bons de douche qu'elle est forcée de crier « Salaud, tu me fais ch... ». Les tics de Lod..., qui fait claquer les doigts, qui ferme le poing en pensant à Dieu commencent quand elle doit s'installer au piano. Un grand nombre de tiqueurs ne font leurs grimaces comme Ul... qu'au moment où ils doivent s'adresser à quelqu'un, Ul... a commencé ses tics quand elle devait « voir des dames pour chercher une place... », elle les a maintenant quancL elle doit entrer dans un omnibus.

On peut faire la même remarque à propos des ruminations, ce sont les actes qui les piovoquént le plus souvent. On vient de voir la ruminalion de Ger... commencer quand elle veut descendre chercher du bouillon pour le diner. Jean commence à ruminer (juand il veut monter en oninibus, quand il veut s'asseoir à table, se laver, uriner, etc., Lise, quand elle veut écrire une lettre, dicter un devoir à ses enfants. Fi..., un notaire de ^8 ans, quand

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il doit signer un acte, hésite et se met h ruminer. C'est le cas le plus général et le plus simple : on ne saurait assez insister sur son importance, car il nous l'ait prévoir qu'il s'agit d'une maladie (le la volonté et nous y reviendrons quand nous discuterons les phénomènes d'aboulie si impoitants dans cette maladie.

Pour avoir cet ell'et, pour tlevenir ainsi le point de départ de la crise, il faut que' l'acte Soit volontaire ; une action involontaire, automatique, exécutée par distraction n'a aucunement cet effet. Cela est bien naturel, car autrement les malades ne pourraient jalïiais bouger : ils remuent cependant et ils accomplissent line foule d'actions qui n'amènent aucun trouble moral parce qu'elles ne les préoccupent pas. Legrand du Saulle remarquait déjà que « si le malade est très préoccupé et s'il a l'esprit tendu il traverse la place sans ressentir quoi que ce soit' ». Lise se met à table et mange avec une parfaite indifférence, elle s'habille et tait des visites sans aucun trouble ; Bu... travaille à son métiei*''habituel sans avoir de phobies; Jean lui-même peut avoir l'esprit tranquille au milieu des actions les plus graves pour lui s'il est distrait ; quand il va diner en ville, il donne la main à des dames sans faire de ruminations. Le fait essentiel c'est donc que l'action soit volontaire, c'est-à-dire qu'elle soit nouvelle dans une certaine mesure et que le sujet essaye de la rattacher à toute sa personnalité.

Il ne faut pas oublier ^qu'il peut s'agir d'actions négatives aussi bien que de positives : prendre la résolution de ne pas faire une action, refuser définitivement quelque chose sera l'occasion de l'angoisse et de la rumination aussi bien que l'effort pour faire l'action ou pour accepter la proposition. On se souvient qu'un

D-rand nombre des ruminations ont commencé à l'occasion de la

pensée d'un acte criminel ou désagréable que le sujet voulait repousser. Ici encore la même remarque trouve sa place, si c'est par distraction que le malade s'écarte d'une situation dangereuse, il n'y aura pas de rumination. Claire me répète qu'elle ne peut rien faire pour soigner sa santé, que si elle veut éviter de se mettre dans un courant d'air, elle va immédiatement discuter indéfiniment; au même moment je remarque qu'elle s'est rassise et qu'elle refuse de sortir parce qu'elle a vu qu'il pleuvait. C'est toujours l'acte volontaire sous sa forme positive ou négative qui joue le rôle principal.

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