‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 108 sur 380 · I. Legrand du Saullp, Agoraphobie, p. 6a · texte numérisé non relu

I. Legrand du Saullp, Agoraphobie, p. 6a

2* Le deuxième phénomène qui joue un rôle prépondérant comme point de départ de ces crises, c'est \ attention. En effet, 4es agitations motrices, les i^uminations, les angoisses commencent aussi dans d'autres circonstances quand il s'agit simplement d'idées et non pas d'actes. Je remarque alors que ces idées prorocatrices demandaient pour être comprises un certain effort d'attention ou bien étaient proposées à l'acceptation ou à la croyance. C'est l'effort pour faire attention et surtout l'effort pour croire ou pour nier comme tout à l'heure l'effort pour agir qui semble être la cause de ce singulier travail mental.

Une fillette de i5 ans, Ho..., est forcé^de faire ses tics « quand commence la classe à l'école » elle se secoue, se met les doigts dans le nez, ronge ses ongles, frotte son ventre, pense à ses poils au pubis « parce que la dictée est difficile ». On peut observer le fait chez un grand nombre d'enfants et la maîtresse d'école Lkb... n'échappe pas à la loi. Elle est très tranquille pendant les récréations; elle cligne des yeux et secoue son épaule quand il faut recommencer la classe et surtout « quand il faut faire la leçon aux grandes, ce qui demande plus d'attention. » Renée a ses tics quand elle veut lire un livre et le... est « invinciblement poussé à marcher indéfiniment quand il se met à sa table de travail pour écrire ses devoirs. » Le fait est banal et se vérifie très facilement.

Tout un groupe d'angoisses peut être désigné sous le nom de phobies des idées. Elles naissent à propos de l'effort d'attention pour adopter ou repousser certaines croyances. Essayer de se faire une opinion sur la religion, sur Dieu, sur le démon, sur l'enfer, voilà ce qui détermine les angoisses de Lise et de biçn d'autres. Ki... a des angoisses quand il essaye de faire attention à la causalité ou à une idée philosophique quelconque.

L'attention portant sur des idées morales sur le devoir, le mensonge, le crime, rend tous ces malades anxieux. Mais il n'est pas nécessaire qu'il s'agisse d'idée morale capable de rappeler leurs obsessions de scrupule. Une attention quelconque, sur une lettre, sur un journal détermine des phobies et des ruminations chez Za... ; Jean redoute « toute application d'esprit » qui amène des palpitations de cœur. Le fait négatif a la même valeur que le fait positif: un effort pour nier une histoire absurde suffit pour ramener toutes les ruminations de Lise.

Enfî^n il faut encore ici faire la même remarque que précédem- I ment, il ne s'agit pas d'une idée, d'une croyance quelconque

2o2 LES AGITATIONS FORCEES

-.u'issant sur notre coiuliillc presque ii notre insu, il s'agit d'une croyance volontaire et attentive. Cha... ne se pose pas de questions quand il enseigne la musique. Claire a beau alRrmer qu'elle ne peut croire, à rien, il est évident cependant qu'elle est convaincue d'une foulede choses: elle croit qu'il l'ait jour, que j'habite à Paris, qu'elle parle français, etc. Toutes ces croyances sont impli- (luées dans le simple fait de m'écrire une l,ettre, mais elle n'y fait pas altcnlion, et ces croyances ne la troublent pas. C'est en somme l'acte d attention amenant l'acceptation ou la négation qui a une influence tout naturellement analogue à celle de la volonté.

H" Un autre phénomène peut devenir le point de départ de certaines ruminations ou de certaines phobies, c'est l'émotion ou du moins un certain genre d'émotion.

Legrand du Saulle ' cite ce fait curieux: « dès qu'il faisait une tentative de coït, ses pensées surgissaient aussitôt avec la plus g ande intensité et glaçaient toute disposition à la rigidité pénienne. » Cette observation intéressante est tout à fait banale : je ne puis, on le comprend, raconter en détail les singulières confessions que m'ont faites un grand nombre de ces malades à propos de leurs émotions génitales. Mais je puis relever ce fait principal : l'émotion génitale est très souvent le point de départ des ruminations, des tics et des angoisses. Les malades ont le désir, ils se sentent plus ou moins excités, et à ce moment commencent des agitations, des angoisses ou d'interminables ruminations mentales. C'est aussi l'instant où plusieurs d'entre eux sont saisis par un invincible besoin d'uiiner ou d aller à la selle ou commencent leurs tics.

11 en est de môme pour la douleur plivsKpie ou morale. Lise a une très singulière manière de ressentir les douleurs de l'accouchement. C'est il ce moment que son es[>iil est envahi au suprême degré pai- les manies du serment, des pactes, par des ruminations interminables et odieuses. Les doubmrs morales ont le môme

eiï'wt. (c Lajoieou la peine, dit Mm me font [x-rdie l'équilibre et

me l'ont retomber dans mes rêveries ;) . « L<\s situations lugubres, dit .lean, me donnent des agitations et des crises de Ion rire. »

La colère^ chez Lise, est aussi le point de départ d(^ ruminations el elle r('(h)ute même ;i ce [)r()pos le plaisii' esthétique.

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