‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 109 sur 380 · LES CRISES D'A'GITAÎION FORCÉE 2S · texte numérisé non relu

LES CRISES D'A'GITAÎION FORCÉE 2S

« Quand je jouais du piano, j'y prenais. plaisir, je m'y donnais, je m'emballais, cela me faisait perdre l'équilibre, me faisait retomber dans toutes mes pensées c'est pourquoi je me suis mise ii jouer toujours froidement. » Il est singulier de constater que ce détail se retrouve mot à mot daus l'observation d'un autre malade Lod..., c'est au moment oii l'émotion artistique va parvenir à son comble, va déterminer une jouissance, que se déclanchent ses absurdes raisonnements. De même une petite émotion qui commence détermine chez Gr... les crises d'agitation et les besoins de marcher pendant plusieurs heures. Chez un bien grand nombre de malades comme chez Renée, Qi..., etc., on détermine une crise de tics en fermant brusquement une porte, en déterminant chez eux le début d une surprise ou d,une peur.

Je crois que tout un groupe de phobies rentrent dans ce cas, celles qui sont déterminées par la perception d'une situation, par un sentiment et dont le type est l'agoraphobie. Les ponts, les grandes places, les grandes rues font naître chez bien des personnes une petite, émotion déterminée, en rapport avec le sentiment de la grandeur, de l'espace, de l'isolement et c'est cette petite émotion qui déclanche les grands phénomènes de la rumination et de l'angoisse. J'ai vu à ce propos un cas d'agoraphobie bien curieux que l'on pourrait appeler 1 agorapho])ie admirative. Qs... ne peut se promener au Trocadéro, « la vue de tant de maisons l'excite, il lui semble que c'est beau, grandiose, étonnant. C'est au début un sentiment agréable d'admiration, puis cela change. Je suis forcé de me demander comment pourrais-je faire moi-même pour bâtir tant de maisons, comment les hommes ont-ils pu amener tant de pierres ? puis mes genoux tremblent, ma poitrine se serre, mon cœur bat, j'étoufle et je me sauve pour rentrer ». D'autres phobies débutent quand le malade est en public devant des hommes, parce que alors se développe l'émotion de la timidité qui est suivie par 1 angoisse, chez Ul..., Lkb..., Meu..., par exemple. Enfin dans certains cas la situation •doit naturellement faire naitre chez tout homme de la peur et c'est cette peur (|ui est suivie soit de l'umination, soit d'angoisse. Il v a là tout un rôle curieux de l'émotion qui ne nous parait guère connu et sur lequel il laudra revenir ; pour le moment nous signalons seulement ce fait que les crises d'agitation forcée débutent à propos des émotions, comme à propos des actes et des ;il!eiilioiis.

2tt4 LES AGITATIONS FORGÉES

4** Enfin je signale avec plus d'hésitation et à titre de curiosité une autre occasion de ces crises que j'ai observée plusieurs fois d'une manière incomplète et une seule fois d'une manière tout à fait nette. Dn... (/Iq), femme de 3o ans, qui a toujours été une scrupuleuse, a eu des crises d'agitation et d'angoisse à propos de plusieurs des causes précédantes, surtout à propos des actes. Voici maintenant à quel propos ces mêmes crises se développent. Elle se couche pour s'endormir et commence à s'assoupir : tant que l'assoupissement est léger, tout va bien, elle reste tranquille dans son lit. Mais le sommeil va devenir profond; à ce moment elle se réveille subitement avec une énorme angoisse, elle se sent étouffer et ne peut s'empêcher de crier. La malade ne perd aucunement connaissance, elle voudrait ne pas crier pour ne pas réveiller ses compagnes, mais sa résistance est inutile et ne provoque qu'une lutte plus douloureuse.

Il huit qiiVlle hurle et se contorsionne de mille manières, c'est à la lois une crise d'angoisse et une crise d'agitation motrice comme celle de Nadia. Au bout de cinq à dix minutes tout se calme et la malade essaye de se rendormir, car elle en éprouve un grand besoin ; de nouveau elle reste calme dans l'assoupissement léger puis dès que le sommeil devient un peu plus profond la crise recommence. Il n'y a pas ici d'idée fixe relative au sommeil qui explique ce réveil par un rêve comme dans l'observation de Zy...* et il n'est pas question d'hystérie. C'est un phénomène analogue h toutes les crises précédentes, il se développe seulement dans des circonstances singulières à propos du début du sommeil protond. Ce lait se rapproche de certaines observations déjà signalées dans lesquelles l'agitation forcée commençait à propos d'un début d'une fonction phvsiologi([ue, à propos de la déglutition ou de la digestion par exemple.

En résumé j.e constate que ces crises d'agitations forcées, qu'il s'agisse de tics, d'excitations, de ruminations ou d'angoisses, commencentpresque toujours à propos de l'un ou de l'autre de ces quatre phénomènes principaux, l'acte volontaire, l'attention, l'émotion, l'effort pour s'endormir profondément. Nous pourrons dorénavant désigner ces phénomènes provocateurs sous le nom de /^Aenomcnes primaires, tandis que les agitations forcées qui viennent à la suite seront considérées comme des phénomènes secondaires.

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