‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 114 sur 380 · CHAPITRE III LES STIGMATES PSYGHASTHÉNIQUES · texte numérisé non relu

CHAPITRE III LES STIGMATES PSYGHASTHÉNIQUES

Les premiers auteurs qui ont décrit des obsessions ont été surtout frappés de ce fait que les malades ne déliraient pas à proprement parler. Ceux-ci n'arrivaient jamais à être convaincus de leurs idées délirantes, ils luttaient contre elles et se montraient les premiers à les déclarer fausses et ridicules. Devant ces déclarations les observateurs concluaient h la lucidité de l'esprit et à l'intégrité des fonctions psychologiques. Legrand du Saulle allait jusqu'à dire que l'intelligence restait parfaite et la liberté morale intacte pendant la crise. La conservation de la conscience, et par ce mot on entendait l'intégrité des fonctions psychologiques aussi bien que l'appréciation exacte de la valeur des idées, était devenue un des caractères classiques de la crise d'obsession, à plus forte raison personne ne songeait à soupçonner des troubles de ces fonctions psychologiques dans l'intervalle des crises.

M. Séglas, l'un des premiers, je crois, a mis en doute cette fameuse conservation de la conscience : « Est-il bien juste de dire, remarque-t-il, que la conservation de la conscience soit toujours complète chez l'obsédé, avant, pendant et après les paroxysmes* ? « Cet auteur ne croit pas que, surtout pendant la crise, les obsédés aient « la notion complète de tous les éléments constituant à ce moment leur personnalité. La synthèse secondaire obnubile et même.efface la conscience principale. » Aussi admettait-il que pendant la crise il y avait des altérations des diverses fonctions psychologiques, quoiqu'elles ne fussent pas directement engagées dans l'obsession elle-même.

Si l'on veut bien y réfléchir, ces troubles psychologiques pendant la crise d'obsession, et j'ajouterai même en dehors de la

I. J. Séglas, Leçons sur les maladies mentales et nerveuses. 1^95, p. ii8.

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crise, sont infiniment vraisemblables. Est-il possible que des pensées absurdes, des manies inutiles et ridicules, dos craintes injustifiées viennent remplir un esprit pendant plusieurs heures s'il est parfaitement sain et capable de leur résister. Cela est tout à fait contraire à tout ce que nous savons déjà sur la suggestion et sur les idées fixes des hystériques. Les phénomènes ne sont sans doute pas absolument comparables, mais il y a une analogie suffi-sante pour que nous supposions chez les obsédés comme chez les hystériques une certaine insuffisance de résistance qui permette ce développement parasitaire. Bien plus, toutes ces manies sont au fond de mauvaises habitudes, elles oixt dû naître et grandir avant de constituer ces crises et par conséquent même avant \c% crises, même dans leur intervalle, l'esprit qui a favorisé un pareil développement ne devait pas être bien normal. En un mot il serait très important, pour mieux comprendre les obsessions, de savoir sur quel terrain elles se développent et de constater les altérations fondamentales des fonctions psychologiques qui en ont probablement été le point de départ.

Ce sont des modifications dans le fonctionnement des opérations psvchologiques indépendamment de l'obsession et des opérations forcées que je désigne sous le nom de stigmates psrchastJicniques, analogues à ces « stigmates psychiques des tiqueurs » dont parlait déjà Charcot quand il concevait bien la nécessité de leur étude'.

Malheureusement l'étude de ces stigmates psychasthéniquos est encore plus difficile à faire que celle des stigmates hvstériques. On sait quelle difficulté apporte à l'étude des hystériques leur suggestibilité ; il est toujours très difficile, surtout si l'on veut faire des expériences, de savoir ce qui est un trouble psychologique fondamental et ce qui a été ajouté par des suggestions maladroites. Ici, les obsessions et les manies mentales des sujets apportent des difficultés encore plus grandes. Beaucoup de ces malades sont disposés à croire que leurs facultés sont altérées, soit en vertu d'obsessions de honte, soit en vertu d'obsessions hypocondriaques, peut-on croire à leurs appréciations d'eux-mêmes? Par exemple, est-il possible de se faire une idée exacte de l'état mental de Claire en l'interrogeant sur ses propres facultés? Elle a

i. Charcot, Leçons du mardi, II, i6.

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