I. — Sentiment de difficulté
Pour apprécier la variété de ces sentiments il faut suivre l'acte volontaire depuis son début et voir la suite des sentiments engendrés dans l'esprit du malade. Ces personnes éprouvent d'avance des sentiments pénibles à la. pensée qu'il faudra agir, ils redoutent l'action par-dessus tout. Leur rêve, comme ils le disent tous, serait une vie on il n'y aurait plus rien à faire. « Je voudrais
disait Fa... (169), une chose malheureusement bien difficile, je voudrais pouvoir faire toutes les actions à la fois, une fois pour toutes et ne plus avoir jamais rien à faire... ce désir d'en avoir fini me donne quelquefois du courage, je me hâte de finir pour qu'on ne me parle plus de faiie quelque chose. »
Cette horreur de l'action volontaire se rattache à un sentiment exagéré de la difficulté de l'acte, le sentiment de l'effort et surtout la prévision de l'etFort qui existe chez tout homme à la pensée d'un acte devient ici énorme. « Pas une seule chose, répèle .lean avec désespoir, qui ne présente d'énormes difficultés, dès qu'il s'agit de la faire. » « Il y a là, me dit Fz... (69), des résolutions à prendre, il faudrait répondre à une lettre, il faudrait pour cela [)enser à ce que je dois écrire, avoir la conception de l'aftaire. Oh. je suis épuisé rien que de songer à tout cela, cela va faire marcher l'orchestre dans ma tête, non il vaut mieux ne pas y songer pour le moment. »
« Je me demande, dit Nadia, comment je puis arriver à faire quelquefois des choses comme tout le monde. C'est tellement difficile, j'en suis tout à fait découragée d'avance. Je crois que j'ai de la volonté au fond, si je ne fais pas ce que vous voulez, c'est qu'il y a des difficultés épouvantaljles qui m'enlèvent toute mon énergie. » Il est bon de remarquer que ces paroles ne s'appliquent aucunement à des actions en rapport avec les idées obsédantes de la malade et que je ne lui demandais ni de manger ni de sortir ; il s'agissait simplement de commencer une tapisserie pour avoir une petite occupation.
Une de ces difficultés qui arrêtent le sujet c'est qu'il se représente d'avance son insuccès. Il sent qu'il va faire les choses très mal, d'une façon immorale et ridicule « j'ai une appréhension pour tout ce que je dois entreprendre, il me semble que si je commence je vais faire des horreurs », il est bonde remarquer que ce malade Bu... est simplement un agoraphobe et qu'il ne s agit pas d'actes pouvant éveiller ses phobies. « Je me connais dit Nadia, il suffit qu'il y ait une mauvais action à côté de celle que je veux faire, je ferai la mauvaise... vous voulez que je me remettre à jouer du piano, mais avec mes doigts rouilles je vais très mal jouer, j ennuierai tout le moiule en recommençant, je ne peux pas me décider à jouer si mal que cela, ce serait honteux. »
Un sentiment voisin est le sentiment de \' inulilité de l'action,
LES OBSESSIO.NS. 1. — l8
274 LES STIGMATES PSYCHASTHÈNlQUES
surtout de son peu de valeur lelativement aux efforts qu'elle va coûter. (( Rien ne vaut la peine d'ôtre commencé... A quoi cela sert-il..? Se donner tant de mal pour aboutir à quoi..? Autant vaut se tenir tranquille... »