L'INGOMPLÉTUDÊ DANS LES OPÉRATIONS INTELLECTUELLES
par l'étude des autres sentiments du même genre qui se présentent à propos des perceptions et des émotions.
2. — Sentiments d'incomplétude dans les opérations intellectuelles.
Les crises précédentes de rumination, d'agitation ou d'angoisse commencent à l'occasion d'un travail intellectuel, d'une perception, d'un effort d'attention comme à l'occasion d'un acte volontaire. On retrouve à propos de cette opération intellectuelle les mêmes sentiments que nous avons constatés à propos des actes volontaires.
I. — Sentiments de difficulté des opérations intellectuelles .
Ces malades prétendent d'abord que le travail de l'esprit leur est devenu à peu près impossible, à causes des difficultés qu'il présente et des souffrances qu'il leur cause. Tous se plaignent d'avoir des douleurs dans la tête quand ils veulent appliquer leur esprit ; nous avons vu d'ailleurs que l'attention est très souvent le point de départ des agitations, des ruminations et des angoisses. Aussi Jean a-t-il une grande terreur de l'attention, « qui va lui donner des coups à l'estomac... », il laut des exhortations et des précautions inouïes pour obtenir quelques instants de lecture. Lise également se plaint des fatigues que lui cause la lecture, des difficultés qu'elle éprouve à faire un petit calcul. Beaucoup de sujets comme Vob..., Ck... s'épouvantent et se mettent en colère si on essaye de fixer leur attention ou de leur faire accepter une occupation régulière.
Cette résistance s'explique en partie par le sentiment qu'ils ont de l'insuffisance de leur attention : ils sentent qu'elle ne se fixe pas et n'arrive pas à l'unité. « Quand je tiens une conversation, dit Jui..., je voudrais bien pouvoir penser à ce que je dis. » Lise sent toujours un engourdissement, un état vague, une gêne énorme de la pensée ; elle n'a jamais la disposition de l'esprit tout entier, elle sent qu'elle ne se donne jamais complètement à ce qu'elle fait « ce que je lis, même ce que je regarde, n'est pas bien
î;88 les stigmates PSYCilASTHÈNIQUES
net pour moi, c'est (|iie je pense toujours h autre chose ». Gisèle se llxe plus Facilement sur des idées que sur des objets, cela est à retenir, mais même quand il s'agit des idées abstraites qu'elle jjrélère elle ne peut jamais [)ensei' à une seule idée ;i la lois, « il sullit que je veuille applicjucr mon cerveau pour qu'il brode ». Il en est de même dans l'observation de Vor... (1^7) « qui n'est jamais entièrement à ses additions ». « Je ne puis pas élucider mes idées... je suis comme sous le coup d'un ramollissement... je ne suis pas à ce que vous me dites... je ne suis pas tout entière à l'endroit où est mon corps... » Ce sont des paroles répétées à chaque instant par bien des malades.
Une variante du sentimentprécédent consiste dans le sentiment d'instabilité, le malade sent qu'il quitte tout le temps la chose qu'il considérait. « Je ne m'attache à mes idées qu'une minute, une seconde à peine, je ne puis pas penser de la même laçon et avec la même force deux secondes de suite. » (( Rien n'est fixe, rien n'est stable devant moi parce que je ne puis m'arrêter sur ce point. » M. Duprat^ a beaucoup insisté sur l'importance de ce sentiment d'instabilité et sur le rôle qu'il joue dans la pathogénie de certains troubles mentaux.