‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 124 sur 380 · Sentiments d'intimidation · texte numérisé non relu

Sentiments d'intimidation

Dans les cas extrêmes tous les senliments que je viens de décrire se manifestent à propos de tous les actes quels qu'ils soient Mais il est évident que dans les cas m(tins graves ces sentiments ne surviennent qu'à propos de certains actes et non à propos àa

tous.

Quels sont donc les acles qui ont le singulier privilège de les faire naître? Ce ne sont pas les actions insignifiantes que l'habilude a déjà rendues automatiques ; Claire ne se préoccupe pas de marcher, de manger, de respirer. Les actions pour lesquelles ce senliment s'éveille sont coUes (jul précisément ne sont pas d'ordinaire-automalicjues, celles (pii allirmi rallention. Plus un acte est fait d'«>rdinaire avec attention, plus il est à proprement parler

I. Baron Mourre, rAbouli<'. lirmir philoxophiijae, ii)nC), II, 284.

SENTlMEiNTS D'INGOiVlPLÉTUDE DANS L'ACTION 28S

volontaire, pUisil a chance d'éveiller tous ces sentiments d'insnflisance de la volonté. On comprend donc que ces actes soient variables suivant les sujets, les uns, et ils sont nombreux, sont surtout préoccupés d'actes religieux et le trouble s'éveille au début dans les éfflises. Tout à fait au début Claire ne ressent ce sentiment de dilHculté, ces indécisions, cet automatisme qu'au moment de faire ses prières et de se confesser. Chez' d'autres l'acte grave va être l'acte professionnel : envoyer des dépêches ou rouler des pétales de rose en porcelaine, etc.

Mais il y a une catégorie d'actes qui ont le privilège d'être difficiles et importants pour tout le monde et d'exiger une certaine somme d'attention volontaire, ce sont les actes qui doivent être exécutés en public devant nos semblables. Je ne vois pas dans la. timidité un phénomène spécial, ce n'est âmes yeux qu'un cas de tous les troubles précédents. Aussi nous ne serons pas étonnés que tous ces malades soient des timides, c'est-à-dire qu'ils éprouvent au suprême degré les troubles pr-écédents quand ils doivent accomplir des actes devant des témoins. Mt..., (émme de lii ans, est surtout gênée dans ses actes quand sa femme de chambre est présente, c'est àce moment qu'elle sent son action automatique et ridicule. « .le suis gênée, dit Fie..., quand il y a deux personnes qui me regardent. » Je ressens un effet étrange, dit Ei..., femme de 4 3 ans, quand il y a du monde il me semble que j'agis bêtement, que je ne suis plus libre de faire ce que je fais, je retrouve ma liberté quand je suis seule. « On retrouverait les mêmes sentiments chez Dob..., chez Jean, et surtout chez Nadia. Celle-ci a, comme on l'a vu, un si grand besoin d'affection qu'elle voudrait se montrer aimable avec tout le monde et elle fait plus d'attention que jamais h sa conduite quand elle est avec des personnes à qui elle veut plaire. « Cela me gêne de dire des choses aimables que je voudrais bien dire, je me trouve stupide, je suis tout à fait dégoûtée de moi-même. » Je ne discute pas ici le rôle des phénomènes émotifs dans les phénomènes d'intimidation, je constate seulement que les sentiments d'insuffisance de l'action se montrent souvent dans les mômes circonslances où cette émotion prend naissance.

g. — Sentiments de révolte.

Enfin il ne faut pas oublier que la volonté n'est pas toujours

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active et ne détermine pas uniquement des actes positifs, il y a une volonté négative, celle qui reluse une action et une volonté en quelque sorte passive qui accepte les choses données et les situations telles qu'elles sont. H faul un certain effort pour s'adapter à un événement, pour réorganiser sa vie en tenant compte de ce qui vient d'arrivci'. Eh bien ces deux formes de la volonté donnent naissance exactement "aux mêmes sentiments que la volonté active. Nous pourrions retrouver" les mêmes gênes, les mêmes sentiments de difficulté, d'automatisme, de fatalité quand il s'agit de résister à une impulsion ou à un désir. Mais j'insiste sur la dernière forme qui est plus curieuse. Ces malades ont le sentiment qu'ils n'acceptent jamais les choses, qu'ils sont incapables de se résigner, (c Je ne puis pas comprendre, dit Lise, qu'une chose est impossible et il me semble toujours que je fais des souhaits et même des efforts pour atteindre une chose que je devrais savoir irréalisable, c'est encore à ce moment que j'ai l'idée d'invoquer une puissance mystérieuse qui fera ce que je désire et cela me fait encore penser au démon. » Voici plus de douze ans que Nadia a perdu sa mère, elle se figure toujours que ce malheur est arrivé hier et qu'il ne peut arriver qu'à elle. Elle n'a pas encore accepté que ce soit une chose faite et irréparable. « Voici vingt ans que j'ai perdu ma grand'mère, dit Bal..., et je la pleure comme au premier jour ; je ne pourrai donc jamais prendre mon parti de sa mort et accepter qu'elle soit morte. »

Tous ces divers sentiments qui se présentent à propos de l'action se rattachent tous les uns aux autres. Ils contiennent tous un sentiment fondamental : c'est que l'action est incomplète. Pour les désigner j'ai été obligé de forger un mot et je propose de les appeler des sentiments d'incomplélude. Ce mot est plus juste que le terme « sentiment d'imperfection » qui implique à tort un désir de perfection au-dessus de la moyenne ; il me semble aussi plus juste que le terme « sentiment d'insuffisance », car il ne s'agit pas d'une insuffisance quelconque, il s'agit de l'absence de terminaison définitive et complète. L'idée exprimée par le mot complet me paraît la principale et ce mot devait intervenir dans la désignation de ces sentiments tout particuliers. Le mot « incomplétude » a été employé par bien des malades, il me semble faire image et je crois que son usage va être bien justifié

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