‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 128 sur 380 · Bail. Revue scienlijhjiie, 1882, II", p · texte numérisé non relu

Bail. Revue scienlijhjiie, 1882, II", p

LES OBSESSIONS. I. ig

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singulier, dép^oùtant. » (Brk...) « C'est comme si je voyais les choses pour la première fois... elles ont un aspect étonnant drôle, comme si je ne les avais pas vues depuis très longtemps. » (l)od...) « Depuis que je suis malade, les objets me paraissent plats, sans relief, sales, étranges. » (Pr...), « il me semble que tout est faux, même les objets que je vois. » (Claire) « qandje sors, il me semble que ma rue n'est plus pareille, qu'il y a très longtemps que je ne l'ai vue, c'est comme une ville que je n'ai pas vue depuis très longtemps ». (Qb... i/i) » tout à coup les choses extérieures me font l'effet de devenir drôles, il y a quelque chose qui n'est pas comme de coutume. Je perds la notion de l'exact, c'est comme une déformation de la réalité. » (Gisèle) « toutceque je vois, tout ce que j'entends est comme inconnu, tout à fait étrange, il me semble que je n'ai pas compris, c'est pour cela que je répète en dedans le nom de tous les objets que je vois, c'est pour cela que j'ai besoin de les toucher plusieurs fois ». (Cht...). Vod... en voyant une de ses amies la regarde avec étonnement, elle trouve si drôle que cette amie ait deux trous au milieu de la figure : ce sont les yeux qui lui font cet effet étrange.

M. Dugas a signalé une forme singulière de ce sentiment d'étrangeté. « Dans l^accès de M..., la vision paraît surexcitée, elle devient nette, détaillée et précise, plus exactement elle cesse d'être schématique et abstraite, le malade remarque la forme et la couleur de chaque feuille d'arbre... chaque dos de livre lui apparaît avec sa physionomie propre, son relief et sa teinte caractéristique, la transformation qui s'opère alors dans la vision des choses est marquée par la prédominance du détail sur l'ensemble'.» Dans 'des cas semblables une manie de précision se joint souvent au sentiment d'incomplétiide de la perception. Du moins il me semble qu'il en est ainsi dans le cas suivant assez analologue. « Après le dîner, dit Jean, je suis tourmenté par les couleurs du salon ; elles apparaissent si nettes, si précises sur tous les objets que cela est étrange et gêiiant. Cela m'oblige à chercher une couleur rouge à droite quand mon œil s'est posé sur une couleur rouge à gauche, c'est une fatigue de plus. ».

On peut remarquer à propos de la perception extérieure un autre sentiment voisin du sentiment de l'étrange, le sentiment dedédou-

I. L. Dugas, Un cas de dépersonnalisation, Reoue philosophique, 1898, I, 5o^.

L'INCOMPLETUDE DANS LES OI'KRATIONS INTELLECTUELLES" 291

ùlement Qiui \a joyier nn lôle plus important dans la perception personnelle. Dd..., femme de 24 ans. après une troisième grossesse a le sentiment de ne pas se réveiller bien, de rester comme dans un rêve, elle trouve que tout est étrangère c'est comme si, dit-elle, je voyais tous les objets doubles ». Fva..., femme de 20 ans, a- le même sentiment pendant ses crises d'angoisses, « il me passe un voile devant les yeux et il me semble que je vois double ». Gisèle a des doutes sur ce qu'elle voit et se demande si elle voit double. Il est curieux de remarquer que ce sentiment de diplopie ne correspond pas h un trouble précis objectivement appréciable. Quand on leur demande la place de la seconde image par rapport à la première, en un mot, quand on veut préciser leur diplopie, les malades ne peuvent plus répondre et sdtit oblij^és d'avouer qu'ils ne voient en réalité qu'un seul objet, mais que cela leur procure un sentimentde trouble comme s'ils en voyaient deux.

Aux t'oubles précédents de la perception extérieure j'ajouterai un petit sentiment bizarre sur lequel mon attention a été attirée parce que trois ou quatre malades s'en sont plaints exactement de la même manière, le sentiment de désorientation. Gisèle, en particulier, dit que lorsqu'elle est très mal, elle a une certaine peine à se conduire non seulement dans la ville, mais même dans son appartement, il n'y a plus de coordination entre la place des différents, objets ; les rues, les maisons, les portes et les ftMiêtres de l'appartement semblent avoir perdu leur place relative et la malade se trouve toute désorientée. Ppi,.. me parle tout à f lit de. la même façon ; depuis qu'il est malade il ne s'oriente plus consciemment dans Paris. Il ne perd pas son chemin, car il connaît la ville depuis longtemps, mais c'est en quelque sorte inconsciemment qu'il rentie chez lui : s'il essaye avant de partir de se représenter le chemin, la direction de la place de Passy par rapport au quartier Latin, il ne peut aucunement v parvemr ; il se souvient cependant qu'il faisait très bien cette opération avant d'être malade. Je ne prétends pas que cette désorientation soit un caractère nécessaire des scrupuleux. .lean pousse au contraire à l'extrême le sens de la direction puisqu'il y a certaines directions, auxquelles il ne peut pas tourner le dos sans recevoir des fluides ; mais chez les malades qui ont des troubles nets de la perception ce petit fait s'ajoute aux sentiments de nuage et d'étrange.

Dans certains cas jusqu'à présent assez rares, ce sentiment de

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désorientation peut prendre une forme particulière et plus précise : il peut devenir le sentiment du renversement de l'orientation. Une femme de 29 ans, Wyx..., dont je viens de présenter l'observation à la société^de psychologie ', a toujours été une psychasthénique, disposée aux sentiments d'incomplétude et aux obsessions. Elle vient se plaindre maintenant d'un trouble étrange, c'est qu'elle est perpétuellement à l'envers, c'est que pour elle les objets sont tous perpétuellement à l'envers. Elle a éprouvé ce sentiment pour la première fois à l'âge de 27 ans, quelques semaines après un accouchement et à la suite d'émotions pénibles : en rentrant chez elle, elle prétend avoir senti tout d'un coup « que sa maison, son escalier, sa porte, sa chambre, que tout était à l'envers ». Ce sentiment a persisté pendant un an sans discontinuer ; puis il a disparu à la suite d'un voyage à la campagne dans une région qui lui était inconnue. Il recommence après une interruption de dix-huit mois, également à la suite de fatigues et d'émotions. Cette fois le sentiment paraît moins continu, il disparaît de temps en temps, quand elle marche dans des endroits qui lui sont inconnus, dont elle n'a pas de représentation indépendante de la perception actuelle. Mais, quand elle est rentrée depuis quelque temps dans des endroits connus, il réapparaît subitement en s'accompagnant de grandes angoisses comme le sentiment de déjà-vu, et il persiste alors pendant longtemps des jours ou des semaines.

Si on cherche à analyser ce sentiment pathologique peu connu, on voit que la sensation, la perception des objets et de leur place est absolument correcte, on constate que le trouble n'existe que dans la représentation des objets. C'est cette représentation des objets et de leur place qui ne concorde pas avec la perception et qui^par là même détermine le trouble du sentiment d'orientation. Dans cette représentation la place relative des objets les uns par rapport aux autres n'est aucunement modifiée, le changement ne porte que sur la. localisation de l'ensemble de tous les objets par rapport au corps du sujet. Il faut même préciser, le trouble n'existe que par rapport aune certaine position de son corps, à une certaine direction de sa marche. En un mot les objets ne sont renversés que par rapport à la marche du sujet qui se dirige vers

î. Un cas de reiiversemont de l'orlontalion, Soeiété de psychologie, 10 janvier looG. Journal de psychologie normale et pathologicjue, 1'^'' mars 1907.

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