I. Raymond et Arnaud, Ann. méd. psyaL., 1892, II, 20a
304 LES STIGMATES PSYCIIASTHÉNIQUES
ne peut plus cidiie ce qu'on lui dit., n'a [)lus confiance dans le lanoage do ses parents. Lod... de môme ne croit plus qu'une seule personne, c'est sa sœur, aucune autre ne peut la rassurer sur n'importe quoi. « Je sais bien que l'on a raison, dit Lise, je te sais, mais je ne puis pas être convaincue... » « Je sais que ce que vous me dites est vrai, me répond Gisèle, ma raison me le représente ainsi, mais mon impression persiste... impossible d'être convaincue dans le fond. » « Je veux vous croire, je me répète que je vous crois... juais ce n'est pas ma faute, je ne le sens^ pas... il me reste quelque chose, un doute, un vague, un je ne sais quoi... » (Claire, Fik..., etc.) A tonte autorité, elles opposent le désir d'une autorité plus grande, si le médecin leur parle, elles voudraient le prêtre, et si c'est le prêtre, elles lui reprochent de ne pas être archevêque ou j)ape « et encore si le pape me parlait, je ne le croirais pas, car il se pourrait qu'il m'ait mal comprise et que sa réponse infaillible ne s'applique pas à la question » (Claire), de même que la coniiance est disparue sans raisons, de même des raisons sont tout à fait incapables de la ramener. Si ce défaut de confiance dans les personnes s'exagère et s'isole, comme il arrive chez Simone que je compte étudier dans un autre ouvrage sur la psychologie des persécutés, le doute se rapprochera de la persécution.
Un degré de plus et les malades vont douter de leur propre avenir ou de leur propre santé. L'absence d'espoir, l'avenir sombre qui se présente comme un trou noir est un grand caractère de ces maladies. Am... ne peut rien croire de ce qui arrivera demain et malgré toute évidence ne sait pas où elle sera, si elle sera réellement sortie, si elle saura marcher dans la rue; Simone prend même une terreur folle de l'avenir, elle ne veut même plus y penser et n'essaye pas de se représenter rien au delà de l'instant présent. D'autres douteront du passé et éprouveront le besoin de vérifier leurs souvenirs. « Est-ce bien moi qui ai fait ceci ou cela ? »
Enfin, les malades se mettent à douter du présent, et sentent qu'ils ne sont pas sûrs de ce qu'ils voient. « Depuis longtemps, dit un malade de Legrand du Saulle, j'avais pris l'habitude de me parler à moi-même, pour être sûr que j'étais ici ou là, pour m'en donner des preuves*. » « Je vois bien ceci, dit Ges..., mais au