‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 143 sur 380 · Séglas, j6«W., p. iSi · texte numérisé non relu

Séglas, j6«W., p. iSi

3. Krishaber, De la névropathie cérébro-cardiaque, 1878, obser\'ation 38.

514 LES STIGMATES PSYCHASTHÉNIQUES

dit un autre malade, un ardent désir de revoir mon ancien monde, de j-edevcnir Vancien moi. C'est ce désir qui m'a empêché de me tuer..., j'étais un autre et je haïssais, je méprisais cet-autre ; il m'étais absolument odieux, il est certain que c'était un autre qui avait revêtu ma forme et pris mes fonctions » et Taine ajoutait: « Le sujet ne se reconnaît plus, il trouve toutes ses s'ensatlons changées etil dit « je ne suis pas », plus tard il dira « je suis un autre ». Il semble se trouver dans le monde pour la première fois (sentiment d'étrangeté), il croit que ses actions lui échappent, qu'il assite à ses actions en spectateur'. »

Plus tard ces observations se multiplièrent, je rappelle celle de Bail qui est remarquable : « Au mois de juin 187^, écrit son malade, j'éprouvai à peu près subitement sans aucune douleur ni étourdissement un changement dans la façon de voir, tout me parut drôle, étrange, bien que gardant les mômes formes et les mêmes couleurs (sentiment d'étrangeté de la perception). En décembre 1880 plus de cinq ans après, je me sentis diminuer, disparaître : il ne restait plus de moi que le corps vide. Depuis cette époque ma personnalité est disparue d'une façon complète, et malgré tout ce que je fais pour leprendre ce moi-même échappé, je ne le puis. Tout est devenu de plus en plus étrange autour de moi et maintenant non seulement je ne sais ce que je suis, mais je ne puis me rendre compte de ce qu'on appelle l'existence, la réalité '. »

Ces cas sous leur forme typique sont si étranges qu'ils ont continué à attirer l'attention. Dans un article publié par la Revue philosophique, M. Dugas propose de désigner le phénomène sous le nom de sentiment de dépersonnulisation, il observe que ce sentiment se trouve lié avec un autre phénomène curieux, le « déjà vu », c'est-à-dire que le sentiment de dépersonnalisation s'associe souvent avec la fausse reconnaissance. « Souvent le sujet atteint de fausse reconnaissance avait conscience de devenir autre, il se sentait rester le même en devenant deux. J'écoutais une voix, dit un malade, comme celle d'une personne étrangère, mais en même temps je la reconnaissais comme mienne, ce moi qui parlait me faisait l'effet d'un moi perdu, très ancien et sou-

I. Taine, De VinteUigence, 11, p. /i63-467. 3. liali, Revue ^cieiiiijique . i88S, II, p. 43.

daineiuent retrouvé \ « Cette impression le malade ne l'a pas seulement à propos de sa parole, mais il l'a aussi à propos de ses mouvements, de ses actes et il en arrive à l'aliénation de sa personne, à la dépersonnalistion ^.

J'ai eu l'occasion de rapporter deux observations tout à fait remarquables du même genre, celle de Bei.. . et celle de Ver...'. Les deux malades sont identiques dans les grands traits : à la suite d'émotions ils perdent la conscience d'eux-mêmes, ils continuent cependant à exécuter d'une façon correcte toutes les opérations psychologiques, ils sentent tout, se souviennent de tout, parlent, agissent, d une façon à peu près normale ; mais ils répètent toujours : ce n'est pas moiquisens, c'estcomme si cen'était pasmoiqui parle, qui mange, comme si ce n'était pas moi qui souffre, comme si ce n'était pas moi qui dors. « Bei... voyait clair, entendait bien, sentait correctement, pouvait se mouvoir sans peine, mais elle se cherchait elle-même en ayant l'impression qu'eUe n'était plus là, qu'elle avait disparu, que les choses présentes n'avaient pas de rapport avec sa personnalité. Depuis ce moment elle lépète toujours la même chose : mais où suis-je ? que suis-je devenue? ce n'est pas moi qui mange, ce n'est pas moi qui travaille, je ne me vois pas faire ceci ou cela, il y a quelque chose qui me manque. »

Récemment M. Bernard-Leroy, qui avait déjà publié, à propos de ces faits, une discussion sur laquelle je reviendrai, a présenté au congrès de psychologie un nouveau cas remarquable, tout à 'fait identique aux précédents. Il s'agit d'une femme de /ji ans qui est tombée malade graduellement .à la suite d'émotions vives et prolongées. Elle s'agite continuellement et se livre à l'exécution de mouvements bizarres et compliqués, elle se tâte les mains, les bras, promène les mains sur sa tête et son cou. Elle dégiate même son corsage pour tàter sa poitrine, elle lait claquer ses mâchoires, se tire les cheveux, se tire le pavillon de l'oreille... elle dit qu'elle ne sent plus rien ou du moins ne sent plus rien comme autrefois et que dès lors c'est plus fort qu'elle. (C'est là le phénomène des manies de vérification, des tics, des agitations motrices que nous connaissons chez ces malades.)

« Il faut qu'elle tàte. C'est insensible tout cela, dit-elle en se

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