‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 15 sur 380 · Caractères communs de ces obsessions · texte numérisé non relu

Caractères communs de ces obsessions

En examinant le contenu des obsessions des scrupuleux, c'està-dire seulement le sujet sur lequel portent ces pensées obsédantes, j'ai cru pouvoir les répartir en cinq groupes : les obsessions sacrilèges, les obsessions criminelles, les obsessions de la honte de soi, les obsessions de la honte du corps et les obsessions hypocondriaques. Mais il ne faudrait pas en conclure que ces idées sont tout à fait différentes les unes des autres et que leur réunion chez les malades du même genre peut être attribué au hasard. Il en est ainsi quelquefois chez les hystériques dont les idées fixes très diverses ont peu de points communs, surtout si l'on ne considère que leur contenu. L'un rêve à un incendie, l'autre à la figure de son amant, la troisième est obsédée par le souvenir du goût des navets qu'elle a mangés à la pension, et la quatrième par la peur d'engraisser comme sa mère : les sujets des méditations pathologiques n'ont pas de caractères communs. Chez les scrupuleux au contraires, malgré une assez grande diversité apparente, les sujets des obsessions sont analogues.

On peut assez facilement les rattacher les uns aux autres. Le sacrilège n'est qu'une exagération du crime, la honte de soi est naturellement voisine de la pensée du crime. Il ne faut pas croire que les obsessions corporelles, la honte du corps par exemple, soient isolées. Dans les descriptions d'éreutophobie on note souvent la honte morale qui accompagne l'idée de rougir « la malade rougit ou a l'obsession de rougir, remarque-t- on dans une observation, quand on parle devant elle d'actes indélicats, ou si elle est devant des hommes dont il lui semble qu'elle pourrait être la maîtresse* ». Parmi nos malades, Ul... qui a peur des convulsions du visage a surtout « peur de paraître folle ». L'hypocondrie, comme on vient de le voir, se rattache à la crainte de faire des sottises, elle se rattache aussi à la honte. Gbl..., femme de 36 ans, qui a l'obsession « du rhumatisme dans les mains », ne craint pas seulement la souffrance, elle est « humiliée à la pensée de laisser voir des mains et des pieds qui

1. Boucher, Ervthropliobie. Confjres de médecine mentale. Rouen, août iSyo ; Semaine inédicule, iSyo, p. 292.

02 LES IDÉES OBSÉDANTES ET IMPUI.SIVES

grossissent ». Toutes ces obsessions sont donc voisines les nnos des nulles et il est facile de mettre eu évidence des caractères communs.

1° Il est facile de remarquer que ces idées ne portent pas sur des objets tUi moude extérieur, mais portent toujours sur des actes du sujet. Une hystérique comme Ze... a vu mourir son père, elle a depuis deux ans une obsession terrible qui se présente sous forme d'une hallucination complète : c'est celle de la tête de son père telle qu'elle était sur son lit de mort. Son délire consiste dans la contemplation d'un objet, la tête de son père, sans aucune autre préoccupation. Dans ses attaques, elle hurle : « La tête à papa, la voici encore, elle me regarde, oh ! comme elle est jaune...» elle ne fait que des descriptions. En" est-il de même chez nos scrupuleux ? Beaucoup d'auteurs n'hésitent pas à l'accepter, ils considèrent ces malades sous un aspect particulier, ils accordent toute leur attention à certaines manifestations extérieures du délire plutôt qu'à l'état psychologique inférieur du malade. Ce qui les frappe surtout, c'est que ces malades refusent de toucher certains objets et manifestent des signes d'émotion, des terreurs quand on veut les forcer à faire usage de ces objets. Ce point de vue est mis en évidence par le mot même dont ces auteurs se servent pour désigner ces malades ; plusieurs de ceux que je viens de décrire seraient appelés par eux des phobiques. Ce mot Ae. phobie mettrait en relief chez le malade : i" l'émotion qu'il éprouve et 2° le rapport de cette émotion avec un objet du monde extérieur. Il est clair que cette remarque est en grande partie juste et dans les descriptions précédentes on a déjà relevé bien des cas de phobies, d'abord des phobies vulgaires : Mb..., Vod..., Wks..., Brk..., Vis..., Ger..., etc, ont la phobie des couteaux et surtout des couteaux pointus ; c'est d'aillpurs une manifestation banale qu'on retrouve chez toutes ces mères de famille obsédées par la pensée de tuer leurs enfants; Qei..., Kl..., Gye..., ont la phobie des aiguilles ou des épingles : ce sont là des cas de phobie classique. On en trouverait dans les cas précédents bien d'autres plus curieux : Claire, cette jeune fille qui prétend avoir l'hallucination du membre viril, a la phobie des bouteilles, Lod... a la terreur des crachats par terre sur le trottoir, Jean, le type du scrupuleux génital, a la phobie des voitures et surtout des tramways. Dans les chapitres suivants nous étudierons spé-

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