‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 163 sur 380 · La fatigue · texte numérisé non relu

La fatigue

Dès qu'ils ont fait le moindre effort physique ou moral les psychasthéniques sont épuisés et ressentent un horrible sentiment de fatigue. « C'est un manteau de fatigue qui tombe sur moi »,

3i8 LES STIGMATES PSYCHASTHÈNIQUES

dit î.f. .., femme de l\ô ans et ce sentiment s'accompagne de douleurs aux articulations et dans les muscles, de dérobement des jambes, de laisser aller de tout le corps. Jean se laisse souvent tomber étendu sur un lit et ne peut plus bouger.

Moralement on observe aussi qu'ils ne peuvent plus suivre une idée, que leur attention ne se fixe plus du tout. Wo... fait un effort pour une addition : « J'ai un sentiment de courbaturé horrible, j'ai dépensé un gros effort qui a épuisé mon attention, mon esprit ne se fixe plus, tout papillote devant moi. » Jean s'épuise pour une lecture de quelques lignes ; très vite il ne comprend plus rien et ne voit même plus rien. Il faut tenir grand compte de cette fatigue rapide dans le traitement.

Cette fatigue rapide se produit, en effet, dans les sensations comme dans les perceptiens, dans l'intelligence et dans les mouvements. Si on répète quelque temps un contact ou une piqûre au même point du coips, l'impression cesse très vite d'être sentie ou bien il faut appuyer beaucoup plus fort pour produire de nouveau une sensation consciente. Si on fait écouter à ces malades, le bruit de la montre, il faut après peu d'instants rapprocher la montre de l'oreille, car ils cessent vite de l'entendre à la même distance qu'au début. On observe le même fait si on expérimente avec un diapason, à la deuxième ou à la troisième expérience, ils n'entendent plus la vibration aussi longtemps qu'à la première.

On peut, je crois, rattacher au même phénomène de la fatigue rapide une expérience curieuse que j'ai présentée en 1904 à la Société de psychologie ^ Un appareil que j'avais fait construire me permettait de faire tourner un disque de carton portant des secteurs colorés avec toutes les vitesses depuis un tour jusqu'à 10 000 tours par minute. Un compteur particulier me permettait de savoir à chaque instant la vitesse de rotation. Je voulais chercher si la perception des diverses apparences du disque en rotation et surtout si la fusion des couleurs se produirait de la même manière et avec la même vitesse de rotation chez les individus normaux et chez les malades. Chez quelques-uns des malades psychasthéniques que nous connaissons j'ai constaté ce fait assez curieux : c'est que la fusion des couleurs se fait beaucoup plus tfkt et avec des vitesses beaucoup moindres que chez les individus normaux. Cela semble montrer chez les psychasthéniques

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